Requins à Nouméa : Sonia Lagarde pose les vraies questions
Il y a des prises de parole municipales qui changent du registre habituel. Celle de Sonia Lagarde sur les requins du lagon noumeéen en fait partie. La maire de Nouméa ne s'est pas réfugiée derrière les éléments de langage. Elle a dit ce qu'elle savait, reconnu ce qui manquait, et tracé une méthode. À l'heure où la com' tient lieu de politique publique, l'exercice mérite d'être salué.
Le constat scientifique est posé depuis plusieurs années
Les requins qui fréquentent le lagon ont un couloir migratoire bien identifié, de la Grande Rade à Sainte-Marie, et leurs déplacements sont suivis à la balise près. Mais les incidents récents bousculent ce schéma. Les accidents survenus à dix heures du matin et à seize heures de l'après-midi, devant le Château-Royal, ne collent pas aux trajectoires connues. À ces heures-là, les animaux étaient censés se trouver ailleurs. Ils étaient là. Et la maire pose la question qui fâche : les requins ont-ils modifié leur comportement ?
C'est tout l'intérêt de sa démarche.
Plutôt que de promettre des moyens qu'elle n'a pas, Sonia Lagarde appelle à comprendre avant d'agir. Relancer les campagnes de baguage, déployer de nouvelles balises, analyser les trajectoires actualisées. Une approche rationnelle, qui prend l'évolution du phénomène au sérieux et qui rappelle, à juste titre, que l'Australie se pose exactement les mêmes questions.
Le problème n'est pas calédonien, il est océanique.
Reste l'inventaire des moyens, et là, la maire ne maquille rien. La guérite des pompiers, coincée entre les deux hôtels du front de mer, n'est pas dimensionnée pour la mission. Il manque un poste de surveillance en hauteur pour les nageurs-sauveteurs, des installations correctes pour le personnel, et l'aveu est lourd la ville n'a plus aucun moyen nautique d'intervention. Plus de bateau. Pour une capitale insulaire dont les plages sont l'un des derniers atouts touristiques tenant debout après la crise, c'est un constat qui appelle des arbitrages rapides.
L'Île aux Canards illustre l'autre difficulté : il faudrait des barrières anti-requins. La compétence est partagée entre la province Sud, qui gère l'environnement, et la Ville, qui assure la sécurité des baigneurs.
La maire de Nouméa pose donc, avec franchise, la vraie question : jusqu'où aller pour sécuriser des plages face à une nature qui ne se plie plus aux modèles établis ? La réponse demandera du temps, des moyens et de la coordination. Mais en mettant cartes sur table, Sonia Lagarde a fait le premier pas et ce n'est pas le plus facile.

