La CCAT veut moins de FDO pour mieux remobiliser

Par une plume concernée
Le dernier communiqué de la CCAT Nationale, publié après sa 5e assemblée générale du 2 août, révèle une série d’incohérences politiques, juridiques et stratégiques. Derrière les slogans de “remobilisation pacifique”, c’est une tentative à peine voilée de reprendre le contrôle du terrain face aux forces de l’ordre. Et un refus obstiné de tout accord qui ne conduit pas à l’indépendance immédiate.
Une revendication fantôme : la levée de l’état d’urgence
Dans leur texte, les représentants de la CCAT exigent que le FLNKS adresse à l’État une demande pour “lever l’état d’urgence”. Problème : cet état d’urgence n’existe plus. Il a été levé le 17 juin 2024 par décret, deux mois après sa mise en place dans le contexte des émeutes de mai.
Pourquoi demander la levée d’un régime qui n’est plus en vigueur ? Deux hypothèses : l’ignorance… ou une tactique de communication bien rodée. En entretenant l’idée d’une situation d’exception, la CCAT cherche à nourrir un récit de “répression permanente” qui justifierait une remobilisation des jeunes sur le terrain.
Mais au-delà de la maladresse, cette revendication trahit surtout une volonté politique claire : réduire la présence sécuritaire de l’État pour reprendre la main physiquement sur les quartiers, comme en avril dernier. Une manœuvre de préparation du terrain, au sens propre comme au sens figuré.
Une remobilisation annoncée, un scénario bien connu
La CCAT affirme qu’il faut “remobiliser le terrain” et annonce une reprise des tournées dès le 9 août. Le langage est limpide : on prépare un nouveau cycle de tension, avec comme moteur les mêmes ingrédients que ceux de mai.
Dans le même souffle, le communiqué réaffirme le rôle central de la CCAT comme “outil de terrain” du FLNKS. Une structure qui rejette les accords signés mais réclame une place dans la future “équipe de discussion”. D’un côté, on discrédite les institutions ; de l’autre, on exige d’être au centre des discussions futures. L’incohérence est totale, le calcul politique évident.
Le tout sur fond de déclaration unilatérale d’indépendance prévue pour le 24 septembre 2025, date désormais affichée noir sur blanc dans leur calendrier. On appelle à la rupture tout en tenant l’État pour responsable de ne pas discuter. C’est une stratégie de tension volontaire, visant à provoquer un clash institutionnel pour mieux légitimer une sortie unilatérale.
Un accord signé mais présenté comme “caduque” : le double langage
La CCAT rejette “à l’unanimité” l’accord de Bougival, signé le 28 juillet par les délégations indépendantistes et loyalistes. Ce rejet n’est pas une surprise : le texte ne va pas jusqu’à l’indépendance. Mais c’est le raisonnement employé qui interpelle : les “signatures seraient viciées”, donc l’accord serait “nul”.
Or, cet argument ne repose sur aucun fondement juridique. L’accord a bien été signé, à Paris, en présence de l’État. Les signataires étaient mandatés. Le contester après coup revient à nier toute légitimité au processus démocratique interne au FLNKS.
Mais là encore, l’objectif n’est pas de convaincre juridiquement. Il s’agit de mettre la pression sur les modérés du Front, en leur opposant un discours de rupture intransigeante. Le rejet de l’accord n’est pas une critique argumentée : c’est une condamnation politique de tout compromis, même accompagné d’avancées concrètes.
Le vrai visage de la manœuvre
En réalité, ce communiqué dit tout haut ce que beaucoup savaient déjà :
- la CCAT refuse tout accord politique qui ne mène pas à l’indépendance immédiate,
- elle entend reprendre le terrain, dès que les forces de l’ordre se retireront,
- et elle travaille à une stratégie de rupture institutionnelle le 24 septembre.
Tout cela sous couvert de “démarche pacifique”, alors même qu’elle continue de parler d’“être plus offensive”.
Le double langage est permanent. Et il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas un appel au dialogue, c’est un ultimatum.

