Budget supplémentaire : la Province Sud répond à ses détracteurs

L'assemblée de la Province Sud se réunit ce vendredi matin pour voter un budget supplémentaire 2026 qui tombe à pic dans le calendrier politique. Les 8,745 milliards d'excédent de gestion 2025, pointés du doigt quelques heures plus tôt par Philippe Dunoyer comme le symbole d'un décrochage entre institutions et réalité vécue, sont précisément ceux que l'exécutif provincial s'apprête à injecter dans la santé, le social et l'éducation. La coïncidence est trop belle pour être fortuite.
La réponse comptable de Sonia Backès
Les chiffres posés noir sur blanc dans le projet soumis au vote ressemblent à une démonstration méthodique. Résultat 2025 : 9,591 milliards de francs, dont 847 millions mobilisés pour financer les reports de crédits, et 8,745 milliards d'enveloppe nette disponible. C'est exactement le chiffre que Philippe Dunoyer a brandi ce matin devant la presse pour dénoncer un décalage entre l'action publique et la vie quotidienne des Calédoniens. Sauf que la Province Sud ne laisse pas cette somme dormir dans ses caisses. Elle la redéploie immédiatement, à travers un budget supplémentaire de 6,6 milliards, et maintient son niveau d'investissement global à 13,7 milliards, un volume calibré pour soutenir le tissu entrepreneurial local à bout de souffle. Dépenses réelles totales : 53,7 milliards. Emprunt ajusté à 3,5 milliards. Le message envoyé est clair : la rigueur budgétaire revendiquée n'est pas de la thésaurisation, c'est une marge de manœuvre mobilisée quand il le faut.
La santé, priorité martelée
Le volet santé concentre une bonne partie des annonces du jour. D'abord avec le lancement de « Sud Santé », un dispositif taillé pour répondre à la pénurie de pharmaciens assistants et de préparateurs en officine, un métier en tension qui fragilise l'accès aux soins de proximité. Les professionnels recrutés pourront bénéficier d'une prise en charge du billet d'avion jusqu'à 150 000 francs, majorations familiales incluses, et d'une prime forfaitaire d'installation de 90 000 francs. En parallèle, les officines employeuses verront leurs charges patronales prises en charge un mois pour un contrat de six mois, trois mois pour un CDI. L'autre grand chantier sanitaire concerne l'élargissement du dispositif d'aide à l'installation des professionnels de santé libéraux. Toute la Province Sud devient désormais éligible, à l'exception de la partie sud de Nouméa jugée moins déficitaire. Les médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmiers, orthophonistes et kinésithérapeutes exerçant en entreprise individuelle sont désormais concernés, avec en contrepartie un mécanisme de remboursement partiel en cas de non-respect des engagements. La désertification médicale, aggravée depuis mai 2024, devient une priorité assumée.
« Bien avec mon école », le pari éducatif
C'est peut-être le projet le plus structurant du jour, et certainement le plus politique. « Bien avec mon école » cible les 23 écoles prioritaires de la Province Sud avec une approche globale : renforcement des équipes pédagogiques, déploiement d'une brigade mobile de prévention composée de psychologues, orthophonistes, travailleurs sociaux et infirmiers, et développement d'activités sportives et culturelles. Neuf écoles pilotes sont déjà engagées, totalisant plus de 1 700 élèves, à Dumbéa, au Mont-Dore, à Païta et à Nouméa. Thio suivra en 2027 et l'ensemble des 23 écoles doit être couvert d'ici 2028. L'État finance à hauteur de 199 millions par an sur cinq ans, dans le cadre du Plan de relance, ce qui permet 33 recrutements en cours. Une collation sera également distribuée chaque matin aux élèves des écoles prioritaires, et une évaluation scientifique est prévue pour mesurer l'impact réel du dispositif. Face à l'aveu collectif d'un décrochage scolaire qui touche une partie de la jeunesse calédonienne, la Province avance une réponse structurée. Reste à voir si elle suffira.
Logement social : une programmation recalibrée sur la réalité du marché
Le volet logement est l'un des plus structurants du budget supplémentaire. La Province Sud met en place un document de programmation quinquennale des besoins en logements, assorti d'une première étape transitoire pour 2026-2027. Pas de nouveau logement social autorisé à court terme dans les communes du Grand Nouméa — ni à Dumbéa, ni au Mont-Dore, ni à Nouméa, ni à Païta —, les quotas étant concentrés sur les communes rurales à hauteur de dix par commune et par an, de Boulouparis à Yaté en passant par l'Île des Pins et La Foa. L'orientation est cohérente avec les indicateurs disponibles : près de 17 % de vacance dans le parc des bailleurs sociaux, baisse significative des prix dans l'ancien, diminution de la demande liée aux départs et à la précarisation. Autrement dit, le marché calédonien du logement a profondément changé depuis 2024, et la Province fait le choix d'adapter sa politique à cette nouvelle donne plutôt que de continuer à produire selon des standards hérités d'une autre époque. Ce recentrage, qui prolonge la stratégie transitoire adoptée en septembre dernier, prend aujourd'hui une forme concrète et chiffrée. Il alimentera certainement le débat, mais il repose sur un diagnostic solide que peu d'acteurs du secteur contestent.
Les signaux périphériques
Autour des gros dossiers, plusieurs mesures complètent le tableau. La climatisation des écoles, jusqu'ici limitée aux salles de classe, est étendue aux réfectoires avec un soutien plafonné à 2 millions par projet et un dispositif prolongé jusqu'en 2028. Le programme de mentorat avec l'association Télémaque, lancé en 2023, est renouvelé : 26 collégiens accompagnés jusqu'à présent, 100 % de réussite au brevet pour la première promotion, et une nouvelle vague de huit à dix jeunes en cours de sélection. Des signaux positifs, modestes mais cohérents avec un discours qui met la jeunesse au cœur du mandat.
Le contexte qui change tout
Impossible de lire ce budget supplémentaire sans le replacer dans l'atmosphère politique du moment. Philippe Dunoyer a attaqué ce matin même le niveau d'excédent de la Province Sud. L'accord institutionnel s'éloigne, les provinciales approchent, les lignes bougent. En présentant un budget qui mobilise massivement ses réserves sur des thématiques sociales lisibles par le grand public, l'exécutif provincial verrouille son récit de campagne : celui d'une gestion rigoureuse, capable de dégager des marges et de les réinjecter là où ça compte. La question qui restera sur la table dans les prochains jours est de savoir si cette démonstration suffira à convaincre une population qui, au-delà des chiffres, cherche surtout à retrouver un horizon. Le débat politique, lui, ne fait que commencer.

