Le lagon calédonien se vide. Et c'est nous qui le vidons.

24 000 km². C'est la superficie du lagon calédonien, bordé par 1 600 km de récif barrière le plus long ensemble corallien continu du monde. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2008, ce trésor fait la fierté du territoire. Il est aussi sous pression. Une pression qui vient, chiffres à l'appui, de là où on ne l'attend pas forcément.
85 %. Le chiffre qui dérange.
Selon l'Observatoire des Pêches Côtières, la consommation de poissons lagonaires atteint 8 700 tonnes par an en Nouvelle-Calédonie. Sur ce total, 85 % sont prélevés par des pêcheurs non professionnels. Pas les chalutiers. Pas les armateurs. Les sorties du week-end. Les filets posés à la nuit tombée. Les familles qui rentrent avec la glacière pleine.
Le problème n'est pas la pêche en elle-même. Le problème, c'est la pêche sans règles. Et les règles, beaucoup les ignorent ou font semblant de les ignorer.
Ce que dit la loi
La réglementation est claire. Chaque navire de plaisance est limité à 40 kilogrammes de prises par sortie, toutes espèces confondues. Pour les espèces pélagiques wahoo, mahi-mahi, bonite, thon, marlin, espadon le plafond est fixé à 15 individus par bateau.
Certaines espèces sont protégées par des périodes de fermeture. Le crabe de palétuviers ne peut pas être pêché du 1er décembre au 31 janvier. Les huîtres sont fermées du 1er septembre au 30 avril. Les langoustes grainées celles qui portent leurs œufs sont interdites à la capture toute l'année, sans exception.
D'autres espèces ne se discutent pas : tortues marines, dugongs, poissons napoléons. Intouchables. En toutes circonstances.
Et la vente ? Interdite. Le produit de la pêche de loisir est strictement réservé à la consommation personnelle. Pas de colportage, pas de cession, pas de petit business au bord de la route.
Les sanctions : pas symboliques
Un braconnier pris en province Sud risque jusqu'à 450 000 francs CFP d'amende et trois mois de prison ferme. Dans les cas les plus graves, la gendarmerie peut aller jusqu'à 2 600 000 FCFP, avec confiscation du matériel et des prises. En 2010, sur 2 000 bateaux contrôlés, 10 % avaient fait l'objet d'un constat d'infraction ou d'un avertissement écrit.
Les contrôles sont coordonnés entre la gendarmerie maritime, les agents provinciaux de l'environnement et la Direction des Affaires Maritimes. Ils sont réguliers. Et ils ne préviennent pas.
L'angle mort qui inquiète
Le vrai problème de fond, c'est celui-ci : la pêche non professionnelle n'est soumise à aucune obligation déclarative. Personne ne sait précisément combien de kilos sont prélevés chaque année par les plaisanciers. On sait que la pression est massive. On ne sait pas jusqu'où elle est allée.
Protéger un patrimoine mondial classé à l'UNESCO tout en étant incapable de mesurer l'impact de ceux qui le prélèvent le plus : voilà la contradiction dans laquelle se trouve la Calédonie depuis des années. Et jusqu'à présent, personne n'a vraiment tranché.

