Procès Pérès : un troisième acte sous haute tension fixé à Lyon en 2026

Un nouveau calendrier, une nouvelle cour d’assises, et des plaies toujours ouvertes. L’affaire Olivier Pérès, déjà rejugée deux fois en Nouvelle-Calédonie, prendra une tournure nationale avec un troisième procès en décembre 2026 devant la cour d’assises d’appel du Rhône. Une décision rare mais conforme aux prérogatives de la Cour de cassation, qui peut désigner une juridiction extérieure lorsqu’elle casse un arrêt pour des motifs de procédure ou d’interprétation juridique.
Une affaire relancée après l’annulation de la condamnation en 2024
Le dossier Pérès avait connu un tournant majeur en juin 2024, lorsque la Cour de cassation a annulé la dernière condamnation prononcée à Nouméa. Selon la juridiction suprême, certains éléments de procédure nécessitaient que l’affaire soit entièrement rejugée devant une cour d’assises d’appel située hors du territoire calédonien — un mécanisme prévu par le Code de procédure pénale lorsqu’un deuxième arrêt est cassé.
C’est dans ce contexte que Lyon, l’une des juridictions d’appel les plus sollicitées pour les procédures complexes, a été désignée. Le procès se déroulera du 14 au 18 décembre 2026, et Olivier Pérès, 67 ans, y comparaîtra libre, toujours placé sous contrôle judiciaire renforcé depuis sa libération “pour raisons médicales” en avril 2024.
Retour sur un drame survenu au golf de Tina
Le 13 septembre 2018, en fin d’après-midi, le calme du golf de Tina à Nouméa avait été déchiré par trois coups de feu. L'ancien chirurgien du Médipôle, père de sept enfants, avait tiré à trois reprises sur son voisin Éric Martinez, avec qui il entretenait une relation devenue toxique. Les faits, établis dès les premières expertises :
- un fusil à canon scié transporté sous un drap dans une voiturette,
- un premier tir à distance atteignant la main,
- un second tir qui fait tomber la victime,
- un troisième, fatal, tiré à très courte portée alors que Martinez était déjà à terre.
Ces séquences ont nourri, depuis 2018, un débat judiciaire intense autour de la légitime défense, de la proportionnalité, et surtout de l’intention homicide.
Deux procès, deux verdicts différents
L’affaire a déjà connu deux lectures pénales : • 2021 – Première instance : Pérès est condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour assassinat, les jurés retenant une altération du discernement mais non la légitime défense. • 2023 – Cour d’assises d’appel de NC : la préméditation est écartée. Le crime est requalifié en meurtre et la peine réduite à 15 ans, malgré les 22 ans requis.
Pérès s’est immédiatement pourvu en cassation, ouvrant la voie à une troisième procédure.
Défense et accusation : deux récits inconciliables
Depuis huit ans, les avocats des deux parties portent des thèses radicalement opposées.
La défense d’Olivier Pérès
Son conseil, Me Laurent Aguila, a salué le choix de la cour d’assises de Lyon, estimant qu’un procès hors du territoire garantira “la sérénité du débat”. L’avocat rappelle que son client explique depuis le premier soir avoir agi pour “protéger ses enfants”, affirmant que la victime représentait une menace grave et immédiate.
Les avocats ont toujours insisté sur :
- les troubles psychiques d’Éric Martinez,
- ses récits d’espionnage fantasmés,
- ses relations ambivalentes avec la famille Pérès,
- mais surtout la peur accumulée par l’accusé.
Les parties civiles
La famille Martinez, elle, vit ce nouveau procès comme un supplice supplémentaire. Leur avocat, Me Martin Calmet, dénonce régulièrement le comportement d’Olivier Pérès, qu’il accuse de “s’attaquer verbalement” aux proches de la victime, jusqu’à comparer la veuve à “Madame Fourniret”, selon lui.
Pour les parties civiles, il n’y a pas de doute :
- la préméditation doit être retenue,
- le troisième tir ne peut être assimilé à une réponse défensive,
- la version de Pérès “ne résiste pas à l’analyse balistique”.
Elles affirment être prêtes à “défendre une nouvelle fois la mémoire d’Éric Martinez devant une juridiction impartiale”.
Une affaire marquée par les polémiques
L’affaire Pérès a cristallisé plusieurs controverses en Nouvelle-Calédonie :
- neuf demandes de mise en liberté, toutes rejetées avant 2024 ;
- les débats publics autour du statut social du prévenu (chirurgien renommé) ;
- l’exposition médiatique extraordinaire du dossier ;
- la question du traitement de la légitime défense dans le droit calédonien.
Cette médiatisation a conduit certains juristes à souligner l’importance d’un procès en métropole pour “désenclaver le dossier” et réduire les tensions locales.
Lyon 2026 : un procès qui dira le dernier mot ?
Sauf nouveau pourvoi, l’audience prévue en décembre 2026 devrait être la troisième et dernière. Devant la cour d’assises d’appel du Rhône, les jurés auront à trancher entre deux visions diamétralement opposées :- celle d’un homme persuadé d’avoir agi pour éviter un carnage,
- celle d’un accusé ayant choisi d’en finir avec un voisin encombrant.
En cas de condamnation pour assassinat, Olivier Pérès encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

