8 mai 1945 : la victoire en Europe, pas la fin de la guerre

Deux dates, une mémoire, une vérité historique souvent mal comprise : la fin de la Seconde Guerre mondiale ne se résume pas à un seul jour.
Derrière le 8 mai 1945, célébré en France, se cache une réalité militaire, politique et géopolitique bien plus complexe.
Une capitulation allemande actée dans les derniers instants du Reich
Le 8 mai 1945 à 23 h 01, les combats cessent officiellement sur le continent européen. Cette heure marque l’entrée en vigueur de la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, signée la veille, le 7 mai, à Reims. Ce moment scelle l’effondrement militaire total du Troisième Reich, déjà agonisant depuis plusieurs semaines.
La chute du régime est accélérée par une série de défaites majeures, amorcées dès la bataille d’El-Alamein en 1942, puis confirmées par l’avancée inexorable des Alliés à l’Ouest et de l’Armée rouge à l’Est. Le 25 avril 1945, la jonction des forces soviétiques et anglo-américaines sur l’Elbe, à Torgau, symbolise l’étranglement final de l’Allemagne.
Quelques jours plus tôt, le 30 avril, Adolf Hitler, retranché dans son bunker à Berlin, met fin à ses jours. Le pouvoir est alors transmis à l’amiral Karl Dönitz, qui n’a d’autre choix que d’organiser la reddition. Le général Alfred Jodl, envoyé à Reims, tente en vain de négocier une paix séparée avant de signer la capitulation totale.
Une seconde signature intervient à Berlin le 8 mai, sous l’autorité soviétique, afin d’entériner officiellement la défaite allemande devant l’ensemble des puissances alliées.
Une victoire militaire majeure mais une guerre mondiale encore en cours
Contrairement à une idée répandue, le 8 mai 1945 ne marque pas la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit exclusivement de la victoire en Europe, connue dans le monde anglo-saxon comme le V-E Day (Victory in Europe Day).
Car dans le Pacifique, les combats continuent avec une intensité extrême. Les États-Unis poursuivent leur guerre contre le Japon impérial, déterminé à résister jusqu’au bout. Ce n’est qu’après les bombardements atomiques d’Hiroshima le 6 août 1945 et de Nagasaki le 9 août, ainsi que l’offensive soviétique en Mandchourie, que la situation bascule.
Le 15 août 1945, l’empereur Hirohito annonce la capitulation du Japon. Celle-ci est officiellement signée le 2 septembre 1945 à bord d’un navire de guerre américain, dans la baie de Tokyo. Cette date constitue la véritable fin de la Seconde Guerre mondiale à l’échelle planétaire.
Le conflit laisse derrière lui un bilan humain vertigineux : plus de cinquante millions de morts, dont une majorité écrasante de civils. L’Europe est ravagée, et le monde entre dans une nouvelle ère dominée par les tensions de la guerre froide.
Une mémoire française singulière et un choix politique assumé
La France fait figure d’exception en consacrant le 8 mai comme jour férié et chômé, dédié à la commémoration de la victoire. Ce choix, entériné définitivement en 1981 après plusieurs évolutions législatives, traduit une volonté forte de préserver la mémoire nationale.
À l’inverse, ni le Royaume-Uni ni les États-Unis ne chôment ce jour-là, même s’ils commémorent également la victoire en Europe. De leur côté, la Russie et plusieurs pays issus de l’ex-URSS célèbrent la victoire le 9 mai, en raison du décalage horaire avec Moscou lors de la signature de Berlin.
L’histoire de cette commémoration en France est elle-même révélatrice des tensions politiques et diplomatiques d’après-guerre. Supprimé comme jour férié en 1959 dans un contexte de rapprochement franco-allemand, puis remplacé un temps par une célébration européenne le 9 mai, le souvenir du 8 mai est finalement rétabli dans sa pleine dimension nationale.
Ce retour traduit une réalité souvent oubliée : la mémoire de la victoire de 1945 ne peut être diluée dans une vision uniquement européenne ou technocratique. Elle repose avant tout sur le sacrifice des nations, des soldats et des civils qui ont payé le prix de la liberté.
Aujourd’hui encore, le 8 mai incarne en France bien plus qu’une simple date historique. Il symbolise une victoire militaire décisive contre le totalitarisme nazi, mais aussi la nécessité de transmettre une mémoire lucide, fondée sur les faits et affranchie des simplifications idéologiques.
(Crédit photo : ECPAD/Défense)

