Sarkozy : 7 ans requis, le verdict suspendu au 30 novembre

Deux mois d’audience, des réquisitions lourdes et une décision désormais suspendue à une date clé.
L’affaire du financement libyen place une nouvelle fois Nicolas Sarkozy face à la justice… et à son destin.
Une réquisition sévère qui ravive une affaire d’État
Le parquet général a frappé fort. Mercredi 13 mai, il a requis sept ans de prison, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité contre Nicolas Sarkozy dans le cadre du procès en appel du financement présumé libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Des réquisitions identiques à celles formulées en première instance, preuve que l’accusation ne fléchit pas.
Cette sévérité judiciaire intervient après une première condamnation à cinq ans de prison, dont une partie ferme, assortie d’un mandat de dépôt différé, ainsi qu’une amende de 100 000 euros et une inéligibilité immédiate. Une décision qui avait déjà marqué un tournant historique : celui de l’incarcération d’un ancien président, une première sous la Ve République.
Face à ces nouvelles réquisitions, Nicolas Sarkozy reste droit dans ses bottes. Il conteste avec constance et fermeté toute implication dans un financement occulte. Depuis le début, sa ligne de défense est claire : « pas un centime » d’argent libyen n’aurait financé sa campagne.
Le procès, qui doit s’achever après les plaidoiries dans deux semaines, laisse désormais planer une incertitude lourde. Le 30 novembre, la cour d’appel de Paris dira si l’ancien chef de l’État doit replonger dans une spirale judiciaire encore plus sévère.
Un scénario d’accusation contesté mais maintenu
Pour le parquet, le dossier est limpide. Nicolas Sarkozy serait « l’instigateur » et « le principal bénéficiaire » d’un système frauduleux visant à financer illégalement sa campagne. L’accusation évoque un « pacte de corruption » conclu avec le régime de Mouammar Kadhafi, alors qu’il était ministre de l’Intérieur.
Ce scénario repose notamment sur des rencontres secrètes en Libye en 2005 entre ses proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, et Abdallah Senoussi, figure centrale du régime libyen. À l’époque, ce dernier cherchait à faire lever un mandat d’arrêt international, après sa condamnation pour l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989.
Selon l’accusation, ces échanges auraient débouché sur des flux financiers occultes, notamment près de 6 millions d’euros versés à l’intermédiaire Ziad Takieddine. Des éléments que la défense conteste point par point, dénonçant une construction fragile et politisée.
Le parquet va même plus loin en appel. Là où la première instance s’était concentrée sur l’association de malfaiteurs, le parquet réclame désormais la reconnaissance de l’ensemble des infractions, incluant la corruption, le financement illégal et le recel de détournement de fonds publics étrangers.
Un durcissement qui illustre une volonté claire : transformer un dossier déjà explosif en une affaire emblématique de la lutte contre la corruption politique.
Une bataille judiciaire autant que politique
Au-delà des faits, c’est aussi une bataille d’image et de crédibilité qui se joue. Nicolas Sarkozy affirme son innocence et dénonce implicitement un acharnement judiciaire. Son avocat Christophe Ingrain l’assure : aucune trace d’argent libyen n’existe ni dans la campagne ni dans le patrimoine de son client.
Dans le même temps, certains acteurs du procès affichent une position radicalement opposée. Guillaume Denoix de Saint Marc, représentant des victimes du terrorisme, n’a pas hésité à ironiser en évoquant un retour en prison de l’ancien président. Une déclaration qui illustre la tension extrême entourant ce dossier.
Les réquisitions ne concernent pas uniquement Nicolas Sarkozy. Claude Guéant, que le parquet qualifie d’« incapable de la moindre introspection », encourt six ans de prison, une lourde amende et la confiscation de son appartement parisien. Brice Hortefeux, lui, voit sa peine requise portée à quatre ans, dont deux avec sursis.
Dans ce climat électrique, une certitude demeure : le verdict du 30 novembre aura des répercussions majeures, bien au-delà du seul cas Sarkozy. Il interrogera la capacité de la justice française à juger les plus hauts responsables, mais aussi les dérives possibles d’un système politique sous pression internationale.
Entre présomption d’innocence et exigence d’exemplarité, la ligne de crête est étroite. Et dans cette affaire, plus que jamais, c’est la crédibilité de l’État et de ses institutions qui est en jeu.
(Crédit photo : Alain JOCARD / AFP)

