Présidentielle 2027 : que vaut vraiment l'hypothèse Dominique de Villepin ?

CHRONIQUE. S'il semble se préparer activement à la présidentielle, Dominique de Villepin peine à définir un projet cohérent pour la France. Entre ambiguïtés idéologiques et récente affaire judiciaire, la solidité de sa candidature reste à prouver.
Paul Melun 25/05/2026

Dominique de Villepin. AFP / © Roméo Boetzlé
Depuis quelques mois, Dominique de Villepin, héros du discours des Nations Unies, homme qui osa, le 14 février 2003, refuser l'intervention militaire en Irak, semble se préparer activement à l'élection présidentielle de 2027. Mais sa « presque campagne présidentielle » est aujourd'hui frappée par la polémique. Visé par une enquête du parquet financier concernant des statuettes reçues en cadeau lorsqu'il était au quai d'Orsay, l'ancien Premier ministre a préféré rendre les objets.
Cette péripétie interroge. Quelle sera l'incidence de cette affaire sur la « Villepin mania » qui a propulsé l'ancien Premier ministre sous les feux des projecteurs ? Jusqu'à présent, à la faveur des crises actuelles, l'homme faisait figure de valeur refuge, sorte de boussole dans la tempête mondiale. Probablement que « l'affaire des statuettes » finira par s'éteindre devant les enjeux majeurs – économiques, internationaux ou sociaux – qui rythmeront la campagne présidentielle.
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Mais la question est ailleurs. L'ancien Premier ministre a-t-il vraiment un espace ? De quoi son hypothétique candidature est-elle le nom ? De quelle nature est véritablement l'engouement qu'il suscite ? À toutes ces questions, l'univers politico-médiatique omet parfois de répondre. Ainsi va l'époque, avec toujours la même tendance à créer des phénomènes, parfois éphémères, sitôt abîmés qu'ils étaient adulés quinze jours avant. En dépit de cette période de notre histoire où tout semble s'accélérer, notamment les pronostics politiques, Dominique de Villepin apparaît comme un homme du temps long. Qu'on aime ou non ce qu'il incarne, l'honnêteté oblige à dire qu'il incarne quelque chose. Dans la période, c'est déjà beaucoup…
Il fut d'abord un fils de bonne famille, issu d'un lignage qui raconte, en lui-même, une part de la France. Après une enfance à l'étranger – peut-être a-t-il nourri dans cette itinérance son goût pour la diplomatie –, il intègre Sciences Po puis l'ENA. Parcours classique d'une certaine élite française de la deuxième moitié du XXe siècle, il a ensuite effectué une carrière entre diplomatie et haute fonction publique. Jamais élu, il n'a pas opté pour un engagement politique militant qui supposerait un ancrage territorial, un fief, une baronnie. Nommé Premier ministre par Jacques Chirac – dont il avait été le secrétaire général à l'Élysée –, il se heurte au mur du CPE, met la France dans la rue et finit désavoué par le président de la République d'alors.
Sur le plan des valeurs, on peine parfois à voir la filiation gaulliste
Son duel avec Nicolas Sarkozy raconte l'opposition de deux France aux sociologies bien différentes. D'un côté un self-made-man de la politique, déterminé et aux allures de transfuge de classe ; de l'autre un pur produit de l'élite française, bardé de diplômes et d'accomplissements professionnels. On connaît l'histoire. La détermination, la fougue et la puissance sarkozyste ont balayé l'élégant diplomate. Depuis cet échec, l'ombre de Dominique de Villepin plane sur la vie politique.
Les Français, nostalgiques, à raison, du général de Gaulle, pourraient voir en lui l'héritier dont beaucoup rêvent. Par son refus de l'atlantisme, sa hauteur de vue et sa culture, il incarne et prolonge, d'une certaine façon, l'idéal gaulliste. Concernant les contours de sa politique intérieure, en revanche, beaucoup de questions demeurent en suspens. Sur le plan migratoire, par exemple, il est difficile de définir l'axiome idéologique qui guide l'ancien Premier ministre. En 2005, lorsqu'il était aux affaires, il décidait de durcir sa politique de lutte contre l'immigration pour ralentir les flux. En 2023, sur France Inter, il opère un changement de ton, fustigeant Les Républicains, dénonçant « une dérive dangereuse » et une « droitisation », employant les mêmes attaques que celles qu'il subissait en 2005.
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Sur le plan des valeurs, là aussi, on peine parfois à voir la filiation gaulliste. Sur le sujet épineux du voile islamique chez les mineurs, par exemple, il se montre flou et refuse la position républicaine ferme que d'aucuns, y compris au centre, adoptent. Il voit dans le voilement des jeunes filles un « choix culturel » et refuse d'y voir « le signe d'une radicalisation ». Quand on pense à l'attachement gaulliste aux valeurs culturelles françaises, et plus tard celui des gaullistes à celles de la République, on ne peut que constater une forme de rupture.
Si Dominique de Villepin peut sans doute se réclamer du gaullisme en certains points, y compris en ce qui concerne les relations internationales, cela ne suffit pas à définir une politique globale pour le pays. L'ambiguïté qu'il entretient doit être levée, au risque de morceler le legs gaulliste, qui n'est pas à la carte.
Vraisemblablement, l'électorat de droite n'est pas sa cible prioritaire. Un comble pour quelqu'un qui vient de cette famille politique !
Concernant son espace politique, d'aucuns voient en lui une menace pour Jean-Luc Mélenchon, d'autres une menace pour le bloc central. Vraisemblablement, l'électorat de droite n'est ni sa cible prioritaire, ni la partie du pays la plus séduite par ce qu'il propose. Un comble pour quelqu'un qui vient de cette famille politique !
S'il entend réellement se porter candidat en 2027, Dominique de Villepin devra clarifier une bonne fois pour toutes son projet pour la France. Est-il un gaulliste de façade ou de conviction ? On peut encore lui laisser le bénéfice du doute, mais il doit se hâter de dire qui il est et ce qu'il pense. Comme le dit la formule : « Les Français ont le droit de savoir ! »

