Je me réveille… et même le bonheur était en rupture

Je me suis réveillé le 2 mai.
J’ai ouvert les yeux.
Et j’ai compris que le 1er mai, ici, c’était pas juste un jour férié.
C’était un marathon.
D’abord, y avait le muguet.
Partout.
Chez les fleuristes.
Sur les trottoirs.
Aux feux rouges.
Le bonheur en bouquet.
1 000 balles la brindille.
1 500 avec option rose.
1 800 avec vase.
Même la chance avait un tarif.
Les Calédoniens avaient déjà tout réservé la veille.
Comme si le bonheur risquait la rupture de stock.
Résultat : à midi, plus de muguet.
Juste des fleurs en plastique.
Même la tradition avait son plan B.
Pendant que certains offraient un brin à leur femme, leur sœur ou à eux-mêmes…
D’autres défilaient.
USTKE, slogans, solidarité, souveraineté.
Le 1er mai version parfum floral… et tension politique.
On distribue du muguet.
On prépare les provinciales.
Ambiance.
À Doniambo, on se souvenait aussi.
44 morts au travail.
Silence.
Recueillement.
Parce qu’au milieu des discours, y a aussi ceux qui sont jamais rentrés.
À Nouméa, un rooftop a cramé au petit matin.
Un frigo.
Comme quoi, même un appareil censé garder son calme peut péter un câble.
Au Mont-Dore, ça caillasse.
À Paris, ça manifeste.
Les boulangers bossent enfin légalement le 1er mai.
Plot twist : la baguette rejoint le muguet dans la bataille économique.
Pendant ce temps, Trump bloque, l’Iran dénonce, le pétrole grimpe, l’inflation sourit.
Et moi, j’essaie juste de savoir si mon plein va coûter un rein ou deux.
Heureusement, y avait aussi des prières.
Des mobylettes solidaires.
Des escargots à l’île des Pins.
La fête de l’avocat à Maré.
Du golf.
De la F1.
Alors ouais.
Le 1er mai, on a célébré le travail.
En achetant du muguet.
En marchant.
En priant.
En vendant.
En revendiquant.
En survivant à l’actu.
Et ce matin, il reste quoi ?
L’odeur du muguet.
Le prix de l’essence.
Et probablement plus de croissants.
Bref.

