Mer de Chine méridionale : les Philippines organisent des exercices avec les États-Unis et le Japon

Les Philippines, les États-Unis et le Japon ont achevé cinq jours d’exercices militaires conjoints en mer de Chine méridionale, dans un contexte de fortes tensions avec Pékin. Plusieurs confrontations ont opposé des navires philippins et chinois autour de récifs disputés.
Cinq jours d’exercices militaires conjoints
La 17e activité multilatérale de coopération maritime s’est déroulée du 21 au 25 juillet 2026 en mer de Chine méridionale.
Ces manœuvres ont réuni des bâtiments de guerre, des navires de garde-côtes, des avions de surveillance ainsi que des avions de combat des Philippines, des États-Unis et du Japon.
Selon les Forces armées philippines, les participants ont réalisé plusieurs exercices avancés destinés à renforcer leur interopérabilité maritime. Les opérations comprenaient notamment des exercices de communication, des ravitaillements en mer et des manœuvres tactiques en formation.
L’armée philippine n’a pas précisé la localisation exacte des exercices.
Un message adressé à la Chine
Pour Manille, ces exercices illustrent la coopération durable entre les trois pays afin de défendre la paix, la stabilité et la sécurité dans l’Indo-Pacifique.
Les Forces armées philippines ont également réaffirmé leur volonté de garantir la liberté de navigation et de survol, tout en dissuadant les activités qualifiées d’« illégales, coercitives, agressives et trompeuses » en mer de Chine méridionale.
Les manœuvres interviennent alors que les tensions entre les Philippines et la Chine connaissent une nouvelle escalade autour de plusieurs territoires disputés.
Des navires philippins visés par des canons à eau
Vendredi, les Philippines ont accusé les garde-côtes chinois d’avoir utilisé des canons à eau contre des navires philippins à proximité du récif de Scarborough, pour la deuxième journée consécutive.
Les garde-côtes philippins et le Bureau des ressources halieutiques transportaient du carburant et des provisions à destination de pêcheurs philippins opérant dans cette zone.
Selon Manille, les jets d’eau à haute pression ont touché plusieurs navires. Un bâtiment chinois se serait également approché à environ sept mètres d’un bateau philippin, créant un important risque de collision.
Les autorités philippines ont dénoncé des actions « dangereuses et non professionnelles ».
Pékin accuse Manille de provocation
La Chine livre une version différente des événements.
Les garde-côtes chinois affirment que plusieurs navires officiels et bateaux de pêche philippins se sont rassemblés illégalement autour du récif, appelé Huangyan Dao par Pékin.
Selon la Chine, les navires philippins auraient ignoré plusieurs avertissements avant que les garde-côtes chinois ne mettent en place des opérations de blocage et utilisent leurs canons à eau.
Pékin continue de revendiquer sa souveraineté sur le récif de Scarborough et accuse régulièrement Manille de mener des actions provocatrices dans les eaux contestées.
Scarborough, un point de tension permanent
Le récif de Scarborough se situe à environ 200 kilomètres à l’ouest de l’île philippine de Luçon, contre près de 874 kilomètres de l’île chinoise de Hainan.
Cette zone se trouve à l’intérieur de la zone économique exclusive de 200 milles nautiques des Philippines. Manille considère qu’elle constitue un lieu de pêche traditionnel pour les pêcheurs philippins.
Le récif est toutefois contrôlé par la Chine depuis un face-à-face maritime survenu en 2012. Les garde-côtes chinois maintiennent régulièrement des navires autour de cet atoll triangulaire et tentent de limiter l’accès des pêcheurs philippins à son lagon central.
Une confrontation physique près du BRP Sierra Madre
Les tensions autour de Scarborough sont survenues quelques jours après une confrontation plus violente près du récif de Second Thomas, dans l’archipel des Spratleys.
Le 20 juillet, des personnels philippins et chinois auraient échangé des coups à proximité du BRP Sierra Madre, un ancien navire de guerre volontairement échoué qui sert d’avant-poste aux Philippines.
Manille affirme qu’un de ses personnels a été blessé à la tête après avoir été frappé avec une matraque par un membre des garde-côtes chinois.
La Chine accuse pour sa part les Philippines d’avoir pénétré illégalement dans ses eaux, tenté de percuter un navire de patrouille chinois et diffusé de fausses informations sur l’incident.
L’accord provisoire de 2024 fragilisé
Cette confrontation remet également en cause l’accord provisoire conclu entre Pékin et Manille en juin 2024.
Cet arrangement devait permettre de réduire les risques d’affrontement lors des missions philippines de ravitaillement du détachement installé à bord du BRP Sierra Madre.
Il avait été adopté après un violent incident au cours duquel un marin philippin avait perdu un doigt.
Pékin accuse désormais Manille de ne pas respecter les termes de cet accord, dont le contenu complet n’a jamais été publié.
Le ministère philippin des Affaires étrangères affirme cependant que cet arrangement n’accorde aucune autorité à la Chine et n’oblige pas les Philippines à demander l’autorisation de Pékin pour mener leurs opérations de ravitaillement.
La décision internationale de 2016 toujours contestée
Ces nouveaux incidents coïncident avec le dixième anniversaire de la décision arbitrale rendue en 2016 par un tribunal constitué à La Haye.
Cette décision avait conclu que la vaste revendication chinoise délimitée par la « ligne en neuf traits » ne disposait d’aucun fondement juridique en droit international.
La Chine refuse toujours de reconnaître cette décision, qu’elle considère comme « nulle et non avenue ».
Les Philippines s’appuient au contraire sur ce jugement pour défendre leurs droits souverains et leur juridiction dans leur zone économique exclusive.
Dans un contexte de rivalité croissante avec Pékin, les exercices menés avec les États-Unis et le Japon montrent que Manille cherche désormais à renforcer ses alliances militaires afin de protéger ses intérêts maritimes et de garantir sa liberté d’action en mer de Chine méridionale.

