CCAT : les démolisseurs trouvent la reconstruction un peu lente !

Dans son dernier communiqué, la CCAT évoque “les laissés-pour-compte de la pseudo-reconstruction post-13 mai 2024”.
La formule mérite qu’on s’y arrête.
Parce qu’enfin, il faut suivre : après avoir expliqué pendant des mois que le 13 mai relevait de la “colère légitime”, après avoir défendu les militants arrêtés, parlé de “prisonniers politiques”, dénoncé l’État, le corps électoral, Paris, Macron, Lecornu et probablement la météo, la CCAT découvre maintenant… les conséquences économiques du 13 mai.
Et les trouve manifestement décevantes.
Il est vrai que reconstruire un territoire brûlé prend généralement un peu plus de temps que le brûler.
Le problème, dans cette affaire, n’est pas que la reconstruction soit difficile. Tout le monde le savait. Des centaines de commerces détruits ou pillés, des entreprises parties, des dizaines de milliards de dégâts, des milliers d’emplois fragilisés, une économie déjà exsangue avant la crise : personne n’imaginait qu’un coup de peinture suffirait.
Le problème, c’est l’étrangeté du positionnement politique.
La CCAT parle aujourd’hui des “laissés-pour-compte” comme si elle arrivait après la catastrophe. Comme un observateur extérieur découvrant les ruines calédoniennes avec gravité. Or la catastrophe n’est pas un cyclone. Ce n’est pas une inondation. Ce n’est pas une crise venue du ciel.
Des hommes ont incendié des bâtiments. Des groupes ont pillé et détruit des commerces. Des barrages ont paralysé le territoire et la libre-circulation des personnes pendant des semaines.
Et pendant ce temps-là, une partie du discours politique indépendantiste expliquait qu’il fallait “comprendre la colère”.Aujourd’hui, les mêmes expliquent qu’il faudrait aller plus vite pour réparer.
L’image est étrange : les démolisseurs tapent désormais sur la lenteur des travaux.
Dans son communiqué, la CCAT évoque ainsi les “laissés-pour-compte de la pseudo-reconstruction”. La phrase est intéressante malgré elle. Car oui, il existe désormais des laissés-pour-compte. Des salariés licenciés. Des petits entrepreneurs ruinés. Des familles parties. Des jeunes sans travail. Des quartiers durablement affaiblis.
Mais ces laissés-pour-compte ne sont pas apparus spontanément en mai 2024 comme des champignons après la pluie. Ils sont la conséquence directe de la destruction.
Et c’est peut-être là le cœur du malaise calédonien actuel : tout le monde veut désormais parler des conséquences. Presque plus personne ne veut parler des causes.
La reconstruction est lente ? Sans doute.
Mais la démolition, elle, avait été remarquablement efficace.

