Filière bois : la CPME-NC dénonce des années perdues

Deux visions s’affrontent en Nouvelle-Calédonie : celle d’une économie sous perfusion et celle d’un territoire qui croit encore en sa production locale.
Au Mont-Dore, la filière bois sort du silence et met les décideurs face à leurs responsabilités.
Une filière structurée… mais toujours freinée
Au cœur de la commune du Mont-Dore, la visite de l’exploitation de Roger Talamona agit comme un révélateur. Derrière les paysages maîtrisés et les parcelles soigneusement entretenues, c’est toute une réalité économique qui se dessine : celle d’une filière bois calédonienne bien vivante, mais trop longtemps négligée.
Contrairement à une idée reçue encore persistante, la filière bois n’est pas un projet émergent ou opportuniste. Elle existe, elle travaille, elle produit depuis 10, 15, parfois 30 ans. Des entrepreneurs ont pris des risques, investi dans la durée, planté des essences, expérimenté des modèles économiques, sans jamais bénéficier d’un véritable accompagnement structurant.
Aujourd’hui, une nouvelle dynamique est en train d’émerger. Les professionnels se regroupent, s’organisent, mutualisent leurs compétences pour créer une véritable fédération interprofessionnelle. L’objectif est clair : passer d’une activité isolée à une filière économique cohérente, structurée et compétitive.
Mais cette structuration arrive tard. Trop tard, selon la CPME-NC, qui pointe du doigt un retard accumulé au fil des années. Un retard qui n’est pas lié à un manque d’initiatives privées, mais bien à une absence de vision publique.
Province Sud : entre soutien affiché et incohérences de terrain
La critique portée par la CPME-NC ne nie pas les efforts engagés par certaines collectivités. La Province Sud, notamment, a initié des dispositifs en matière de sylviculture, avec des programmes de plantation, d’accompagnement technique et de structuration.
Oui, des actions existent. Oui, des élus s’engagent. Mais, sur le terrain, les professionnels dénoncent une réalité bien plus contrastée. Car ces initiatives restent insuffisantes, parfois mal coordonnées et, surtout, limitées par un facteur clé : le foncier.
Le constat est simple et largement partagé : il n’y a pas assez de terres disponibles pour développer une sylviculture ambitieuse. Entre contraintes réglementaires, complexité des statuts fonciers et lenteur administrative, les porteurs de projets se retrouvent bloqués.
La CPME-NC pointe ainsi une contradiction majeure : comment prétendre structurer une filière bois sans lui donner accès à la ressource première, la terre ?
Dans le même temps, certaines décisions publiques apparaissent incohérentes. Des projets sont ralentis, des autorisations tardent, des initiatives sont freinées, alimentant un sentiment d’incompréhension croissante chez les professionnels.
Le message est clair : la volonté politique affichée ne suffit plus ; elle doit se traduire concrètement sur le terrain.
Le foncier, verrou stratégique d’une filière d’avenir
Au-delà des débats techniques, c’est bien la question du foncier qui cristallise les tensions. Sans accès à des surfaces suffisantes, aucune filière bois ne peut se développer durablement.
Les exemples internationaux sont pourtant limpides. Des pays comme la Nouvelle-Zélande (5 milliards de dollars néo-zélandais d’exportations annuelles) ou l’Australie (un secteur pesant plus de 20 milliards de dollars australiens) ont fait le choix d’ouvrir et de structurer leur foncier pour soutenir la sylviculture. Résultat : des filières puissantes, exportatrices et créatrices d’emplois.
La Nouvelle-Calédonie, elle, reste à la croisée des chemins. Elle dispose des ressources naturelles, du climat et, surtout, d’acteurs économiques prêts à investir. Mais elle bloque sur un point fondamental : l’accès à la terre.
Pour la CPME-NC, continuer dans cette voie reviendrait à institutionnaliser l’échec. Car, sans foncier, les plantations stagnent, les projets n’aboutissent pas et la filière reste marginale.
La question posée est désormais frontale : veut-on réellement faire de la filière bois un pilier économique, ou continuer à la maintenir sous contrainte ?
Car demander des résultats immédiats tout en refusant d’ouvrir des perspectives foncières relève d’une contradiction profonde. On ne construit pas une filière stratégique sans lui donner les moyens de grandir.
Les professionnels, eux, n’attendent plus de discours. Ils demandent des actes, des décisions claires et une vision assumée. Certaines collectivités ont commencé à agir, mais cela ne suffira pas sans un cap global et cohérent.
La filière bois calédonienne n’a pas besoin d’être inventée. Elle a simplement besoin d’être libérée.
(Crédit photo : CPME Nouvelle-Calédonie)

