Le rapport qui confirme le pire pour la souveraineté

Deux réalités s’imposent aujourd’hui : la France extrait encore massivement des ressources essentielles, mais dépend dangereusement de l’étranger pour ses matières stratégiques.
Et dans un monde instable, retrouver notre souveraineté minérale n’est plus un luxe : c’est une nécessité nationale.
Une puissance minérale… mais limitée aux matériaux non métalliques
Le rapport publié par le SDES en décembre 2025 rappelle une vérité souvent ignorée : la France extrait encore 442 millions de tonnes de matières minérales, couvrant 82 % des besoins du pays. Un chiffre massif qui prouve que notre sous-sol n’a rien d’une relique, contrairement à ce que certains affirment.
Mais la réalité est moins glorieuse : 92 % de cette extraction repose sur le sable et le gravier, indispensables à la construction, aux infrastructures et au génie civil. Argile, calcaire, gypse, dolomite, granit, grès ou marbre complètent le tableau, mais le métal, lui, a quasiment disparu du paysage industriel français.
Les minéraux non métalliques, eux, continuent d’alimenter les secteurs clés. La France produit encore des volumes considérables pour la construction, notamment via les briques et tuiles : 3,8 Mt en 2023, preuve d’un savoir-faire industriel historique. Pourtant, la dépendance aux importations d’argiles et de kaolin explose : 74 % en 2023, contre 25 % en 1990. La chute de l’extraction domestique de 7 Mt à 1 Mt illustre un recul assumé par certains, mais payé cash par l’industrie nationale.
Dans le domaine des granulats, la France reste solide : 357 Mt produits en 2022, dont 10 % issus du recyclage. Les granulats marins, exploités sur les façades Manche et Atlantique, complètent cette force. Mais ce socle n’efface pas le reste : nous sommes devenus dépendants pour tout ce qui relève des métaux, même les plus stratégiques.
Métaux stratégiques : une dépendance extérieure totale, une faiblesse dangereuse
Le bilan est implacable. En 2023, la France dépend à 100 % des importations pour les métaux : cuivre, cobalt, nickel, titane, terres rares, antimoine, germanium, molybdène, niobium, vanadium, platinoïdes… Tous indispensables à l’industrie, aux batteries, aux éoliennes, aux panneaux solaires ou à l’aéronautique.
Pire : la dépendance apparente dépasse les 400 %, car la France réexporte une part importante des métaux qu’elle importe, notamment sous forme de déchets ou de produits semi-transformés.
L’extraction du fer a cessé dans les années 1990. Le plomb, le zinc, le cuivre, l’argent : tous ont disparu du territoire national. La sidérurgie dépend désormais des minerais venus de Chine, du Brésil et d’Australie, là où les coûts et les contraintes environnementales sont nettement plus faibles.
Concernant le cuivre, élément fondamental de la transition énergétique, le diagnostic du BRGM est sans appel : vulnérabilité maximale pour la France (5/5) et risque d’approvisionnement moyen (3/5). Aucune mine de cuivre n’existe plus en France depuis 1998, et aucune métallurgie depuis 2000.
Le pays exporte néanmoins 116 000 tonnes de déchets de cuivre en 2023, recyclables à l’infini. Mais faute d’usines adaptées, 95 % de ces flux partent à l’étranger, principalement en Belgique et en Allemagne.
La France n’a plus les moyens industriels de reconquérir seule cette filière : elle ne possède plus que la dépendance.
Recyclage, relance minière, souveraineté : le réveil français est-il enclenché ?
Face à ce constat, l’Union européenne tente de reprendre la main : extraction locale de 10 % des besoins en matières stratégiques d’ici 2030, transformation à hauteur de 40 %, recyclage à 25 %. Côté français, un programme de 53 millions d’euros vise à cartographier plus finement les ressources : Massif central, Morvan-Brévenne, Vosges, Occitanie-Cévennes-Cerdagne et Sillon Nord de Guyane. Un effort utile, mais tardif.
Pendant que la France hésite, d’autres avancent. Les grands fonds marins, notamment riches en nickel, cobalt et cuivre, attirent désormais l’attention mondiale. La France possède la deuxième surface maritime mondiale : un atout géopolitique immense, mais encore sous-exploité à cause des contraintes environnementales et réglementaires.
Pourtant, sans métaux, il n’y aura ni transition énergétique, ni industries souveraines, ni réindustrialisation réelle. Aujourd’hui, la France sécurise son sable et son gravier, mais dépend totalement pour les minerais de haute valeur.
Et une nation qui ne maîtrise plus son approvisionnement n’est plus vraiment souveraine.

