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Monopole de l’OPT : jusqu’à quand la Calédonie va reculer ?

19 décembre 2025 à 08:05
4 min de lecture
Monopole de l’OPT : jusqu’à quand la Calédonie va reculer ?
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Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie devait trancher. Il a reculé. Ce jeudi 18 décembre, le projet de loi du pays pour « une meilleure connectivité » a été retiré de l’ordre du jour, sans explication détaillée. Un retrait lourd de sens, tant le texte posait une question centrale et désormais incontournable : quand la fin du monopole de l’OPT sur l’accès à Internet ?

Un texte censé ouvrir Internet, mais sans toucher au cœur du système

Présenté comme un texte d’équilibre, le projet de loi visait une ouverture maîtrisée à la concurrence du service d’accès à Internet, tout en maintenant le monopole public de l’Office des Postes et Télécommunications sur les télécommunications mobiles, internationales et les réseaux structurants.

Le nouveau cadre prévoyait la création d’un statut unique d’opérateur de télécommunications, regroupant l’opérateur public, les fournisseurs d’accès à Internet et les opérateurs satellitaires. Il instaurait un régime de déclaration préalable, précisait les obligations légales communes, incluait les services en mer, organisait l’attribution des fréquences radioélectriques et renforçait les contrôles et les sanctions.

Sur le papier, une réforme technique. Dans les faits, un bouleversement du modèle économique de l’OPT, pilier historique du service public numérique calédonien. Après plus de deux ans d’attente depuis son adoption en gouvernement, le texte n’a même pas été débattu. Un signal politique fort.

Concurrence satellitaire : modernité affichée, risque assumé ?

Le nœud du débat porte sur l’arrivée d’opérateurs satellitaires comme Starlink, autorisés à proposer un accès Internet haut débit sans implantation locale réelle. Pour leurs promoteurs, il s’agit d’une réponse rapide aux zones blanches et aux attentes des consommateurs.

Pour les syndicats, c’est une fausse bonne idée. L’UT-CFE-CGC, qui a publiquement alerté la veille de la séance, ne conteste pas la fin du monopole par principe. Elle alerte toutefois sur les conséquences économiques directes : ces opérateurs ne génèrent ni emplois locaux ni recettes fiscales, tout en captant une part croissante du marché.

Le risque est clair : affaiblir financièrement l’OPT, qui ne disposerait plus des ressources nécessaires pour entretenir ses infrastructures, financer l’aménagement numérique du territoire et assurer ses missions de service public, notamment dans les zones peu rentables.

Le gain de pouvoir d’achat annoncé est jugé largement illusoire. Les chiffres avancés parlent d’eux-mêmes : 1,8 milliard de francs CFP d’économies potentielles pour les abonnés, contre 7,4 milliards de francs CFP à compenser d’ici 2030 pour maintenir un service public équivalent. Une facture qui finirait, inévitablement, sur le dos du contribuable.

Fin du monopole, oui… mais à quel prix pour le pays ?

Le débat est donc moins idéologique qu’on ne le prétend. Les représentants du personnel de l’OPT reconnaissent que le monopole n’est pas éternel. Mais ils refusent une ouverture brutale, déséquilibrée, sans contreparties économiques ni garanties sociales.

Ils défendent une alternative inspirée de la Polynésie française, fondée sur un partenariat public-privé avec l’opérateur satellitaire européen OneWeb. Un modèle où la technologie satellitaire vient compléter le réseau existant, en vendant ses capacités aux gouvernements et aux opérateurs locaux, plutôt qu’en concurrençant frontalement l’opérateur public.

Selon Nicolas Nielville, délégué du personnel à l’OPT, ce schéma permettrait de sécuriser les recettes fiscales, de préserver l’emploi local et de garantir la souveraineté numérique, tout en améliorant la couverture des zones isolées. Une option qualifiée de « gagnant-gagnant », mais jusqu’ici ignorée par les décideurs.

Un retrait qui repousse encore la question centrale

Le retrait du texte est vécu comme un soulagement temporaire par les syndicats. L’OPT, avec ses 1 200 salariés, reste un acteur structurant de l’économie calédonienne et de la cohésion territoriale. Mais ce sursis ne règle rien sur le fond.

Car la question demeure, intacte et de plus en plus pressante : quand la fin du monopole de l’OPT, et surtout dans quel cadre ? Une ouverture sans stratégie affaiblirait un outil public essentiel. Une immobilité totale freinerait l’innovation et l’attractivité numérique du territoire.

Entre idéologie de la concurrence pure et défense dogmatique du monopole, la Nouvelle-Calédonie cherche encore une voie pragmatique, conforme à ses réalités économiques, sociales et géographiques. En repoussant le débat, le Congrès n’a pas tranché. Il a simplement gagné du temps. Jusqu’à quand ?

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