Emmanuel Macron, le président qui fuit la France

ÉDITO. De sommet en sommet, Emmanuel Macron semble avoir trouvé dans l’international un refuge face à une France devenue distante. Le chef de l’État parle encore monde, mais de moins en moins à nos compatriotes.
Jules Torres12/05/2026 à 16:45, Mis à jour le 12/05/2026 à 16:54

Emmanuel Macron au Kenya. SIPA / © Brian Inganga
Il y a des présidents qui terminent leur mandat en allant chercher, dans les provinces, les derniers morceaux d’un lien abîmé. Ils serrent des mains, affrontent les regards, écoutent les colères, parfois même les injures. Ils savent que la France ne se gouverne pas seulement depuis les salons dorés, les sommets internationaux et les photos de famille diplomatiques, mais aussi dans ces villes moyennes, ces villages, ces marchés, ces usines, ces permanences d’élus où le pays réel, lui, ne parle pas en éléments de langage.
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Emmanuel Macron, lui, semble avoir choisi une autre géographie. Depuis le début de l’année, il a multiplié les départs : Davos en janvier, Anvers et Munich en février, puis l’Inde, Chypre, Bruxelles, le Japon, la Corée du Sud, le Vatican, la Pologne, la Grèce, Andorre, l’Arménie, l’Égypte, le Kenya. À peine rentré, déjà reparti. À peine descendu d’un avion, déjà monté dans un autre. Le président de la République ressemble désormais à un chef d’État en escale permanente, un VRP du multilatéralisme, un habitué des salons d’honneur plus que des places de marché françaises.
Du « en même temps » au « plus vraiment »
Même ceux qui gravitaient encore autour du château le constatent. Un visiteur du soir, qui le voyait régulièrement, résume d’une formule cruelle cette éclipse intérieure : « Ça fait un bail qu’on ne l’a pas vu. Il a resserré son entourage et il préfère faire son baroud d’honneur international. » Tout est là : le cercle qui se ferme, le pays qui s’éloigne, et l’étranger comme dernier théâtre d’un président en quête de grandeur.
Le problème n’est pas qu’Emmanuel Macron parle au monde. Le problème est qu’il semble ne plus pouvoir parler à la France
Bien sûr, on objectera que le monde brûle. L’Ukraine, le Moyen-Orient, l’Iran, l’Afrique, l’Europe, l’intelligence artificielle, la défense, l’énergie : tout cela exige une présence française. Personne ne demande au chef de l’État de se transformer en conseiller municipal itinérant, ni de délaisser les grands dossiers internationaux. Mais le problème n’est pas qu’Emmanuel Macron parle au monde. Le problème est qu’il semble ne plus pouvoir parler à la France.
À l’étranger, il retrouve ce que son pays ne lui offre presque plus : le décorum, les honneurs, les tapis rouges, les poignées de main, les sourires diplomatiques, les salles polies, les interlocuteurs qui l’écoutent jusqu’au bout. À l’étranger, le président peut encore jouer au président. En France, le costume s’est rétréci. Trop d’échecs, trop de crises, trop de mépris accumulé, trop de verticalité satisfaite. Le « en même temps » est devenu un « plus vraiment ». Plus vraiment aimé, plus vraiment écouté, plus vraiment attendu.
Partout, sauf là où il devrait être
Alors Emmanuel Macron voyage. Il s’éloigne. Il prend de la hauteur, dira-t-on. Mais cette hauteur ressemble de plus en plus à une fuite. Il n’a pas seulement perdu une popularité ; il a perdu une scène. La scène française lui est devenue hostile, ou pire encore : indifférente. Il peut bien discourir sur l’avenir de l’Afrique, la sécurité du continent européen ou le dialogue des civilisations ; il peine désormais à convaincre les siens de son propre bilan. Il parle encore très bien du destin du monde, mais beaucoup moins de celui des Français.
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C’est peut-être cela, la vraie image de cette fin de règne : un président partout, sauf là où il devrait être. Un chef de l’État qui multiplie les sommets parce qu’il ne peut plus vraiment descendre dans l’arène nationale. Un homme qui a voulu incarner Jupiter et qui finit en passager fréquent, suspendu entre deux continents, deux discours, deux photos officielles.
Il reste donc ce paradoxe : jamais Emmanuel Macron n’aura autant incarné la fonction présidentielle dans sa dimension internationale ; jamais il n’aura paru aussi absent de la vie nationale. Président des sommets, président des crises lointaines, président des grandes causes planétaires, président du dehors. Mais pour beaucoup de Français, déjà, plus tout à fait président du dedans.

