Crise économique : la FEINC veut peser face au pouvoir

La Fédération des entreprises et industries de Nouvelle-Calédonie a tenu son assemblée générale ordinaire jeudi dernier au sein de l’entreprise Les Cacaos du Pacifique, à Nouville. Un rendez-vous stratégique pour l’organisation patronale, qui a profité de cette rencontre pour dresser le bilan d’une année 2025 particulièrement mouvementée, mais aussi pour préparer les grands chantiers économiques de 2026.
Une reconnaissance officielle qui change la donne
L’assemblée générale s’est déroulée dans les locaux des Cacaos du Pacifique, entreprise devenue, au fil des années, un symbole du savoir-faire local et de la valorisation des productions calédoniennes. Les adhérents ont pu échanger autour d’un cocktail mettant à l’honneur plusieurs produits du territoire, dans une ambiance volontairement tournée vers la cohésion économique locale.
Les responsables de la fédération ont tenu à remercier plusieurs partenaires ayant participé à l’événement, notamment La Française, Sifrais, Cake Factory ainsi que la GBNC. Une attention particulière a également été adressée aux équipes des Cacaos du Pacifique pour leur accueil et leurs visites guidées autour de la production chocolatée locale.
Mais derrière cette atmosphère conviviale, le fond du discours était beaucoup plus politique et stratégique. La FEINC veut désormais apparaître comme l’un des piliers de la relance économique calédonienne.
L’un des tournants majeurs évoqués lors de cette assemblée concerne la reconnaissance officielle de la représentativité interprofessionnelle de la FEINC, obtenue en septembre 2025. Une étape jugée décisive par ses dirigeants.
Concrètement, cette reconnaissance institutionnelle donne davantage de poids à la fédération dans les discussions avec le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, l’État et les différents acteurs économiques. Pour les chefs d’entreprise, il s’agit d’une avancée essentielle afin que la voix du secteur privé soit enfin pleinement entendue.
Depuis plusieurs années, de nombreux entrepreneurs dénoncent un empilement administratif, des lenteurs réglementaires et une absence de vision économique claire. Dans ce contexte, la FEINC entend jouer un rôle d’interface entre les entreprises et les institutions.
Cette montée en puissance intervient également dans un climat où la question de la diversification économique devient centrale. La dépendance historique au nickel continue d’inquiéter de nombreux acteurs économiques, alors même que plusieurs secteurs cherchent à émerger malgré un contexte fragile.
La fédération souhaite désormais représenter plus officiellement ses adhérents issus de différents secteurs d’activité, allant de l’industrie au commerce, en passant par les services et les filières de transformation locale.
Le patronat calédonien veut ainsi peser davantage sur les grandes orientations économiques du territoire, à un moment où les finances publiques restent sous tension.
L’industrie et la décarbonation au cœur des ambitions
Parmi les projets mis en avant lors de cette assemblée générale figure le consortium Avenir NC, présenté comme un levier majeur pour accompagner la décarbonation de l’industrie calédonienne.
Dans un contexte international marqué par la transition énergétique et la pression environnementale croissante, les industriels locaux cherchent à adapter leurs modèles économiques sans fragiliser davantage l’emploi et la compétitivité.
La FEINC insiste notamment sur la nécessité de rapprocher davantage le monde de l’enseignement, celui de la formation professionnelle et celui de l’industrie. L’objectif affiché est clair : former localement les compétences nécessaires aux mutations industrielles à venir.
Cette stratégie intervient alors que de nombreuses entreprises peinent encore à recruter certains profils techniques. Pour les responsables économiques, il devient urgent de reconnecter la formation et les besoins réels du marché du travail.
Autre sujet sensible évoqué : le dispositif de régulation du marché. Ce mécanisme, régulièrement critiqué par une partie du monde économique, fait actuellement l’objet d’une évaluation menée conjointement par le gouvernement et l’État.
La FEINC affirme avoir fortement participé aux consultations menées dans le cadre de cette évaluation. Le rapport final est attendu en 2026 et pourrait déboucher sur plusieurs ajustements importants pour les entreprises locales.
Les représentants patronaux dénoncent également certaines lenteurs administratives ayant provoqué l’expiration brutale de plusieurs mesures, faute d’instruction dans les délais par les pouvoirs publics.
Dans un territoire économiquement fragilisé, chaque retard administratif peut aujourd’hui avoir des conséquences directes sur l’activité des entreprises.
La relance économique comme priorité absolue
Au-delà des dossiers techniques, cette assemblée générale a surtout permis à la FEINC d’afficher une ligne claire pour les années à venir : défendre une économie productive, soutenir l’investissement privé et accélérer la reconstruction économique du territoire.
La fédération a notamment participé activement à la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie mise en place avec l’État. Dans ce cadre, elle a coanimé un groupe de travail consacré à la diversification économique et à l’investissement privé.
Cette implication traduit une volonté assumée du secteur privé de participer directement aux grandes décisions économiques du territoire. La FEINC considère désormais que la relance ne pourra pas venir uniquement des institutions publiques.
Les entreprises réclament davantage de stabilité, une meilleure visibilité réglementaire et des décisions politiques capables de restaurer la confiance économique.
La Semaine de l’industrie organisée cette année a également été présentée comme un succès important pour valoriser les métiers industriels et rappeler leur poids stratégique dans l’économie calédonienne.
Dans les échanges entre adhérents, un constat revient régulièrement : la Nouvelle-Calédonie dispose encore d’atouts considérables, mais le territoire doit impérativement retrouver un climat de stabilité pour espérer relancer durablement l’investissement.
La FEINC entend ainsi poursuivre son travail auprès des institutions afin de défendre les intérêts des entreprises locales, mais aussi participer aux réflexions autour du pacte économique et social porté par le gouvernement.
Pour le patronat calédonien, l’heure n’est plus aux discours idéologiques ni à l’immobilisme administratif : la priorité absolue reste désormais la survie économique et la reconstruction du territoire.
(Crédit photo : FEINC Entreprises et Industries de Nouvelle-Calédonie)

