STEP de Tontouta : le pari énergétique qui change tout

Deux bassins, une idée simple… et une révolution énergétique en marche pour la Nouvelle-Calédonie.
À Tontouta, le projet de STEP franchit un cap décisif et pourrait bien changer durablement la donne.
Une technologie stratégique pour stocker l’énergie solaire
La Nouvelle-Calédonie produit aujourd’hui une quantité croissante d’électricité grâce au photovoltaïque. Mais un problème majeur persiste : cette énergie est produite en journée… alors que les besoins explosent le soir.
C’est précisément là qu’intervient la STEP, ou station de transfert d’énergie par pompage, un dispositif déjà éprouvé dans de nombreux pays.
Le principe est simple, mais redoutablement efficace. Il repose sur deux bassins situés à des altitudes différentes, formant un circuit fermé.
En journée, lorsque la production solaire dépasse la consommation, l’électricité excédentaire est utilisée pour pomper l’eau du bassin inférieur vers le bassin supérieur. Cette eau stockée devient alors une réserve d’énergie.
La nuit, ou lors des pics de consommation, le processus s’inverse : l’eau redescend vers le bassin inférieur en passant par des turbines, produisant ainsi de l’électricité, à la manière d’un barrage.
Ce système permet de répondre à un double défi des énergies renouvelables : elles sont à la fois intermittentes (elles ne produisent pas en continu) et fatales (l’énergie non consommée est perdue).
Aujourd’hui, une partie de cette production solaire excédentaire est revendue à la SLN, tandis que le reste est tout simplement perdu… mais payé par les consommateurs.
Avec la STEP, cette aberration économique pourrait enfin être corrigée.
Un projet massif au service de l’indépendance énergétique
Le projet de STEP de Tontouta s’impose comme un outil structurant pour l’avenir énergétique du territoire.
Quelques chiffres suffisent à mesurer son impact :
900 MWh de capacité de stockage, soit environ 35 % de la consommation des Calédoniens (hors métallurgie)
225 000 tonnes de CO₂ évitées chaque année
65 000 tonnes de fuel économisées par an
Une durée d’exploitation estimée à plus de 60 ans
Au-delà de l’écologie, c’est bien la souveraineté énergétique qui est en jeu.
Dans un contexte mondial marqué par des crises énergétiques à répétition, la Nouvelle-Calédonie reste fortement dépendante des importations de carburants fossiles.
La STEP permettra de réduire cette dépendance, tout en stabilisant les coûts de l’électricité pour les ménages.
Comme l’a rappelé Jean-Gabriel Faget, directeur général d’Enercal : l’énergie solaire produite en journée pourra enfin être utilisée le soir et la nuit, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Même logique du côté de Christopher Gygès, membre du gouvernement chargé de l’économie et de l’énergie, qui insiste sur la nécessité de sécuriser durablement l’approvisionnement électrique.
Un message clair : il ne s’agit plus seulement d’écologie, mais bien de réalisme économique et stratégique.
22 milliards injectés et un calendrier désormais lancé
Le projet entre désormais dans une phase concrète avec le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt (AMI).
Objectif : permettre aux entreprises locales de se positionner sur ce chantier d’envergure.
Tous les secteurs seront concernés : ingénierie, travaux publics, terrassement, équipements industriels.
Au total, ce sont 22 milliards de francs qui devraient être injectés directement dans l’économie calédonienne.
Un levier de relance non négligeable dans un contexte économique encore fragile.
Le chantier devrait mobiliser en moyenne :
130 emplois durant la phase de construction
15 emplois pour l’exploitation à long terme
Le calendrier est désormais posé :
Avril 2026 : lancement de l’AMI
2026-2027 : études détaillées et financement
2028 : début des travaux
2032 : mise en service
Quatre années de travaux pour un équipement appelé à durer plusieurs décennies.
Au-delà de la production d’électricité, la STEP jouera également un rôle clé pour la métallurgie, secteur vital pour l’économie locale.
Elle permettra d’accompagner sa transition vers une énergie décarbonée et moins coûteuse, condition indispensable à sa compétitivité.
En clair, ce projet coche toutes les cases : écologie pragmatique, souveraineté énergétique et relance économique.
(Crédit photo : Enercal)

