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Au delà du récif

Microsoft encaisse, l’État paie

30 octobre 2026 à 17:00
4 min de lecture
Microsoft encaisse, l’État paie

Résumé IA

Cent millions d’euros par an : la Cour des comptes chiffre la dépense de l’État pour ses outils bureautiques et collaboratifs. Près de la moitié des licences revient à Microsoft, et la note a augmenté de 50 % en cinq ans. Le rapport publié le 22 octobre 2026 recommande le passage au logiciel libre pour réduire les coûts et la dépendance.

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Cent millions d’euros par an pour les outils de bureau de l’État. Près de la moitié part chez un seul éditeur américain.
La Cour des comptes chiffre une dépendance que l’administration a laissée s’installer pendant des années.

Microsoft partout, ou presque

Traitement de texte, tableur, présentation, messagerie, visioconférence, partage de fichiers. Pendant longtemps, chaque ministère a choisi ses outils de son côté, sans cap commun. On mesure aujourd’hui le résultat.

Le 22 octobre 2026, la Cour des comptes a publié un rapport sur les usages et le coût des outils bureautiques et collaboratifs de l’État, dans les administrations centrales comme dans les services déconcentrés. Ce travail répond à une demande déposée par un citoyen sur la plateforme de l’institution. Des contribuables veulent donc savoir comment l’État dépense leur argent dans ce domaine.

Le constat se résume en une phrase : la suite Microsoft Office règne en maître dans les ministères.

Deux exceptions seulement. La Direction générale de la gendarmerie nationale et la Direction générale des finances publiques ont abandonné les logiciels bureautiques d’éditeurs vendus sous licence payante. Ce sont deux administrations sur l’ensemble de l’appareil d’État, ce qui reste très peu.

Pour les outils collaboratifs, la situation est différente sans être plus rassurante. Aucune solution ne domine. Les magistrats financiers ont recensé une trentaine de logiciels différents selon les ministères. Cette dispersion résulte d’achats faits chacun dans son coin.

Pour y mettre de l’ordre, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) a développé ses propres outils communs. Ils sont regroupés dans une suite numérique de l’agent public, baptisée « La Suite ». Deux de ses modules, la messagerie instantanée Tchap et l’outil de visioconférence Visio, ont récemment été imposés à toutes les administrations.

C’est un premier pas, enfin assumé, vers la souveraineté numérique.

Une facture en hausse de 50 % en cinq ans

Pour connaître le coût réel, la Cour a dû reconstituer elle-même le montant. En 2025, sur environ 861 000 postes de travail, l’État aurait dépensé 100 millions d’euros.

Cette somme couvre les licences logicielles, les prestations extérieures et la masse salariale des équipes numériques directement affectées à ces outils. Les licences représentent à elles seules 61 millions d’euros. Les quatre cinquièmes reviennent à Microsoft, soit près de 49 millions d’euros pour le géant américain.

Comparé aux 5,5 milliards d’euros du budget numérique total de l’État, ce montant paraît modeste. Mais c’est sa progression qui pose problème.

En cinq ans, la dépense a augmenté de +50 % en cinq ans, portée notamment par le coût des licences. Ces hausses se sont accumulées sans réaction.

En comparaison, La Suite de la DINUM a coûté environ 40 millions d’euros au total depuis 2021. Cela représente cinq années de développement pour un montant inférieur à ce que Microsoft a perçu en licences sur la seule année 2025.

Le libre, une question d’indépendance

Le rapport est clair. Selon la Cour, le modèle des logiciels libres garantit l’indépendance des administrations publiques et coûte moins cher. Elle évalue les économies possibles entre 30 et 65 millions d’euros par an pour l’ensemble des ministères.

Moins de dépenses publiques et moins de dépendance : l’argument est difficile à contester.

Il reste pourtant un chantier majeur : la messagerie. C’est désormais sur ce terrain que se joue l’enjeu d’une messagerie souveraine. La Cour estime qu’« il est essentiel que la DINUM approfondisse la feuille de route de La Suite jusqu’en 2030 en lien avec les ministères utilisateurs et clarifie les ambitions en matière de messagerie ».

Elle formule aussi deux recommandations précises. D’abord, faire évoluer le modèle de développement de La Suite pour qu’il s’appuie davantage sur des entreprises du numérique spécialisées dans les logiciels libres. Ensuite, faire converger les ministères vers des outils bureautiques et collaboratifs interministériels libres, en mode cloud. Cette convergence passerait par un plan pluriannuel de migration de trois à quatre ans au maximum, qui orienterait les stratégies numériques des ministères et de leurs opérateurs.

La Cour a fixé le cap et donné le calendrier. Il revient maintenant à l’État de les respecter.

(Crédit photo : CDISCOUNT)