Pascal Praud : «En attendant de Gaulle»

CHRONIQUE. À l’heure où les logiques partisanes et l’idéologie entretiennent le chaos, Pascal Praud invite à l’espérance. Il faut croire à la Providence en politique. De Gaulle en fut la preuve.

Le rétablissement de l'UMPSDans ce cloaque, La France insoumise et le Rassemblement national gardent leur cohérence. Ils ont dit non au budget. Un opposant, ça s’oppose. LFI et RN sortent vainqueurs du scrutin. Lecornu et consorts installent un duel qu’ils prétendent éviter mais qu’ils entérinent chaque jour : un match Bardella vs Melenchon (ou Le Pen vs Mélenchon) au second tour de l’élection présidentielle en 2027. Et tout ça avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, architecte du désastre et entrepreneur de la démolition.
Répliques historiques
Hasard ou coïncidence, Jean-Luc Barré publie ces jours derniers le deuxième tome de la biographie qu’il consacre à de Gaulle chez Grasset. Jean-Luc Barré est venu mardi sur l’antenne de CNews. Nous avons évoqué la IVe République, le pouvoir déliquescent, les gouvernements successifs. La macronie n’a rien inventé. Comme chaque fois que nous réveillons le général de Gaulle, le temps a passé trop vite. On a beau connaître l’essentiel, savoir par cœur les répliques historiques, « Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans je commence une carrière de dictateur ? », le charme opère. Après l’émission, j’ai raccompagné Jean-Luc Barré vers la sortie : – Cher Jean-Luc, je ne sais pas quoi écrire dimanche dans le JDD… – De Gaulle ! – Que puis-je dire ? – Vous trouverez ! Il n’a pas tort. « Les partis en veulent à de Gaulle parce qu’il les empêche de jouer. » L’analyse d’André Malraux a 65 ans. Elle est d’actualité. Les partis politiques jouent. Parfois à pile ou face. Toujours pour leur fortune. Et tant pis pour la France. La France, parlons-en. De Gaulle ne la perd jamais de vue. Dans les Mémoires de guerre dont le premier tome, « L’Appel », est publié en 1954, il écrit : « La France ne peut être la France sans la grandeur. » Avec pareil propos, les sentinelles de la bien-pensance habilleraient l’homme de Colombey avec une chemise brune. Trump ne dit pas autre chose quand il crée le slogan « Make America Great Again » (« Rendre sa grandeur à l’Amérique »), en abrégé Maga, à l’origine du mouvement éponyme. Au fond, rien de nouveau sous le soleil. L’homme de droite est toujours plus ou moins un fasciste. Durant les onze années que de Gaulle a passées à l’Élysée, ses contempteurs ont glosé sur le despote qui sommeillait sous le républicain. Le coup d’État n’était-il pas permanent ?Espérons ! Espérons ! Espérons !
Le gaullisme est une espérance. Il en fallait pour rallier Londres en 1940. « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France », est la première phrase des Mémoires de guerre. Le gaullisme n’est pas une idéologie. Il est un sentiment. « Chez de Gaulle, il n’y a pas de Charles », disait André Malraux comme si le Général était une transcendance. Il fut au moins une providence. Lire de Gaulle, c’est prendre un cachet de vitamine C au petit déjeuner. C’est bon pour la santé. C’est bon pour le moral : « La France vient du fond des âges, et elle vit. Les siècles l’appellent », déclare-t-il en 1964 à Mexico. Tout n’est pas perdu. Il est des êtres qui inspirent les âmes par-delà le tombeau. Leurs paroles résonnent quand le doute arrive : « Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité », dit de Gaulle, toujours en 1964, toujours à Mexico.La renaissance de la France après Vichy tient du miracleLire de Gaulle, c’est écouter la voix d’André Malraux dans Les Chênes qu’on abat (Gallimard, 1971) et comprendre qu’il faut que tout change pour que rien ne change : « Les politiciens ne font rien. Ils rassemblent des terres en attendant de les perdre. Ils défendent des intérêts en attendant de les trahir. L’Histoire s’accomplit par d’autres voies. » Ainsi écrivait Malraux après qu’il eut perdu l’homme de sa vie. Lire de Gaulle, c’est y croire encore. La renaissance de la France après Vichy tient du miracle. « Espérons ! Espérons ! Espérons ! » répétait de Gaulle en 1968. Oui ! Espérons que toujours un miracle advienne pour sortir la France du chaos. L’homme providentiel tarde à venir. Et si c’était une femme ? Il ou elle. Espérons. g
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