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Le rebond ? Quel rebond ?

12 septembre 2026 à 08:05
6 min de lecture
Le rebond ? Quel rebond ?

Résumé IA

Selon les comptes rapides 2025 publiés vendredi par l'ISEE, le PIB calédonien progresse de 0,7 % après une chute de 13,5 %, sans réparer l'effondrement de 2024. L'investissement continue de baisser et l'emploi salarié recule encore de 6 %, avec 77 120 salariés, tandis que le nickel et le tourisme restent sinistrés.

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Un petit +0,7 % après une chute de 13,5 % : le rebond espéré n'a pas eu lieu. Les comptes rapides 2025 publiés ce vendredi par l'ISEE décrivent une Nouvelle-Calédonie qui tient debout, mais sous perfusion de l'État.

Un rebond qui ne répare rien

Le chiffre pouvait faire espérer. Il ne suffit pas.

Selon les comptes économiques rapides 2025, dévoilés ce vendredi 11 septembre par l'Institut de la statistique et des études économiques dans le cadre du dispositif Cerom, avec l'AFD et l'IEOM, le PIB de la Nouvelle-Calédonie progresse de 0,7 % en volume. Après l'effondrement historique de 2024, l'économie cesse de s'enfoncer. Elle ne remonte pas pour autant.

En valeur, le tableau est plus sombre. Les effets prix jouent contre le territoire : le PIB recule de 3 % en valeur et s'établit à 915 milliards de F.CFP. Il atteignait encore 1 078 milliards en 2023. Le PIB par habitant se fige à 3,5 millions de F.CFP, contre 4 millions deux ans plus tôt.

Premier frein, et de loin : l'investissement.

La formation brute de capital fixe baisse pour la troisième année d'affilée. -12,5 % en 2025, après -24,3 % l'an dernier. La chute ralentit, rien de plus. Les entreprises subissent une conjoncture dégradée et un contexte politique et institutionnel incertain qui gèle les projets. Les baisses de taux directeurs de l'IEOM, jusqu'en juin 2025, n'ont rien inversé. La production de crédits bancaires recule encore de 3,2 %, après s'être effondrée de 49 % en 2024. Fin décembre, l'encours brut des crédits des établissements installés localement accusait un repli de 6,3 % sur un an, soit 71,2 milliards de F.CFP. Septième trimestre de baisse consécutif.

Côté logement, les acquisitions bondissent de 21 %. Flatteur, jusqu'à la comparaison avec 2023 : les volumes restent inférieurs de 63 %. Et les ventes dans le neuf continuent de s'effondrer.

L'investissement public, lui, peine à prendre le relais, entre budgets sous tension et fin de mandature. L'ISEE parle d'une chute qui s'atténue. Pas d'une reprise.

Emploi et pouvoir d'achat : les Calédoniens paient l'addition

Treize mille deux cents. C'est le nombre d'emplois salariés perdus en deux ans.

En 2025, le territoire compte en moyenne 77 120 salariés déclarés, soit 4 900 de moins qu'en 2024 (-6 %). Un plancher inférieur à celui de 2008. L'hémorragie s'interrompt certes en cours d'année, grâce à un net recul des débauches. Mais les embauches, elles, restent au point mort.

Le secteur privé encaisse l'essentiel du choc avec 55 880 salariés, 7 % de moins en un an. La construction perd 13 % de ses effectifs, l'industrie 12 %, le commerce 6 %. Les services hors commerce ne reculent « que » de 4 %, mais ce sont eux qui détruisent le plus d'emplois en nombre. Le nombre d'employeurs privés a fondu de 15 % en deux ans, ce qui bride les perspectives de reprise, même si les créations nettes d'entreprises sont redevenues positives. Près de 5 800 personnes ont bénéficié des dispositifs exceptionnels de soutien à l'emploi.

Le public n'échappe pas au mouvement. Il compte 21 230 salariés, en baisse de 4 %, surtout du fait des contractuels. Les fonctionnaires d'État reculent de 2 %, les territoriaux se stabilisent après plusieurs années de hausse.

Dans ces conditions, la consommation ne pouvait pas décoller. Après -7,2 % en 2024, la consommation des ménages stagne en volume (-0,1 %). La population diminue, donc les consommateurs aussi. Les revenus de remplacement s'amenuisent à mesure que les aides exceptionnelles s'éteignent et que le nombre de chômeurs indemnisés baisse, surtout par épuisement des droits.

Et la vie ne coûte pas moins cher.

L'inflation moyenne reste contenue à 1 %, mais elle frappe l'essentiel : l'alimentation et le logement. L'électricité a pris 10,1 % en octobre 2024, puis 9,7 % en octobre 2025. Le gaz grimpe de 10,5 % en moyenne sur un an. Légumes, pain, céréales, viande, produits laitiers continuent de renchérir. Seuls l'habillement et les chaussures baissent franchement (-11,4 %, après -12 % en 2024), sans rien compenser.

Résultat, les foyers modestes subissent une inflation proche de 2 %. Deux fois la moyenne.

Nickel, tourisme : les piliers vacillent encore

Seule éclaircie, les échanges extérieurs. En volume, les exportations bondissent de 12,9 % quand les importations reculent de 2,4 %.

Attention au mirage. En valeur, les exportations de biens baissent de 2,2 %, à 134,7 milliards de F.CFP, et les importations plongent de 11 %, à 223,2 milliards. Le déficit commercial se réduit à 88,5 milliards, contre 113,1 milliards en 2024, et le taux de couverture passe de 55 % à 60 %. L'ISEE est clair : l'amélioration tient d'abord à la contraction des achats, pas à une montée en puissance durable des capacités exportatrices. Les importations de biens d'équipement et de moyens de transport chutent de 25,9 %, signe de projets reportés. Celles de combustibles reculent de 26,4 % en valeur. Même les produits de la mer souffrent, plombés par l'effondrement des ventes de thon vers le Japon.

Le nickel repart. Il rapporte pourtant de moins en moins.

La reprise progressive de l'usine du Sud, exploitée par Prony Ressources, est le fait marquant de l'année : 170 500 tonnes de NHC exportées, pour 47,3 milliards de F.CFP. Le reste de la filière demeure sinistré. Fermeture de l'usine de KNS, difficultés persistantes de la SLN, plusieurs sites miniers durablement à l'arrêt : les exportations de ferronickel s'effondrent de 31 % en valeur.

Le marché mondial n'arrange rien. Portée par la production indonésienne, l'offre abondante tire les cours vers le bas, autour de 15 200 dollars la tonne au LME en 2025 contre 16 800 en 2024, soit près de 10 % de baisse. Dans le même temps, le soufre, indispensable à la fabrication de NHC, a flambé.

L'exploitation du nickel, mines et métallurgie confondues, ne pèse plus que 3,4 % de la valeur ajoutée, tout près de son point bas de 2015. Les services représentent désormais 66 % de la richesse produite. Non parce qu'ils progressent, mais parce que tout le reste recule plus vite.

Le tourisme reste l'illustration la plus cruelle. Seulement 58 400 visiteurs en 2025, 53 % de moins que le record de 2023. Le secteur porte toujours les stigmates des émeutes de mai 2024 : la clientèle internationale manque à l'appel, et les visiteurs de l'Hexagone et de la région ne comblent qu'une partie du vide.

Une constante demeure. Ce sont encore les dispositifs de soutien et les aides de l'État qui amortissent le choc, alors que les finances publiques sont sous forte tension. La solidarité nationale reste le premier rempart d'une population dont une partie continue de se précariser.

Pour l'ISEE, l'incertitude économique et institutionnelle freine toujours l'investissement et la reprise. Et sans retour de la confiance, pas de redressement durable pour la Nouvelle-Calédonie.

(Crédit photo : Julien CHAUVET / MAXPPP)