Chine-Australie : la menace de frappes directes devient un sujet sérieux

La Chine peut-elle frapper l’Australie ? Un rapport alerte sur une menace en pleine expansion
Un think tank australien estime que Pékin dispose désormais de capacités croissantes pour atteindre directement le territoire australien avec des missiles à longue portée.
Une évolution stratégique qui inquiète Canberra et qui pourrait également avoir des répercussions sur l’ensemble de l’Indo-Pacifique, y compris dans le Pacifique Sud.
Selon un rapport publié par le Lowy Institute, l'une des principales références australiennes en matière de politique internationale, la Chine développe désormais des capacités militaires lui permettant de mener des frappes conventionnelles directes contre l’Australie.
L’étude ne cherche pas à déterminer si Pékin a l’intention d’attaquer l’Australie, mais s’intéresse uniquement aux capacités militaires dont dispose aujourd’hui l’Armée populaire de libération.
Le constat est clair : la menace de frappes directes contre le territoire australien est réelle et en progression.
Jusqu’à présent, une grande partie du débat stratégique australien s’est concentrée sur les cyberattaques, les opérations d’influence ou encore la vulnérabilité des câbles sous-marins. Désormais, les experts estiment que les capacités balistiques chinoises doivent également être prises en compte.
Des missiles capables d’atteindre l’Australie depuis la Chine
Le rapport met particulièrement en avant le missile balistique intermédiaire DF-27.
Selon les estimations américaines, ce missile disposerait d’une portée comprise entre 5 000 et 8 000 kilomètres, ce qui lui permettrait théoriquement d’atteindre le continent australien directement depuis le territoire chinois.
À mesure que de nouveaux systèmes entreront en service au cours de la prochaine décennie, les capacités de projection de Pékin devraient encore augmenter.
Les experts évoquent également la possibilité future de missiles balistiques intercontinentaux conventionnels, capables d’élargir davantage les options militaires chinoises.
Autre sujet d’inquiétude : les missiles embarqués sur les navires de guerre et les sous-marins chinois.
Ces plateformes mobiles pourraient se rapprocher de l’Australie avant un éventuel tir, réduisant ainsi les délais d’alerte et compliquant les dispositifs de défense.
Les bases chinoises en mer de Chine méridionale changent la donne
Le rapport souligne également l’importance stratégique des installations construites par Pékin en mer de Chine méridionale.
Depuis plusieurs années, la Chine transforme des récifs contestés en véritables bases militaires dotées de pistes aériennes, de systèmes radar et d’infrastructures logistiques.
Dans ce contexte, le missile DF-26 pourrait théoriquement atteindre certaines régions du nord de l’Australie s’il était déployé sur ces îles artificielles.
Les experts considèrent toutefois qu’un changement beaucoup plus significatif interviendrait si Pékin obtenait un jour l’autorisation d’installer des capacités militaires sur certaines îles du Pacifique.
Une telle évolution rapprocherait considérablement les moyens militaires chinois du territoire australien et modifierait l’équilibre stratégique régional.
Un enjeu qui concerne aussi le Pacifique Sud
Pour Canberra, cette question dépasse largement le cadre national.
Depuis plusieurs années, l’Australie multiplie les partenariats avec les États insulaires du Pacifique afin de limiter l’influence stratégique chinoise dans la région.
Cette compétition géopolitique concerne directement les territoires français du Pacifique, notamment la Nouvelle-Calédonie, situés au cœur des routes maritimes reliant l’Australie, les États-Unis et l’Asie.
La perspective d’une présence militaire chinoise accrue dans certaines îles du Pacifique est aujourd’hui considérée par Canberra comme l’un des principaux défis stratégiques des prochaines décennies.
Canberra adapte déjà sa stratégie de défense
Face à ces évolutions, l’Australie a profondément revu sa doctrine militaire.
La stratégie adoptée ces dernières années met désormais l’accent sur la défense des approches nord du pays, considérées comme le principal axe d’accès potentiel pour un adversaire.
Le gouvernement du Premier ministre Anthony Albanese reste cependant prudent dans sa communication publique et évite généralement d’évoquer ouvertement l’hypothèse d’une attaque directe contre le territoire australien.
Pour les auteurs du rapport, l’objectif n’est pas d’alimenter l’alarmisme mais de susciter un débat plus réaliste sur l’évolution rapide des capacités militaires chinoises.
Selon eux, la montée en puissance de l’armée chinoise constitue l’un des changements les plus importants pour la sécurité australienne depuis la fin de la Guerre froide.

