Macron lance le Davos du cinéma

Deux chefs d’État, une ambition culturelle assumée et un secteur stratégique en pleine mutation.
La France entend reprendre la main sur l’avenir du cinéma mondial.
Une offensive culturelle française face à la crise mondiale du cinéma
Le rendez-vous est fixé au 7 septembre 2026 à Saint-Paul-de-Vence, dans un lieu hautement symbolique : la Fondation Maeght. Le président de la République, Emmanuel Macron, coprésidera avec son homologue sud-coréen Lee Jae-myung le tout premier Sommet Lumière, présenté comme un moment charnière pour l’avenir du cinéma mondial.
Derrière cet événement, une réalité brute : le secteur traverse une crise profonde. Depuis 2019, la fréquentation des salles a chuté de 40 % à l’échelle mondiale, fragilisant tout un écosystème. Face à cette situation, la France choisit de ne pas subir. Elle organise, elle rassemble, elle propose.
Ce sommet réunira 150 décideurs internationaux venus de plus de 30 pays. Dirigeants de majors américaines, plateformes de streaming, exploitants de salles, producteurs indépendants, mais aussi responsables politiques et talents du secteur : tous seront présents pour tenter de redéfinir les règles du jeu.
La stratégie est claire : réaffirmer le leadership culturel français dans un contexte de concurrence accrue. Là où certains parlent de déclin, Paris répond par l’initiative et la coordination internationale.
Intelligence artificielle, plateformes : les nouveaux défis du 7e art
Le cœur des discussions portera sur les mutations technologiques qui bouleversent l’industrie. L’intelligence artificielle s’impose désormais comme un facteur déterminant, capable de transformer la création, la production et même la diffusion des œuvres.
Le président du CNC, Gaëtan Bruel, l’a reconnu sans détour : le cinéma fait face à des « défis sans précédent ». La montée en puissance des plateformes comme YouTube, TikTok ou Instagram redéfinit les usages et détourne une partie du public des salles traditionnelles.
Selon lui, YouTube pourrait devenir « le Spotify de l’audiovisuel », capable, à terme, de concurrencer l’ensemble des plateformes existantes. Une mutation radicale qui oblige les États à repenser leur stratégie.
Dans ce contexte, le Sommet Lumière vise à construire une réponse collective et structurée, fondée sur une nouvelle forme de coopération internationale. L’objectif est de poser les bases d’un multilatéralisme du cinéma, capable de défendre la création face aux logiques purement commerciales des géants du numérique.
La question du financement sera également centrale. Accélérer les coproductions, sécuriser les investissements et relocaliser les tournages : autant de leviers pour préserver la souveraineté culturelle.
La France revendique son rang de puissance cinématographique
Ce sommet n’est pas qu’un simple forum. Il s’inscrit dans une stratégie assumée : valoriser les atouts français et renforcer l’attractivité du territoire.
La France reste aujourd’hui le troisième marché mondial du cinéma, derrière les États-Unis et la Chine. Mais surtout, elle affiche une singularité forte : une part de marché du cinéma national de 40 %, un niveau sans équivalent en Europe.
Ce modèle, fondé sur le soutien public, la régulation et l’exception culturelle, est présenté comme une alternative crédible face à l’uniformisation portée par les plateformes internationales.
Le Sommet Lumière doit aussi déboucher sur des annonces concrètes, notamment en matière économique. Le secrétaire général de l’événement, Vincent Florant, évoque déjà des partenariats stratégiques et le retour de tournages internationaux en France.
Au-delà des chiffres, c’est une vision qui est défendue : celle d’un cinéma qui reste un outil de transmission, d’éducation et d’influence. Celle d’un pays qui refuse de voir son imaginaire absorbé par des algorithmes.
En choisissant d’organiser ce « Davos du cinéma », la France envoie un message clair : elle ne renonce pas à son rôle de puissance culturelle mondiale. Elle entend, au contraire, le consolider dans un monde où l’image est devenue un enjeu stratégique majeur.
(Crédit photo : Getty Images)

