Boulouparis : une fête du cerf endeuillée mais debout

Au cœur de la brousse calédonienne, une fête populaire continue de rassembler des milliers de visiteurs autour des traditions et du terroir.
Mais cette année, l’ambiance sera marquée par une émotion particulière, entre célébration et recueillement.
Une fête enracinée dans les traditions calédoniennes, malgré le choc
À Boulouparis, la fête du cerf et de la crevette n’est pas un simple rendez-vous festif. Elle incarne une identité rurale forte, construite autour du travail, de la terre et de la transmission.
Mais cette 27e édition aura une tonalité particulière. Le vendredi 1er mai, la commune a été frappée par un drame : Rolland Moisson, figure reconnue du monde équin local, a été tué par balle par son voisin. Un événement tragique qui a profondément marqué la population.
Dans un territoire où les liens humains restent essentiels, cette disparition résonne avec force. Rolland Moisson n’était pas un inconnu, mais un homme engagé, respecté, qui incarnait une certaine vision de la brousse calédonienne.
Maintenir la fête dans ce contexte n’est pas anodin. C’est au contraire un choix assumé : celui de faire vivre la communauté malgré l’épreuve, sans céder à la sidération.
Les 9 et 10 mai 2026, les visiteurs seront donc nombreux à se retrouver, avec en toile de fond une pensée pour celui qui faisait vivre le monde équin local.
Car ici, les traditions ne sont pas suspendues au moindre choc. Elles sont un socle, un repère, une force collective.
Un événement populaire entre gastronomie, artisanat et mémoire
Malgré l’émotion, la fête du cerf et de la crevette conserve son ADN. Avec plus de 120 exposants, elle reste une vitrine incontournable du savoir-faire calédonien.
Les stands de restauration proposeront, comme chaque année, les spécialités locales autour du cerf et de la crevette, produits emblématiques du territoire. Une gastronomie simple, directe et enracinée.
Les visiteurs pourront également découvrir un village culturel riche et vivant, où artisans et producteurs partagent leur passion. Chaque stand témoigne d’un attachement profond à la terre et aux traditions.
Mais cette année, au-delà de la convivialité, il y aura aussi une forme de recueillement discret. Sans mise en scène excessive, la mémoire de Rolland Moisson accompagnera les visiteurs.
Dans cette brousse calédonienne souvent caricaturée, la réalité est tout autre : une solidarité concrète et une capacité à faire face ensemble.
Les animations sur scène, les manèges et les activités familiales viendront rythmer le week-end. La vie continue, et elle se célèbre collectivement.
Car refuser de se rassembler serait, d’une certaine manière, renoncer à ce qui fait la force de ces territoires.
Le rodéo, entre tradition vivante et hommage implicite
Le dimanche 10 mai 2026, à partir de 9 heures, le rodéo s’impose comme le moment fort de cette édition. Mais cette année, il prendra une dimension particulière.
Dans une commune où le monde équin occupe une place centrale, la disparition de Rolland Moisson donne à cet événement une résonance nouvelle.
Dès 8 heures, les rodéomen feront leur arrivée, dans une organisation encadrée avec contrôle du matériel et alcootest. Une rigueur qui témoigne du sérieux de la discipline.
À 9 heures, l’ouverture officielle sera suivie du carrousel équestre et d’une ambiance country, avant les épreuves de rodéo sur chevaux puis sur taureaux. Un spectacle à la fois technique et spectaculaire, profondément ancré dans la culture locale.
Les animations dans le carré rythmeront la matinée, jusqu’à la remise des prix à midi. Mais au-delà de la performance, c’est tout un univers qui s’exprime, fait de respect, d’engagement et de transmission.
Cette année, sans discours appuyé, le rodéo portera aussi une forme d’hommage implicite. Celui rendu à un homme qui incarnait cette passion du cheval et de la brousse.
Avec une entrée fixée à 1 000 F CFP par voiture et 500 F par piéton, la fête reste accessible à tous. Un choix fidèle à l’esprit populaire de l’événement.
Au final, cette 27ème édition s’annonce à la fois festive et grave. À Boulouparis, la tradition ne s’efface pas face au drame : elle devient un point d’ancrage.
Et dans cette brousse où tout se vit intensément, se rassembler reste la plus forte des réponses.

