Une caserne porte désormais le nom de Xavier Salou

Il y a quelques semaines, dans la ville de Lesneven, à une vingtaine de kilomètres au nord de Brest, une nouvelle brigade de gendarmerie a été inaugurée. Elle s'appelle désormais la caserne Major Xavier Salou. La cérémonie s'est tenue en présence du général d'armée Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, et du préfet du Finistère.
Aucun média calédonien n'en a rendu compte. C'est une lacune. Parce que Xavier Salou, lui, est mort ici.
Le 46ème gendarme tombé sur le sol calédonien
Mai 2024. Les émeutes embrasent Nouméa. En quelques jours, la Nouvelle-Calédonie bascule dans une violence qu'elle n'avait pas connue depuis les années 1980. Deux gendarmes perdent la vie. Le premier, Nicolas Molinari, est abondamment médiatisé. Son nom circule dans les dépêches, les discours officiels, les hommages publics.
Le second, Xavier Salou, adjudant-chef, meurt dans la cour de la caserne Bailly à Nouméa. Dans des circonstances que les autorités ont choisi de ne pas détailler publiquement. On sait qu'elles furent atroces. On n'en a presque pas parlé.
Xavier Salou avait 46 ans. Il est le 46ème gendarme à tomber sur le sol calédonien depuis que la gendarmerie y est présente. Une coïncidence de chiffres qui glace.
Une stèle a été érigée en sa mémoire dans la caserne Bailly, là où il est mort. Un hommage discret, local, presque confidentiel.
Louis Le Franc, du Caillou au Finistère
Ce qui rend cette inauguration particulièrement chargée, c'est l'identité de celui qui a baptisé la caserne. Le préfet du Finistère qui a prononcé les discours et apposé le nom de Salou sur les murs de la brigade de Lesneven, c'est Louis Le Franc. L'ancien haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie. Celui qui était en poste à Nouméa pendant les émeutes de mai 2024. Celui qui a vécu, depuis le Haussariat, les nuits où Molinari et Salou sont morts.
Finistérien d'origine, comme Xavier Salou. Muté depuis dans ce même département. Et c'est lui qui, quelques mois plus tard, inaugure la caserne qui porte le nom du gendarme mort sous son autorité territoriale.
Il y a dans cette coïncidence quelque chose qui dépasse le protocole administratif.
Ce que ce silence dit de nous
Qu'une caserne soit baptisée au nom de Xavier Salou en Bretagne, c'est un acte de mémoire institutionnelle. Que la Calédonie, elle, n'ait pas jugé utile d'en parler ni les médias, ni les officiels dit quelque chose sur la façon dont ce territoire gère la mémoire de ses morts les plus discrets.
Nicolas Molinari a eu ses hommages, ses articles, sa place dans la mémoire collective des émeutes. Xavier Salou a eu une stèle dans une cour de caserne et le silence des autorités sur les circonstances de sa mort.
Aujourd'hui, c'est une brigade de gendarmerie bretonne qui lui rend la dignité qu'il méritait. À 20 000 kilomètres d'ici.
Xavier Salou, major de gendarmerie, né en 1978, mort en mai 2024 à Nouméa. 46ème gendarme tombé en Nouvelle-Calédonie.

