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Sheraton de Déva : retour sur le mandat à dix milliards d'Alain Descombels

21 juin 2026 à 17:00
5 min de lecture
Sheraton de Déva : retour sur le mandat à dix milliards d'Alain Descombels
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Sept mai 2009. Trois jours avant les élections provinciales. Dans une salle du conseil d'administration de la SHN, deux hommes seulement, Paul Maes et Alain Descombels, donnent tous pouvoirs pour signer un contrat qui engagera la principale filiale de Promosud jusqu'en 2043. Personne d'autre dans la pièce. Pas d'analyse juridique préalable. C'est la séquence centrale d'une opération qui restera la plus coûteuse de l'histoire de la SEM du Sud.

Une signature dans l'urgence pré-électorale

L'épisode est presque cinématographique. Le 7 mai 2009, à trois jours du scrutin provincial qui scellera le départ d'Alain Descombels de Promosud, un conseil d'administration de la SHN se tient avec deux administrateurs présents. Pas un de plus. Le président de la SHN, Paul Maes, et celui de Promosud, Alain Descombels, à la fois actionnaire et administrateur de cette filiale.

À l'ordre du jour, l'autorisation de signer les contrats de gestion avec Starwood pour le futur ensemble hôtelier du Méridien et de Déva. Des contrats massifs, transmis aux administrateurs l'avant-veille. Sans analyse juridique préalable. Sans étude financière des conséquences. Et qui engagent les sociétés propriétaires des hôtels jusqu'en 2043. Le procès-verbal du conseil ne mentionne aucune discussion sur ce point. La caution solidaire de la SHN au profit de la SHD, la filiale qui doit porter Déva, est elle aussi adoptée, sans débat. Trente-quatre années de contraintes contractuelles, scellées en quelques minutes, par deux personnes.

L'enchaînement des chèques en blanc

Pour comprendre comment on en arrive là, il faut remonter au 30 mai 2008. Ce jour-là, Paul Maes, installé à la présidence de la SHN dès 2004 par Philippe Gomès en personne, présente le master plan d'un projet hôtelier sur le site de Gouaro Déva. Le conseil, où siège Alain Descombels comme représentant de Promosud, lui donne tous pouvoirs pour poursuivre les études et engager les dépenses nécessaires. Aucun montant n'est cité. Ni budget d'études, ni budget d'investissement. Un blanc-seing.

Trois mois plus tard, le 18 août, le conseil valide la participation de la SHN dans le projet pour un budget estimé à 8,2 milliards de FCFP. Dans la foulée, on autorise la constitution de la société projet, on désigne Promobat comme maître d'ouvrage délégué — sans appel d'offres —, on choisit le cabinet de défiscalisation, là encore sans procédure. On commande aussi, accessoirement, une étude de marché. Postérieurement à la décision d'investir. Le détail vaut que l'on s'y arrête : à la SHN, en 2008, on engage 8,2 milliards de FCFP avant même d'avoir la moindre idée du marché que l'on prétend conquérir.

Quand cette étude est enfin réalisée, après le départ d'Alain Descombels et l'arrivée de la nouvelle équipe à Promosud, le verdict est sans appel : les prévisions de recettes sont franchement surestimées, le projet est manifestement surdimensionné. Trop tard. Les contrats sont signés. La pénalité de rupture en cas d'abandon est prohibitive. La machine est lancée.

La reprise de contrôle, deux ans et demi de bras de fer

Pierre Bretegnier succède à Alain Descombels à la présidence de Promosud. Mais la SHN reste aux mains de Paul Maes. Deux ans et demi seront nécessaires pour reprendre la main. Deux ans et demi pendant lesquels la nouvelle direction de Promosud ne parviendra pas à obtenir une analyse complète des contrats Starwood signés à la dernière minute, ni une information transparente sur l'avancement de Déva. Les travaux, eux, ont commencé dès avril 2010. Sans bouclage du plan de financement. Sans accord définitif de défiscalisation. Sans accord bancaire abouti. À fin 2011, 550 millions de FCFP d'études ont déjà été décaissés.

Quand Promosud reprend enfin le contrôle de la SHN en novembre 2011, le constat est lourd. Surcoûts de construction. Dépenses oubliées. Investissements rendus impératifs par les engagements pris auprès des défiscaliseurs. La facture grimpe d'au moins deux milliards de FCFP supplémentaires. Au total, pour parfaire le financement de Déva, la SHN devra s'endetter à hauteur de 4,2 milliards.

Le bilan, en chiffres

La Chambre territoriale des comptes, dans son rapport d'observations définitives de 2018, livre la radiographie financière. La rénovation du Méridien, contractuellement imposée par les accords Starwood eux-mêmes signés en mai 2009, a coûté 3 540 millions de FCFP. Le complexe hôtelier et golfique de Déva, 12 192 millions. Au total, en additionnant les apports de la SHN et le gage-espèces, la filiale historique de Promosud a engagé 9,5 milliards de FCFP sur ces deux opérations.

La conclusion de la chambre est mesurée mais limpide. Dans les années à venir, la SHN devra assumer simultanément le remboursement de sa dette et le financement de l'exploitation. Conséquence directe : une trésorerie quasi nulle, et l'impossibilité de verser des dividendes à Promosud. Pour la maison-mère, c'est-à-dire pour le contribuable provincial, c'est la double peine. On a payé pour construire. Et on continue de payer en attendant des dividendes qui ne viennent pas.

L'audit KPMG, sur la première décennie d'activité du nouvel ensemble, le résume d'une formule : 9,2 milliards de FCFP de chiffre d'affaires, 10,3 milliards de pertes. La SHN n'a pas seulement perdu beaucoup. Elle a perdu davantage que ce qu'elle a vendu.

La leçon que personne ne tire

L'histoire du Sheraton de Déva est avant tout un cas d'école sur la gouvernance des sociétés d'économie mixte. Ce qu'elle révèle dépasse la responsabilité d'un seul homme. Comment un projet à 8,2 milliards a-t-il pu être engagé sans étude de marché préalable ? Comment des contrats engageant l'opérateur jusqu'en 2043 ont-ils pu être signés trois jours avant des élections, en présence de deux administrateurs ? Comment le maître d'ouvrage délégué, le gestionnaire hôtelier et le cabinet de défiscalisation ont-ils tous été choisis sans appel d'offres ?

Ces questions concernent toutes les SEM calédoniennes. Elles concernent les contrôles internes des conseils d'administration. Elles concernent la responsabilité politique des actionnaires publics. Elles concernent surtout la mémoire collective. Car aujourd'hui, l'ancien président de Promosud explique sur Facebook que la SEM est au bord de la faillite. Le Sheraton de Déva, lui, est toujours là. Le golf aussi. La dette aussi. Le mandat d'Alain Descombels n'a duré que cinq ans. Promosud, et derrière elle la province Sud, en porteront encore les conséquences pendant longtemps.

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