Je me réveille... le Premier ministre a fixé une date

Le réveil a sonné. Le Premier ministre Lecornu avait convoqué tout le monde en visio — les loyalistes, le FLNKS, les partenaires calédoniens — pour annoncer deux choses : les élections provinciales, c'est le 28 juin. Et le corps électoral s'ouvrira aux natifs et aux conjoints.
La réunion a duré moins de deux heures. Personne n'en est sorti satisfait. Les loyalistes trouvent ça insuffisant. Le FLNKS trouve ça inacceptable. L'État dit que c'est ce qu'il propose. Consensus total sur la date. Consensus zéro sur le reste.
Dans la foulée, le FLNKS a posté un communiqué Facebook. Inacceptable. Risque d'instabilité. Engagements historiques bafoués. Pendant ce temps, au Sénat, on serait prêt à se saisir du dossier dès lundi. Il faudra une loi organique adoptée avant le 31 mai. LFI fera de l'obstruction. Le RN votera pour. Il y aura peut-être une commission mixte.
Pendant ce temps, 10 575 natifs attendent de savoir s'ils auront le droit de voter. Les conjoints, eux, attendent même de savoir ce que recouvre le mot "conjoint".
À côté de ça — le monde économique. Moins 20 % d'activité. Moins 12 000 emplois. Moins 44 milliards de recettes publiques. Le vice-président de la CCI a dit que l'argent était sous les matelas. L'image est forte. Elle est aussi vraie. Cinq propositions urgentes ont été déposées sur la table du Congrès. Il reste trois semaines avant la fin de la mandature. Après, ce sera la campagne. Puis les élections. Puis l'été en métropole. Puis il sera trop tard pour beaucoup d'entreprises.
Entre les deux, on a commémoré le 8 mai 1945. Dumbéa, Mont-Dore, Païta — les drapeaux, les gerbes, les portes-drapeaux, les classes de CM2 impressionnées. La maire de Dumbéa a rappelé que "le trou des nurse" vient du mot anglais nurse, parce que les infirmières américaines venaient s'y baigner pendant la guerre. La mémoire, c'est aussi ça.
À la base navale de la Pointe Chalex — qui fête ses 75 ans — des collégiens ont visité le patrouilleur Auguste Bénébique. L'un d'eux voulait faire carrière dans la marine. Il avait l'air sincère.
Bref. On a voté une date. On n'a pas voté le reste. Et pendant qu'on débattait du corps électoral, les entreprises comptaient ce qu'il leur restait sous le matelas.

