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Pascal Praud : «En attendant de Gaulle»

16 décembre 2025 à 09:08
6 min de lecture
Pascal Praud : «En attendant de Gaulle»
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CHRONIQUE. À l’heure où les logiques partisanes et l’idéologie entretiennent le chaos, Pascal Praud invite à l’espérance. Il faut croire à la Providence en politique. De Gaulle en fut la preuve.

Pascal Praud 14/12/2025 
Pascal Praud
Pascal Praud. © Augustin Detienne / CNEWS
Je n’ai jamais imaginé quitter la France quand j’avais 20 ans, partir pour je ne sais où, ne revenir qu’à Pâques ou à la Trinité. « Malbrough s’en va-t’en guerre / Ne sait quand reviendra », était une chanson, une comptine apprise à l’âge des culottes courtes. Pas un ordre de mission. J’ai écouté Donald Trump cette semaine condamner le Vieux Continent : « C’est horrible ce qui arrive à l’Europe. Je pense que cela met en danger l’Europe telle que nous la connaissons. » Et de fustiger une Europe noyée sous les flux migratoires, dirigée par des gouvernements faibles, verrouillée par la technocratie bruxelloise, porte-voix du politiquement correct. Le président des États-Unis a accordé un long entretien à Dasha Burns, journaliste à Politico, animatrice du podcast « The Conversation » : « Ils ne savent pas quoi faire. L’Europe ne sait pas quoi faire. » Le diagnostic de Trump annonce le pire : l’Europe est un groupe de nations « en décomposition », entré « en décadence », que la Pologne ou la Hongrie ne sauveront pas.
Retrouvez toutes les chroniques de Pascal Praud « Qu’avons-nous fait de nos 20 ans ? » n’est plus la question du jour. Elle cède la place à une interrogation sans réponse : que ferais-je aujourd’hui si j’avais 20 ans ? Je n’exclus pas que Donald Trump ait raison. L’appel du large est une possibilité. Resterai-je ici alors que j’ai le sentiment que chaque année qui passe sera pire ? Malbrough s’en va-t’en guerre. Mironton, mironton, mirontaine. La semaine écoulée n’incline pas à l’optimisme. Emmanuel Macron a enterré sa réforme des retraites. Sébastien Lecornu, venu de la droite, a signé un budget socialiste. « Je ne trahis pas, je me transforme », dixit Talleyrand. L’Assemblée nationale a ressuscité le régime des partis avec ses majorités provisoires, ses accords éphémères, ses intérêts partisans. Le Parti socialiste a imposé sa loi. La macronie a abdiqué. édouard Philippe a plié. Souvent Édouard varie. Laurent Wauquiez a cédé. Souvent Laurent trahit. Les Républicains comptent 49 membres. Dix-huit ont voté le budget. Vingt-huit se sont abstenus. Tous effrayés à l’idée d’affronter leurs électeurs. Le régime des partis ignore l’intérêt général. Seul compte le confort personnel. Macronistes, socialistes, centristes, Républicains ont rétabli l’UMPS.
Le rétablissement de l'UMPS
Dans ce cloaque, La France insoumise et le Rassemblement national gardent leur cohérence. Ils ont dit non au budget. Un opposant, ça s’oppose. LFI et RN sortent vainqueurs du scrutin. Lecornu et consorts installent un duel qu’ils prétendent éviter mais qu’ils entérinent chaque jour : un match Bardella vs Melenchon (ou Le Pen vs Mélenchon) au second tour de l’élection présidentielle en 2027. Et tout ça avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, architecte du désastre et entrepreneur de la démolition.

Répliques historiques

Hasard ou coïncidence, Jean-Luc Barré publie ces jours derniers le deuxième tome de la biographie qu’il consacre à de Gaulle chez Grasset. Jean-Luc Barré est venu mardi sur l’antenne de CNews. Nous avons évoqué la IVe République, le pouvoir déliquescent, les gouvernements successifs. La macronie n’a rien inventé. Comme chaque fois que nous réveillons le général de Gaulle, le temps a passé trop vite. On a beau connaître l’essentiel, savoir par cœur les répliques historiques, « Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans je commence une carrière de dictateur ? », le charme opère. Après l’émission, j’ai raccompagné Jean-Luc Barré vers la sortie : – Cher Jean-Luc, je ne sais pas quoi écrire dimanche dans le JDD… – De Gaulle ! – Que puis-je dire ? – Vous trouverez ! Il n’a pas tort. « Les partis en veulent à de Gaulle parce qu’il les empêche de jouer. » L’analyse d’André Malraux a 65 ans. Elle est d’actualité. Les partis politiques jouent. Parfois à pile ou face. Toujours pour leur fortune. Et tant pis pour la France. La France, parlons-en. De Gaulle ne la perd jamais de vue. Dans les Mémoires de guerre dont le premier tome, « L’Appel », est publié en 1954, il écrit : « La France ne peut être la France sans la grandeur. » Avec pareil propos, les sentinelles de la bien-pensance habilleraient l’homme de Colombey avec une chemise brune. Trump ne dit pas autre chose quand il crée le slogan « Make America Great Again » (« Rendre sa grandeur à l’Amérique »), en abrégé Maga, à l’origine du mouvement éponyme. Au fond, rien de nouveau sous le soleil. L’homme de droite est toujours plus ou moins un fasciste. Durant les onze années que de Gaulle a passées à l’Élysée, ses contempteurs ont glosé sur le despote qui sommeillait sous le républicain. Le coup d’État n’était-il pas permanent ?
À lire aussi«Compromission», «alliance avec les macronistes et la gauche»... Le RN torpille LR après l'adoption du budget de la Sécu

Espérons ! Espérons ! Espérons !

Le gaullisme est une espérance. Il en fallait pour rallier Londres en 1940. « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France », est la première phrase des Mémoires de guerre. Le gaullisme n’est pas une idéologie. Il est un sentiment. « Chez de Gaulle, il n’y a pas de Charles », disait André Malraux comme si le Général était une transcendance. Il fut au moins une providence. Lire de Gaulle, c’est prendre un cachet de vitamine C au petit déjeuner. C’est bon pour la santé. C’est bon pour le moral : « La France vient du fond des âges, et elle vit. Les siècles l’appellent », déclare-t-il en 1964 à Mexico. Tout n’est pas perdu. Il est des êtres qui inspirent les âmes par-delà le tombeau. Leurs paroles résonnent quand le doute arrive : « Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité », dit de Gaulle, toujours en 1964, toujours à Mexico.
La renaissance de la France après Vichy tient du miracle
Lire de Gaulle, c’est écouter la voix d’André Malraux dans Les Chênes qu’on abat (Gallimard, 1971) et comprendre qu’il faut que tout change pour que rien ne change : « Les politiciens ne font rien. Ils rassemblent des terres en attendant de les perdre. Ils défendent des intérêts en attendant de les trahir. L’Histoire s’accomplit par d’autres voies. » Ainsi écrivait Malraux après qu’il eut perdu l’homme de sa vie. Lire de Gaulle, c’est y croire encore. La renaissance de la France après Vichy tient du miracle. « Espérons ! Espérons ! Espérons ! » répétait de Gaulle en 1968. Oui ! Espérons que toujours un miracle advienne pour sortir la France du chaos. L’homme providentiel tarde à venir. Et si c’était une femme ? Il ou elle. Espérons. g

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