L’ESS, dernier rempart contre le chaos économique en Nouvelle-Calédonie ?

Deux ans après les émeutes de mai 2024, la reconstruction économique de la Nouvelle-Calédonie s’impose comme une priorité absolue.
Face à l’urgence sociale, le gouvernement mise désormais sur un modèle hybride, entre solidarité et efficacité économique.
Une stratégie assumée pour reconstruire après les émeutes
Dans un territoire encore marqué par les conséquences économiques et sociales des violences de mai 2024, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie accélère sa stratégie de relance. L’économie sociale et solidaire (ESS) s’impose désormais comme un levier structurant, à la croisée des impératifs économiques et des attentes sociales.
Portée par Naïa Wateou, membre du gouvernement en charge du secteur, cette orientation repose sur une idée simple mais exigeante : concilier activité économique et utilité collective sans renoncer à l’efficacité. L’ESS regroupe ainsi des structures variées associations, coopératives, mutuelles ou encore fondations qui placent l’intérêt général au cœur de leur modèle, tout en participant à la création de richesse.
Ce choix politique n’est pas anodin. Dans un contexte de fragilisation du tissu économique local, la priorité n’est plus seulement la croissance, mais la résilience. L’ESS apparaît alors comme un outil capable de recréer du lien social, de soutenir l’emploi local et de répondre à des besoins essentiels dans des secteurs clés comme la santé, le logement ou la petite enfance.
Mais derrière cette ambition, un défi majeur subsiste : passer d’un concept souvent valorisé à une structuration concrète, lisible et efficace.
Une convention stratégique avec l’AFD pour structurer le secteur
C’est précisément l’objectif de la convention signée entre le gouvernement calédonien et l’Agence française de développement. Cette mission d’étude stratégique, financée à hauteur de près de 7,5 millions de francs, marque une étape décisive dans la construction d’une politique publique cohérente en matière d’ESS.
Encadrée par la loi du pays n° 2025-13 du 18 août 2025, l’économie sociale et solidaire repose sur des principes clairs : primauté de l’utilité sociale sur le profit, gouvernance démocratique et gestion encadrée des bénéfices. Un cadre juridique désormais posé, mais encore insuffisant sans outils opérationnels.
C’est tout l’enjeu de cette mission soutenue par l’AFD, qui s’inscrit dans une logique d’appui à l’ingénierie publique. L’objectif est clair : donner au gouvernement les moyens de piloter efficacement le développement de l’ESS, en s’appuyant sur des données fiables et une vision stratégique adaptée aux réalités du territoire.
Comme l’a souligné Naïa Wateou, l’absence de cadre opérationnel limitait jusqu’ici la reconnaissance et l’accompagnement des acteurs du secteur. Cette étude doit donc permettre de combler ce vide en fournissant des outils concrets pour structurer et soutenir durablement cette économie alternative.
De son côté, Julie Doiteau, directrice adjointe de l’AFD en Nouvelle-Calédonie, insiste sur la continuité de cet engagement : il s’agit d’apporter des réponses concrètes aux acteurs locaux et de transformer une ambition politique en résultats tangibles.
Cartographie, financements, gouvernance : les enjeux d’une structuration durable
Au-delà des intentions, la mission financée par l’AFD vise des objectifs précis et opérationnels. Il s’agit d’abord de dresser un état des lieux complet de l’ESS en Nouvelle-Calédonie, encore largement méconnue et fragmentée.
Cette cartographie doit permettre d’identifier les acteurs existants, leurs besoins, mais aussi les freins structurels qui limitent leur développement. Parmi eux figurent notamment la complexité des modèles économiques, le manque d’ingénierie de projet ou encore des difficultés d’accès aux financements.
Car c’est bien là un point clé : sans accès sécurisé et diversifié aux financements, l’ESS reste un modèle fragile. L’étude devra donc analyser les conditions d’accès aux ressources publiques, nationales et internationales afin d’ouvrir de nouvelles perspectives aux porteurs de projets.
Autre enjeu majeur : la gouvernance. Structurer l’ESS implique de clarifier les rôles, d’organiser les réseaux d’acteurs et de renforcer les capacités locales une condition indispensable pour éviter les dérives et garantir l’efficacité des dispositifs mis en place.
Enfin, cette mission doit aboutir à la définition d’une véritable stratégie territoriale de développement de l’ESS, accompagnée de recommandations concrètes. L’objectif est clair : passer d’une logique expérimentale à une politique publique structurée et assumée.
Dans une Nouvelle-Calédonie en quête de stabilité, ce chantier apparaît comme un test grandeur nature. Entre solidarité affichée et exigence de résultats, l’économie sociale et solidaire devra prouver qu’elle peut être autre chose qu’un simple concept : un véritable moteur de reconstruction économique et de cohésion sociale.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)

