La France muscle son influence dans le Pacifique

Dans le Pacifique, la bataille de l’influence passe aussi par les universités.
La France entend bien y défendre sa place face aux puissances régionales.
Une offensive académique française assumée dans le Pacifique
La troisième édition du programme Campus Mobile Pacifique marque une nouvelle étape dans la stratégie d’influence française dans une région devenue hautement stratégique. Loin d’être un simple dispositif universitaire, cet appel à projets s’inscrit dans une logique claire : renforcer la présence française dans le Pacifique par la formation, la recherche et les échanges humains.
Comme le souligne le document officiel, la mobilité étudiante dans cette zone reste freinée par des obstacles majeurs : distance, isolement, faibles moyens financiers et difficultés de connectivité. Face à ces réalités, Paris entend agir concrètement en facilitant les échanges entre étudiants, chercheurs et institutions.
Ce programme est directement issu d’une volonté politique affirmée. Lors de son déplacement dans la région en juillet 2023, Emmanuel Macron avait insisté sur la nécessité de renforcer les échanges humains avec les États du Pacifique, notamment dans les domaines académique et scientifique. Une orientation stratégique qui se traduit aujourd’hui par des moyens dédiés.
Concrètement, le dispositif vise à permettre aux étudiants du Pacifique d’acquérir une expérience internationale, tout en consolidant leurs compétences et leur employabilité. Une approche pragmatique, loin des discours idéologiques, qui mise sur l’excellence et la coopération ciblée.
Des projets encadrés, exigeants et tournés vers les priorités régionales
Le programme Campus Mobile Pacifique ne distribue pas de financements à l’aveugle. Les critères sont stricts et traduisent une volonté de sélectionner des projets solides, cohérents et utiles pour la région.
Selon le cahier des charges, chaque projet doit obligatoirement associer au moins une institution française implantée dans le Pacifique – comme une université ou un centre de recherche – à une structure d’un État insulaire de la région. L’objectif est clair : créer de véritables partenariats durables, et non des coopérations de façade.
Autre exigence : les mobilités doivent être effectives dès 2026 ou 2027. Il ne s’agit pas de promesses, mais de résultats concrets sur le terrain. Les projets devront également démontrer une adéquation entre le profil des participants et les formations proposées, ainsi qu’un niveau linguistique suffisant en français ou en anglais.
Les thématiques prioritaires ne doivent rien au hasard. Elles reflètent les enjeux stratégiques du Pacifique : environnement, biodiversité, sciences marines, changement climatique, mais aussi sciences humaines et sociales. Autrement dit, des domaines où la France possède une expertise reconnue et entend peser.
Le programme encourage aussi les projets liés à la résilience des territoires, aux enjeux sanitaires ou encore aux défis stratégiques régionaux. Une approche globale qui montre que la recherche n’est pas déconnectée des réalités géopolitiques.
Une réponse stratégique face aux enjeux d’influence dans la région
Derrière cet appel à projets se joue une réalité rarement assumée publiquement : le Pacifique est aujourd’hui un espace de concurrence internationale accrue, où les grandes puissances multiplient les initiatives.
Dans ce contexte, la France ne peut se permettre d’être absente. Grâce à ses territoires comme la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie française, elle dispose d’un ancrage unique. Encore faut-il le valoriser. C’est précisément l’objectif de Campus Mobile Pacifique : transformer cette présence géographique en influence concrète.
Le programme prévoit ainsi des mobilités « entrantes » et « sortantes », favorisant un équilibre entre échanges vers les territoires français et vers les États insulaires voisins. Une logique d’ouverture maîtrisée, qui évite l’entre-soi tout en consolidant les liens régionaux.
Les projets seront sélectionnés par un comité dédié, avec une attention particulière portée à la diversité des partenaires et à l’équilibre des échanges. Chaque initiative fera ensuite l’objet d’un suivi rigoureux et d’un rapport final, preuve que l’argent public doit produire des résultats mesurables.
Enfin, la date limite de candidature est fixée au 30 juin 2026, avec une sélection prévue dès le mois de juillet. Les projets retenus donneront lieu à une convention de subvention avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
(Crédit photo : AngeleVO IKIGAI Newsletter)

