Je me réveille, l’État anticipe et bloque l’alcool

Je me réveille.
On est dimanche.
Je pense au café.
Je pense au calme.
Je pense que ça va aller.
Et là, je vois l’info.
Encore une interdiction d’alcool.
Toute la semaine.
Du 11 au 17 mai.
Partout.
Je cligne des yeux.
Non, ce n’est pas une blague.
C’est « exceptionnel ».
Encore.
Apparemment, c’est pour éviter que ça parte en vrille.
Parce que le 13 mai approche.
Parce que les souvenirs sont encore là.
Parce que les tensions aussi.
Du coup, on anticipe.
On bloque.
On ferme les robinets.
Enfin… pas tous.
Tu peux boire au bar,
mais pas acheter à emporter.
Donc tu peux consommer,
mais pas stocker.
Donc tu peux sortir,
mais pas prévoir.
Logique.
On me dit que le contexte est « économique et social tendu ».
Je confirme.
Pas besoin d’un arrêté pour ça.
On me parle aussi des élections,
du corps électoral qui fait débat,
des gens qui s’énervent,
des réseaux sociaux qui chauffent.
Donc, solution :
on enlève l’alcool.
Classique.
Pendant ce temps-là, à Bourail,
des gerbes du 8 mai se font saccager.
Donc, on interdit l’alcool,
mais le respect… toujours en rupture de stock.
À Pouembout,
ça brûle encore.
Un incendie.
Peut-être criminel.
Donc, on interdit l’alcool,
mais le feu… lui, il n’a pas signé l’arrêté.
Et puis t’as les politiques.
Les lettres à Macron.
Les « c’est une honte ».
Les « c’est une infamie ».
Les « on va faire un recours ».
Moi, je lis.
Je comprends à moitié.
Mais je sens bien que personne n’est d’accord.
Et pendant ce temps-là,
y a une fête du cerf et de la crevette.
Des familles.
Des stands.
Des gamins qui caressent des chèvres.
Deux ambiances.
D’un côté, on bloque l’alcool pour éviter que ça explose.
De l’autre, on fait la fête pour tenir.
Moi, je suis entre les deux.
Comme tout le monde.
Je regarde mon frigo.
Vide.
Je regarde le calendrier.
Chargé.
Je regarde l’actu.
Tendue.
Et je me dis que, cette semaine,
on va encore marcher sur un fil.
Sans filet.
Sans bouteille.
Mais avec beaucoup de pression.
Bref.

