Radicalisation : un ex-colonel dénonce la «culture du pas de vagues» à l’Éducation nationale

Recruté pour travailler sur les questions de prévention et de sécurité, l’ancien colonel Samir Yaker-Borde n’aura passé qu’une semaine au sein de l’Éducation nationale. Après une intervention sur la radicalisation lors d’une formation organisée près de Lyon, cet ex-militaire affirme avoir été poussé vers la sortie.
Marianne Lecach 24/05/2026

Photographie d'illustration. AFP / © Jc Milhet / HANS LUCAS
« Mal nommer un problème, c’est se condamner à ne pas trouver de solution. » En une semaine passée au sein de l’Éducation nationale, Samir Yaker-Borde dit avoir découvert une institution paralysée par la « culture du pas de vagues ». Cet ancien colonel de l’armée de terre, retraité depuis 2024 après plus de trente ans de carrière – marquée par des missions en Afghanistan, au Sahel et dans les Balkans, ainsi que par des fonctions dans le renseignement et la lutte antiterroriste – affirme avoir été poussé vers la sortie après une intervention consacrée à la radicalisation et à la laïcité dans les établissements scolaires, révèle Le Progrès. « J’ai quitté l’Éducation nationale parce qu’elle m’y a "invité"», confirme-t-il au JDD.
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Recruté par l’académie de Lyon comme conseiller technique prévention et sécurité en décembre 2025, il avait pris ses fonctions début février. Le mercredi 4, lors d’une formation sur la radicalisation organisée au Collège Maryse-Bastié, à Décines-Charpieu, il intervient devant des chefs d’établissement, en présence de représentants des renseignements territoriaux, de la DGSI, de la préfecture et de l’Éducation nationale. Selon lui, les échanges étaient alors trop théoriques. Samir Yaker-Borde affirme avoir pris la parole « en son nom personnel » afin d’évoquer des situations concrètes rencontrées dans certains établissements : revendications religieuses, tensions autour du ramadan ou difficultés liées au respect de la laïcité.
Des soutiens au sein de l’Éducation nationale
L’ancien militaire assure que plusieurs chefs d’établissement sont venus le remercier après son intervention, lui confiant vivre « exactement » les situations qu’il décrivait. D’autres participants auraient au contraire jugé ses propos stigmatisants envers les musulmans. Deux jours plus tard, il est convoqué par la direction de cabinet de la rectrice. Il affirme qu’on lui reproche alors d’être sorti de son rôle et d’avoir engagé l’institution par ses déclarations. Le 9 février, une convocation visant à mettre fin à sa période probatoire lui est adressée. Samir Yaker-Borde indique avoir finalement choisi de quitter lui-même ses fonctions afin de préserver sa « dignité professionnelle ».
Depuis, il dit avoir alerté plusieurs institutions, dont l’Élysée, Matignon, le ministère de l’Éducation nationale, le défenseur des droits et l’Inspection générale de l’éducation. Contacté par Le Progrès, le rectorat de Lyon n’a pas souhaité commenter cette situation particulière et affirme que l’ancien colonel a lui-même démissionné. Auprès du JDD, Samir Yaker-Borde affirme cependant ne nourrir « aucune amertume ou ressentiment à l’égard de quiconque dans cette institution » et avoir seulement tenu à « témoigner par (son) expérience personnelle du danger qui couvait, faute de nommer les choses ».

