Les 5 détroits les plus dangereux de la planète

Avec la guerre en Iran, le monde entier a les yeux rivés vers le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. Pourtant, ce passage stratégique est loin d’être le seul à concentrer les tensions géopolitiques.
Nicolas Cuoco 14/04/2026

Un patrouilleur rapide du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) participe à un exercice militaire au large des côtes sud de l'Iran. Décembre 2025. ZUMA/SIPA / © Sepahnews
En France, le litre d’essence a dépassé les 2 euros, tandis que le gazole se rapproche des 2,50 euros. Cette flambée des prix s’explique en grande partie par la guerre en Iran et les menaces de blocage du détroit d’Ormuz par le régime des mollahs. Malgré cela, certains pétroliers continuent de le traverser au compte-gouttes en direction des pays asiatiques. Ce lundi 13 avril, Donald Trump a brandi la menace d’un blocus total. Son objectif : assécher les revenus de l’Iran, qui continue de tirer profit de ses exportations via les navires empruntant encore ce passage stratégique.
Véritable poudrière, Ormuz symbolise la fragilité des grandes routes maritimes. Mais il n’est pas un cas isolé. D’autres détroits et canaux, essentiels au commerce international, présentent également des risques élevés, qu’ils soient sécuritaires, géopolitiques ou logistiques. Voici le Top 5 des détroits les plus dangereux de la planète.
À lire aussiLes 5 plus grandes bases américaines en Europe
5. Canal de Suez
Le canal de Suez, voie navigable artificielle située en Égypte, relie la mer Méditerranée à la mer Rouge. Percé entre 1859 et 1869, il constitue aujourd’hui un passage incontournable entre l’Europe et l’Asie. Environ 12 % du commerce mondial y transite, avec près de 19 000 navires en 2020, soit une moyenne de 52 par jour. Symbole de son importance : avant sa construction, les navires devaient contourner l’Afrique pour relier ces deux continents. Long de 193,3 km et large de 280 à 345 mètres, ce canal est un maillon essentiel mais extrêmement vulnérable : le moindre incident peut provoquer un blocage aux conséquences mondiales.
Cette fragilité a été mise en évidence en 2021, lorsque le porte-conteneurs Ever Given s’est échoué, paralysant le trafic pendant six jours. Par ailleurs, sa localisation dans une région instable le rend sensible aux tensions géopolitiques. Les attaques des Houthis en mer Rouge ont ainsi entraîné une baisse du trafic en 2024. Enfin, le canal dépend fortement de la stabilité de l’Égypte, pour qui il représente une source majeure de revenus.
4. Détroit de Malacca
Situé entre la péninsule malaise et l’île indonésienne de Sumatra, le détroit de Malacca s’étend sur environ 800 kilomètres. Il s’agit de l’un des axes maritimes les plus vitaux au monde, concentrant près d’un quart du commerce international. Cependant, ce passage est particulièrement exposé. Sa faible profondeur, la densité du trafic, ainsi que les risques de piraterie et de contrebande en font une zone sous haute surveillance. À cela s’ajoutent d’importantes rivalités géopolitiques. Pékin évoque d’ailleurs régulièrement le « dilemme de Malacca », soulignant sa dépendance stratégique à ce corridor.
Gaz liquéfié, pétrole, semi-conducteurs…
Le détroit est crucial pour l’approvisionnement énergétique de plusieurs grandes puissances, notamment la Chine (90 %) et le Japon (80 %). En cas de conflit régional, en particulier avec les États-Unis, sa fermeture pourrait être envisagée, provoquant un choc économique majeur en Asie. Néanmoins, selon un rapport du centre MICA publié début 2020, la situation sécuritaire s’est améliorée, même si les risques persistent.
3. Détroit de Bab el-Mandeb
Situé au sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb est aujourd’hui l’un des points les plus sensibles du commerce maritime mondial. Il constitue un passage clé entre l’Europe et l’Asie, notamment via le Canal de Suez. Depuis le début de la guerre en Ukraine et la réduction des importations d’énergie russe, les Européens se sont tournés vers les pays du Golfe pour s’approvisionner en gaz naturel liquéfié (GNL). Ce changement a renforcé l’importance stratégique de ce détroit pour les flux énergétiques à destination de l’Europe.
Sur le plan sécuritaire, la situation s’est fortement dégradée. Après les attentats du 7 octobre 2024, les Houthis ont intensifié leurs actions en mer Rouge, visant des navires commerciaux à l’aide de missiles. En seulement trois mois, une quarantaine de bateaux ont été ciblés. Le 6 mars 2024, une attaque contre le True Confidence a causé la mort de trois marins. Conséquence directe : le trafic maritime a chuté de 42 % en deux mois. De nombreux armateurs ont été contraints de contourner l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance, allongeant considérablement les délais et les coûts. Toutefois, depuis le début de la guerre en Iran, le détroit a été relativement épargné. Pour combien de temps ?
À lire aussiLes 6 pays qui réarment massivement leur marine de guerre
2. Détroit de Taïwan
Moins spectaculaire en apparence, le détroit de Taïwan est pourtant l’un des points les plus explosifs de la planète. Il relie la mer de Chine orientale à la mer de Chine méridionale, par où transite près d’un tiers du commerce mondial. Ce corridor maritime est au cœur de la rivalité entre la Chine et Taïwan. Les démonstrations de force s’y multiplient, notamment depuis la visite de Nancy Pelosi en 2022, qui avait déclenché d’importantes manœuvres militaires chinoises autour de l’île.
Au-delà des enjeux territoriaux, ce détroit est crucial pour l’économie mondiale en raison de son rôle dans le transport des semi-conducteurs produits à Taïwan. Une crise majeure dans cette zone entraînerait presque inévitablement l’implication des États-Unis et de leurs alliés. Aujourd’hui, malgré la guerre au Moyen-Orient, ce passage concentre l’un des risques les plus élevés d’affrontement direct entre grandes puissances.
1. Détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz est sans conteste le point névralgique du commerce énergétique mondial. Véritable robinet de la planète, il voit transiter près de 20 % du pétrole mondial, soit la principale voie d’exportation du Moyen-Orient. Long de 212 kilomètres, il est particulièrement étroit : à son point le plus resserré, il ne mesure que 55 km. Les voies de navigation, larges de seulement 3,2 km chacune, sont bordées par les eaux territoriales iraniennes et omanaises, offrant à ces deux pays un contrôle stratégique sur le trafic maritime. La situation y est aujourd’hui extrêmement tendue.
À lire aussiLes 6 porte-avions les plus puissants au monde
Depuis le 28 février, les frappes israélo-américaines en Iran et la mort d’Ali Khamenei ont profondément déstabilisé la région. Plus récemment, l’échec des négociations à Islamabad entre l’Iran et les États-Unis a accentué les incertitudes. Résultat : près de 800 navires se retrouvent bloqués dans cette zone critique. Les tensions actuelles en font un véritable goulet d’étranglement, dont les conséquences dépassent largement la région pour affecter l’ensemble de l’économie mondiale.

