Enfin une solution pour remettre les jeunes au travail ?

Alors que la Nouvelle-Calédonie cherche encore la voie de la reconstruction économique et sociale, le gouvernement mise désormais sur une idée simple : reconnecter les jeunes au monde du travail.
Face au décrochage, au chômage et au manque de repères, un nouveau dispositif veut replacer la formation professionnelle au cœur des priorités.
Un dispositif pensé pour reconnecter les jeunes à l’emploi
Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie veut désormais passer des discours aux actes sur la question de l’insertion professionnelle.
Dans une société fragilisée par les crises économiques, les violences de 2024 et les difficultés d’accès à l’emploi, la formation redevient un enjeu majeur pour éviter qu’une partie de la jeunesse ne décroche durablement.
Le 23 avril 2025, Samuel Hnepeune, membre du gouvernement chargé de la formation professionnelle, avait présenté une feuille de route ambitieuse visant à créer de nouveaux outils d’accompagnement pour les publics en difficulté.
L’objectif affiché est clair : lever les freins sociaux, éducatifs et professionnels qui empêchent certains jeunes de trouver leur place dans le monde du travail.
Dans cette logique, le gouvernement a sollicité l’expertise de l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes, plus connue sous le nom d’AFPA.
Cette mission devait permettre d’établir un état des lieux précis des besoins du territoire et surtout de préparer la future mise en place du « Village des solutions ».
Le projet repose sur une idée pragmatique : rapprocher les acteurs de terrain, les établissements de formation et les entreprises afin de construire des parcours plus efficaces et mieux adaptés aux réalités économiques calédoniennes.
Dans un territoire confronté à des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, l’enjeu dépasse largement la simple politique sociale.
Il s’agit aussi de répondre aux besoins concrets des entreprises locales, qui peinent parfois à recruter des profils qualifiés.
Le gouvernement veut donc favoriser des passerelles directes entre les jeunes éloignés de l’emploi et le tissu économique local.
Une approche qui tranche avec certaines politiques jugées trop administratives ou trop éloignées des réalités du terrain.
Le futur Village des solutions doit ainsi devenir un lieu de coordination capable d’éviter les ruptures de parcours et de mieux accompagner les jeunes vers une insertion durable.
Une alliance entre entreprises, écoles et acteurs de terrain
Pour lancer cette phase expérimentale, une convention a été signée entre plusieurs partenaires majeurs du territoire.
Autour du gouvernement, représenté par Samuel Hnepeune, se retrouvent la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie, le lycée Do Kamo ainsi que l’association Mana All.
Cette coopération illustre une volonté assumée de rapprocher le monde économique et les structures éducatives.
Pendant des années, de nombreux chefs d’entreprise ont dénoncé un décalage entre les formations proposées et les besoins réels du marché du travail.
Le partenariat doit justement permettre de mieux identifier les secteurs qui recrutent et les compétences recherchées.
L’idée est d’éviter les formations sans débouchés et de privilégier des parcours professionnalisants directement utiles à l’économie calédonienne.
Le président de la FEINC, Xavier Benoist, entend ainsi renforcer le lien entre les entreprises et les jeunes générations.
Dans un contexte économique encore fragile, les entreprises réclament davantage de réactivité et une meilleure adaptation des formations professionnelles.
Le lycée Do Kamo jouera un rôle central dans cette expérimentation.
L’établissement devra servir de point d’ancrage pour construire des passerelles entre les jeunes et les entreprises partenaires.
De son côté, l’association Mana All apportera son expérience du terrain et son accompagnement auprès des publics parfois les plus éloignés de l’emploi.
Cette approche collaborative veut casser les logiques de cloisonnement souvent critiquées en Nouvelle-Calédonie.
Le gouvernement cherche désormais à créer une dynamique collective autour de l’insertion et de la responsabilité individuelle.
Le Village des solutions entend ainsi remettre en avant des valeurs de travail, d’engagement et de mérite, dans une société où beaucoup dénoncent depuis plusieurs années la montée du décrochage et de l’assistanat.
Défendre une logique de résultats concrets
Lors de la signature de la convention, le membre du gouvernement a insisté sur la nécessité de soutenir les acteurs déjà présents sur le terrain.
Selon lui, le Village des solutions doit avant tout permettre de faire émerger des réponses locales adaptées aux réalités du pays.
Il a expliqué que ce dispositif devait servir à créer des partenariats solides entre les différents intervenants de l’insertion professionnelle.
Il a notamment déclaré que le Village des solutions permettra de « créer des partenariats et de faire le lien entre des acteurs de terrain » afin de construire des parcours individualisés pour les jeunes éloignés de l’emploi.
Le gouvernement veut ainsi éviter les approches uniformes et privilégier un accompagnement plus concret et plus ciblé.
Cette stratégie repose sur un constat largement partagé : certains jeunes cumulent aujourd’hui des difficultés scolaires, sociales et professionnelles qui nécessitent un suivi renforcé.
Le futur dispositif ambitionne donc de mieux coordonner les réponses existantes plutôt que de multiplier les structures administratives.
Pour les autorités calédoniennes, l’enjeu est aussi économique.
La reconstruction du territoire passera nécessairement par le retour de l’activité, la relance des entreprises et la montée en compétence de la jeunesse locale.
Dans plusieurs secteurs, notamment le bâtiment, les services, l’industrie ou encore les métiers techniques, les besoins en recrutement restent importants malgré les difficultés économiques.
Le Village des solutions pourrait ainsi devenir un outil stratégique pour rapprocher l’offre de formation des besoins réels du marché.
Cette expérimentation marque également une évolution dans le discours politique autour de la jeunesse.
Plutôt que de mettre uniquement l’accent sur les difficultés sociales, le gouvernement veut désormais parler d’insertion, de responsabilité et d’accès à l’emploi.
Une ligne plus offensive qui entend replacer la valeur travail au centre des politiques publiques.
Reste désormais à savoir si cette première phase pilote permettra d’obtenir des résultats concrets sur le terrain.
Car au-delà des conventions et des annonces, c’est bien la capacité à remettre durablement des jeunes sur le chemin de l’emploi qui sera jugée dans les prochains mois.
(Crédit photo : Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie)

