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Tribune

Comme un cyclone

30 octobre 2026 à 18:31
4 min de lecture
Comme un cyclone

Résumé IA

À Paris, la décision de faire financer les émeutes par les primes d'assurance suscite l'étonnement, alors qu'en Nouvelle-Calédonie, ce mécanisme est déjà connu depuis 2024. Le tribunal administratif de Nouméa condamne l'État à verser 28 millions d'euros à Allianz, évoquant une insurrection prévisible. Le terme de "cyclone" est critiqué pour effacer la responsabilité humaine des émeutiers.

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À Paris, on découvre que les émeutes se paieront désormais dans les primes d’assurance. En Nouvelle-Calédonie, on connaît la suite : on l’a déjà vécue.

Ce 28 octobre, sur LCI, Darius Rochebin s’étonne. Les assurés vont financer à l’avance, par leurs primes, les dégâts des émeutes à venir. Il trouve ça stupéfiant. L’historien Pascal Blanchard, lui, ne s’étonne pas. On a l’habitude, dit-il en substance, c’est comme au Nouvel An, ça fait partie de la vie : « C’est intégré dans les primes, c’est une catastrophe naturelle. »Paris découvre.

Ici, ce débat a deux ans, et il s’est déroulé dans le même ordre.

Le calendrier

Mai 2024 : les émeutes.

Août 2024 : les assureurs cessent de couvrir le risque émeutes. Des franchises sont multipliées par quatre. Pour ouvrir un contrat, on signe une décharge.

Septembre 2024 : Calédonie ensemble présente son plan de sauvetage et invoque un précédent, le cyclone Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Novembre 2024 : un amendement au budget de l’État, déposé par le député de la 1èrecirconscription, reprend le même précédent et la même formule. L’aide après Irma y est présentée comme une « manifestation de la solidarité nationale, malgré l’autonomie fiscale de ces deux îles ».

Janvier 2025, un mois après Chido, Philippe Gomès : « Nous demandons le même traitement que pour Mayotte et nous y avons droit. C’est une question de justice. »

Février 2026 : Paris vote la garantie-émeutes-obligatoire, « sur le modèle du régime des catastrophes naturelles », financée par une contribution qui peut atteindre 1,5 % des primes. Parmi les sinistres qui ont convaincu le législateur figure la Nouvelle-Calédonie de 2024 : 945 millions d’euros de dommages assurés.

Octobre 2026 : un plateau de télévision parisien s’en étonne.

La Calédonie est le calendrier de la France. Ce qui arrive là-bas est déjà arrivé ici.

Ce que fait le mot

Le cyclone n’a pas été choisi par hasard. C’est la seule catastrophe sans coupable. Personne ne l’a voulue, personne n’en répond, donc tout le monde paie. Le mot ne décrit pas les dégâts. Il désigne le payeur.

En janvier 2025, Philippe Gomès le dit sans détour : « Pourquoi les Calédoniens payeraient l’ardoise (...) du fait des émeutiers qui ont tout détruit ? Pourquoi on aurait une punition collective, nous ? »

La question est légitime, et la réponse est instructive. Les émeutiers sont nommés, puis aussitôt rayés de la facture. On ne demande pas qui a fait ça. On demande qui peut payer.

On ne cherche pas le responsable. On cherche le solvable.

Ce que le juge a dit

En décembre 2025, le tribunal administratif de Nouméa condamne l’État à verser plus de 28 millions d’euros à Allianz. Il retient « la forte probabilité d’une insurrection à venir » et constate que « l’État disposait en amont de délais suffisants pour mettre en place les mesures appropriées ».

Un cyclone ne se prévoit pas des mois à l’avance. Le juge n’a pas vu une catastrophe naturelle. Il a vu une insurrection annoncée, et un État qui ne l’a pas empêchée.

Un cyclone qu’on voit venir, ça s’appelle autrement.

Ce que le mot retire

Un cyclone n’a pas de volonté. Il n’a pas de droits. Il n’a pas de devoirs. On ne le juge pas, on ne lui parle pas, on ne lui demande rien. On attend qu’il passe, on prie, puis on compte.

Traiter des hommes comme un cyclone, c’est leur retirer ces trois choses à la fois. La volonté, les droits et les devoirs. On croit les excuser. On efface leur humanité.

Le vieux paternalisme colonial disait de l’indigène qu’il ne savait pas encore. Le nouveau dit qu’il ne peut pas faire autrement. Le premier en faisait un enfant. Le second en fait un phénomène météo.

Le plus singulier, c’est que les intéressés refusent le rôle. Côté indépendantiste, le 13 mai est revendiqué comme une révolte : un acte politique, avec des auteurs et des raisons. On peut le combattre. Personne ne peut dire qu’il se prend pour un bulletin Météo.

En août 2024, au Congrès, c’est d’ailleurs un élu indépendantiste, Jean-Pierre Djaïwé, qui voulait l’aide de l’État « conditionnée à une participation équivalente de la Nouvelle-Calédonie et à des réformes ». Il ajoutait : « L’assistanat est le terreau de tous les maux que nous connaissons aujourd’hui. »

Ceux qui réclament d’être tenus pour responsables sont ceux qu’on traite en intempérie.

La prochaine page

Il ne manque qu’une voix pour que le cercle se ferme. Celle de celui qui allume, et qui dirait un jour en haussant les épaules : c’était comme un cyclone, ça passe.

Ce jour-là, il n’y aura plus personne à juger. Seulement des primes à payer.

Paris n’en est pas encore là. Mais il suffit de regarder le calendrier.