Délinquance en Nouvelle-Calédonie : le vrai bilan 2025

Deux ans après les émeutes qui ont fragilisé le territoire, les chiffres de la délinquance tombent et dressent un constat sans détour.
Entre la fermeté affichée de l’État et les réalités du terrain, la sécurité en Nouvelle-Calédonie reste un enjeu central.
Une délinquance enracinée, marquée par la crise de 2024
Le bilan officiel présenté par le Haut-commissariat confirme une réalité que beaucoup de Calédoniens constatent au quotidien : la délinquance demeure principalement urbaine, opportuniste et fortement liée à l’alcool et au cannabis.
Loin des fantasmes de criminalité organisée massive, il s’agit surtout d’une délinquance spontanée, difficile à anticiper, ce qui complique le travail des forces de l’ordre. Mais cette réalité ne doit pas masquer un fait majeur : la crise insurrectionnelle de 2024 a profondément déstabilisé le territoire, fragilisant le tissu économique et social.
Conséquence directe : les habitations sont devenues des cibles privilégiées, notamment en journée, lorsque les occupants sont absents. Cette perception de “faible risque” par les délinquants alimente une dynamique inquiétante.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les cambriolages de logements explosent avec une hausse de +46,67 %, représentant 1 565 faits enregistrés.
Dans le même temps, les vols de véhicules progressent de +5,65 %, confirmant une pression constante sur les biens du quotidien.
À l’inverse, un signal positif mérite d’être souligné : les cambriolages visant les locaux professionnels reculent de -11,56 %, preuve que certaines stratégies ciblées commencent à produire leurs effets.
Mais globalement, le constat est clair : l’insécurité du quotidien reste une réalité tangible pour de nombreux habitants.
Violences et stupéfiants : des signaux alarmants malgré quelques baisses
Autre enseignement majeur du rapport : les violences intrafamiliales restent à un niveau très élevé, avec 2 840 victimes recensées en 2025.
Certes, les violences conjugales reculent de -15,82 % par rapport à 2023, mais cette baisse ne doit pas masquer une évolution plus préoccupante : l’explosion des violences sur mineurs, avec une hausse dépassant les 30 % selon les zones.
Dans le même temps, les violences sexuelles augmentent de +23,20 %, signe d’une libération de la parole mais aussi d’une réalité persistante.
Sur le front des stupéfiants, le territoire reste dominé par le cannabis, mais une évolution stratégique se dessine.
Le fait marquant de l’année reste la saisie exceptionnelle de 2,5 tonnes de cocaïne dans le cadre de l’opération DANTE, destinée au marché australien.
Au total, 2 627,62 kg de cocaïne ont été saisis en 2025, confirmant que la Nouvelle-Calédonie n’est plus isolée des flux internationaux.
Même si ces volumes restent marginaux à l’échelle locale, ils révèlent une réalité stratégique : le territoire devient un point de passage dans les circuits mondiaux du trafic, avec des enjeux sécuritaires bien plus larges qu’une simple délinquance locale.
Réponse de l’État : fermeté affichée et stratégie territoriale
Face à cette situation, l’État revendique une ligne claire : “ne rien céder” et agir avec fermeté, selon les mots du Haut-commissaire.
Le Plan Territorial de Restauration de la Sécurité du Quotidien (PTRSQ) s’articule autour de priorités précises.
En tête, la lutte contre les cambriolages, avec la création de cellules spécialisées et le renforcement de la vidéoprotection.
Autre axe fort : la lutte contre les violences intrafamiliales, avec la mise en place de dispositifs d’accompagnement des victimes et de structures dédiées au sein des services judiciaires.
La stratégie inclut également une offensive contre les trafics de stupéfiants, via des cellules de renseignement et des fermetures administratives d’établissements impliqués.
Sur le terrain, la présence des forces de l’ordre est renforcée, notamment dans les “points chauds”, avec des opérations ciblées et une logique de visibilité assumée.
La sécurité routière constitue un autre front majeur. Les chiffres sont sans appel : l’alcool est impliqué dans 76 % des accidents mortels, la vitesse dans plus de 59 %, et le non-port de la ceinture dans 64,3 % des cas.
En réponse, 14 539 contrôles ont été réalisés en 2025, avec une explosion des infractions liées à l’alcool (+95 %) et à la vitesse (+43 %).
Enfin, de nouveaux dispositifs émergent, comme le “plan verrou”, destiné à sécuriser les axes stratégiques et renforcer la présence dissuasive sur l’ensemble du territoire.
Dans le domaine numérique, la création d’une antenne locale de l’Unité Nationale Cyber marque un tournant, face à la montée des menaces en ligne et des intimidations visant notamment les élus.
Au total, le message est limpide : l’État assume une ligne de fermeté, mais la bataille contre la délinquance reste loin d’être gagnée.

