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Au delà du récif

Câbles sous-marins : le Pacifique Sud devient un nouveau centre stratégique de l’Indo-Pacifique

11 septembre 2026 à 15:00
5 min de lecture
Câbles sous-marins : le Pacifique Sud devient un nouveau centre stratégique de l’Indo-Pacifique

Résumé IA

Une étude de l’IISS sur 170 câbles sous-marins dans l’Indo-Pacifique révèle une évolution stratégique de leur géographie, avec une diversification des routes et une montée en puissance des îles du Pacifique, comme Fidji et la Polynésie française. De nouveaux projets contournent la mer de Chine méridionale, tandis que l’Australie devient un carrefour numérique majeur.

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Ils transportent plus de 99 % du trafic Internet mondial, mais restent largement invisibles. Dans l’Indo-Pacifique, les câbles sous-marins sont désormais au cœur d’une bataille stratégique mêlant connectivité, intelligence artificielle, sécurité et rivalités entre puissances.

Une étude publiée par l’International Institute for Strategic Studies (IISS) montre que la géographie de ces infrastructures est en train de profondément évoluer, avec un déplacement progressif vers de nouvelles routes et surtout vers les îles du Pacifique.

170 câbles étudiés dans l’Indo-Pacifique

L’IISS a analysé 170 câbles sous-marins internationaux construits ou programmés entre 1992 et 2030 dans l’Indo-Pacifique. Historiquement, ces infrastructures suivent les routes les plus courtes et les moins coûteuses, souvent similaires aux grandes voies maritimes commerciales. Le détroit de Malacca, le détroit d’Ormuz, la mer de Chine méridionale ou encore la mer Rouge concentrent ainsi une grande partie des connexions.

En décembre 2025, 122 câbles déjà opérationnels suivaient encore largement cette géographie traditionnelle. Mais depuis quelques années, la carte commence à changer.

Entre 2022 et 2030, 70 câbles achevés ou programmés permettent d’identifier une nouvelle tendance : multiplication des points d’atterrissement, diversification des routes à travers l’océan Indien et montée en puissance de certaines îles du Pacifique.

Singapour reste le géant des câbles sous-marins

Certaines villes concentrent une part considérable du réseau numérique de l’Indo-Pacifique. En 2025, les dix principales villes accueillant des câbles internationaux sont Singapour, Hong Kong, Mumbai, Batam, Fujairah, Sydney, Djibouti, Jeddah, Shanghai et Shima.

Singapour domine très largement : 32 des 122 câbles recensés dans la région y atterrissent, contre 14 à Hong Kong. Mais les nouveaux projets font apparaître d’autres centres majeurs, notamment Los Angeles, Chennai, Salalah ou Toucheng.

Cette diversification répond à un objectif simple : ne plus dépendre de quelques passages extrêmement concentrés et vulnérables.

Les nouveaux câbles cherchent à éviter la mer de Chine méridionale

L’un des changements les plus significatifs concerne la mer de Chine méridionale.

Plusieurs nouveaux projets cherchent désormais à contourner cette zone contestée. Les procédures administratives longues et les difficultés d’obtention des autorisations peuvent provoquer des retards importants, aussi bien pour la construction que pour les réparations.

Les projets I-AM et Candle doivent ainsi emprunter des itinéraires plus proches de la zone économique exclusive des Philippines.

Les câbles Bifrost et Echo ont, eux, déjà été construits vers Singapour en empruntant respectivement le détroit de Makassar et la mer de Banda.

La géopolitique commence donc directement à modifier la géographie physique d’Internet.

L’Australie devient un carrefour numérique stratégique

Dans cette nouvelle configuration, l’Australie prend une place centrale.

Le pays permet à la fois de connecter le Pacifique vers l’est et l’océan Indien vers l’ouest. Des infrastructures comme l’Oman Australia Cable, Dhivaru ou Umoja créent de nouvelles liaisons capables de traverser l’océan Indien en évitant plusieurs points de passage traditionnels d’Asie du Sud et du Sud-Est.

Ces routes doivent permettre d'augmenter les capacités disponibles, notamment pour accompagner le développement de l’intelligence artificielle et des services cloud, mais aussi d'améliorer la redondance des réseaux en cas de coupure.

Cette transformation possède également une dimension militaire. L’Oman Australia Cable comportait notamment une branche initialement tenue secrète reliant le réseau à la base militaire américaine de Diego Garcia.

Le Pacifique Sud au cœur de la prochaine révolution numérique

Mais c’est désormais vers le Pacifique Sud que se tournent les regards. Selon l’étude, 22 câbles internationaux doivent être construits dans l’océan Pacifique entre 2022 et 2030.

Pour plusieurs États insulaires, il s’agit parfois de leur première véritable connexion directe aux grands réseaux internationaux. Pour d’autres, ces infrastructures apportent une redondance indispensable en cas de panne.

Australie, Japon, Nouvelle-Zélande, Taïwan et États-Unis participent financièrement à plusieurs de ces projets.

Des territoires autrefois considérés comme périphériques deviennent ainsi des nœuds stratégiques de la connectivité mondiale.

Fidji et Polynésie française prennent une nouvelle importance

Parmi ces nouveaux points figurent notamment Fidji, la Polynésie française et Christmas Island, aux côtés de Guam, déjà fortement intégré aux réseaux internationaux. La particularité de ces territoires est leur situation géographique.

Contrairement à Singapour, Hong Kong ou Mumbai, ils ne sont pas nécessairement situés au cœur des principales voies commerciales mondiales. Leur intérêt vient désormais directement de leur position sur les nouvelles routes numériques. Christmas Island doit par exemple accueillir trois nouveaux câbles entre 2028 et 2029, alors qu'un seul câble y avait atterri en 2018.

Une nouvelle géographie apparaît ainsi sous l’océan : celle des données ne correspond plus systématiquement à celle du transport maritime.

Google et Meta investissent directement dans les câbles

Autre évolution majeure : les propriétaires des infrastructures changent.

Pendant longtemps, les câbles étaient principalement financés et exploités par des consortiums d’opérateurs télécoms. Une part croissante des nouveaux projets est désormais portée directement par les géants technologiques américains, notamment Google et Meta.

Pour ces entreprises, disposer de leurs propres infrastructures permet de mieux contrôler les réseaux nécessaires au fonctionnement de leurs centres de données, de leurs services cloud et surtout des capacités gigantesques nécessaires au développement de l'intelligence artificielle.

Les câbles sous-marins deviennent ainsi une composante stratégique de la compétition technologique mondiale.

Plus de connexions, mais aussi davantage de vulnérabilités

Cette multiplication des infrastructures apporte pourtant un paradoxe. Plus un territoire devient important dans le réseau mondial, plus ses câbles deviennent une cible potentielle.

Les incidents observés ces dernières années en mer Baltique, dans le détroit de Taïwan ou en mer Rouge montrent les difficultés entourant la surveillance du fond des océans et surtout l’identification des responsables lorsqu’un câble est endommagé.

Pour des territoires stratégiques comme Guam ou la Polynésie française, le renforcement de la connectivité réduit donc leur isolement numérique tout en augmentant potentiellement leur exposition à des opérations dites de « zone grise », situées entre compétition stratégique et conflit ouvert.

Dans l’Indo-Pacifique, la bataille des infrastructures numériques ne se déroule donc plus uniquement dans les satellites ou les centres de données.

Elle se joue aussi, et peut-être surtout, à plusieurs milliers de mètres sous la surface de l’océan.