Cap 2033 : un plan économique jugé vide et irréaliste

Deux lignes qui claquent, une stratégie qui cale.
En Polynésie française, le grand plan économique « Cap 2033 » est déjà sous le feu des critiques.
Une stratégie ambitieuse… mais vidée de sa substance
Soumis à l’avis du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), le projet de délibération visant à approuver la stratégie de développement économique « Cap 2033 ‘A fano rā » se voulait structurant pour la Polynésie française. L’objectif est clair : fixer un cap économique à l’horizon 2033 autour de quatre piliers prioritaires : tourisme, secteur primaire, numérique-audiovisuel et énergies renouvelables, tout en organisant une gouvernance capable de coordonner les politiques publiques.
Sur le principe, le Cesec valide la démarche. Un document de planification transversal est jugé indispensable pour un territoire confronté à des défis économiques majeurs. Mais, très vite, l’adhésion de principe laisse place à une critique de fond.
Le constat est sans détour : « Cap 2033 est un cap sans boussole ni moteur. » Derrière cette formule, une réalité préoccupante. Le document présenté n’est pas une stratégie opérationnelle, mais un simple assemblage de schémas directeurs, dont près des trois quarts ne sont même pas adoptés.
Plus grave encore, le projet souffre d’un manque structurel : aucun plan de financement identifié, aucun calendrier opérationnel, aucun indicateur fiable pour mesurer les résultats. Présenté trois ans après son lancement officiel, il donne l’image d’un chantier inachevé.
Une planification sans moyens ni outils de pilotage crédibles : voilà le cœur de la critique.
Une méthode fragile et des secteurs mal préparés
Au-delà du contenu, c’est la méthode qui interroge. Le Cesec souligne que les communes et les circonscriptions des archipels ne seront associées qu’au moment de la mise en œuvre, une approche qui fragilise d’emblée l’efficacité territoriale.
L’institution recommande, au contraire, de tirer les leçons des précédents documents de planification en réalisant un bilan précis avant de projeter de nouvelles ambitions. Car, sans retour d’expérience, toute stratégie risque de reproduire les mêmes erreurs.
Sur les secteurs prioritaires, les lacunes apparaissent tout aussi évidentes. Le Conseil appelle à fixer des objectifs de formation chiffrés pour chaque filière, condition indispensable pour structurer durablement l’économie locale.
Il insiste également sur l’urgence d’adopter plusieurs politiques sectorielles encore en attente, notamment dans la perliculture, l’aquaculture ou encore la transition alimentaire. Sans cadre clair, ces filières restent exposées à l’improvisation et à l’instabilité.
Autre point majeur : la nécessité de s’appuyer réellement sur les retours des acteurs économiques. Car une stratégie construite sans prise en compte du terrain est vouée à l’échec.
Le Cesec pointe ainsi un défaut classique de l’action publique : une vision descendante, technocratique, déconnectée des réalités économiques.
Gouvernance floue et rejet politique assumé
Sur l’articulation avec les politiques publiques, les critiques se durcissent encore. Le Conseil demande de corriger les incohérences, notamment sur la défiscalisation RII, et de mettre en place un véritable plan de financement public-privé par secteur.
Il appelle également à la création d’un tableau de bord des schémas directeurs, assorti de dates d’adoption contraignantes. Sans cela, les annonces resteront sans effet.
Autre exigence centrale : évaluer précisément les impacts budgétaires pour le Pays et identifier clairement les sources de financement. Une évidence en matière de gestion publique, mais qui fait ici défaut.
La question de la gouvernance cristallise enfin les inquiétudes. Le Cesec préconise de formaliser clairement la composition et les règles des instances de pilotage avant toute adoption. Car, sans cadre précis, la coordination annoncée risque de rester théorique.
Plus fondamentalement, l’institution s’interroge sur la pertinence d’une stratégie couvrant deux mandatures. Un tel document ne peut se substituer aux plans d’action quinquennaux propres à chaque gouvernement, sous peine de devenir inapplicable.
En filigrane, une critique politique assumée : vouloir tout planifier sur dix ans sans base solide revient à produire un document hors sol.
Au terme de son analyse, le Cesec tranche sans ambiguïté. Malgré son soutien de principe à une planification économique pluriannuelle, il émet un avis défavorable au projet de délibération « Cap 2033 » tel que présenté.
Un signal fort. Car derrière ce rejet, c’est une exigence qui s’exprime : celle d’une politique économique sérieuse, financée, pilotée et ancrée dans le réel.
Dans un contexte de tensions économiques, la Polynésie française ne peut se contenter d’un affichage. Elle a besoin d’un cap clair, de moyens assumés et d’une gouvernance solide. Pour l’heure, « Cap 2033 » en est encore loin.
(Crédit photo : CESEC Polynésie française)

