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Vie chère : la loi qui arrive (enfin) trop tard ?

27 mai 2026 à 15:05
4 min de lecture
Vie chère : la loi qui arrive (enfin) trop tard ?
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La vie chère étouffe les Calédoniens, mais les réponses politiques se font attendre.
Après des mois de blocages, un texte clé sur la concurrence arrive enfin au Congrès.

Un texte longtemps bloqué, enfin adopté sous pression économique

Il aura fallu des mois de négociations, de renvois en commission et de tensions politiques pour que ce projet de loi du pays arrive enfin en séance. Dès l’ouverture des débats, Christopher Gygès n’a pas caché son agacement : « Que ce fut long pour que ce texte arrive en séance », a-t-il lancé devant les élus du Congrès ce 26 mai.

Porté initialement par Adolphe Digoué au sein du 17e gouvernement de Louis Mapou, le texte a traversé un véritable parcours d’obstacles. Entre pressions du monde économique et arbitrages politiques, son examen a été sans cesse repoussé, révélant une réalité inquiétante : en Nouvelle-Calédonie, réformer l’économie reste un combat de chaque instant.

Pourtant, l’enjeu est majeur. Dans un territoire frappé par une vie chère structurelle et des déséquilibres de marché persistants, l’encadrement de la concurrence apparaît comme une priorité absolue. Le texte adopté, composé de 36 articles, vise précisément à rétablir un minimum d’équité dans les pratiques commerciales.

Adopté à 34 voix pour et 6 abstentions, il marque une étape importante. Mais il arrive tard, très tard, dans un contexte où les Calédoniens subissent déjà, depuis des années, des prix élevés sans réponse politique forte.

Des mesures concrètes pour encadrer les abus et faire baisser les prix

Sur le fond, le projet de loi conserve l’essentiel de son ambition initiale : renforcer les règles du jeu économique et lutter contre les dérives. Parmi les mesures phares, la possibilité de sanctionner les prix ou marges excessifs, désormais clairement qualifiés d’abus de position dominante.

Une évolution majeure dans un territoire où certains acteurs économiques sont régulièrement accusés de profiter de leur position pour imposer des prix déconnectés de la réalité. Désormais, ces pratiques pourront être juridiquement poursuivies, ce qui constitue un signal fort envoyé au marché.

Autre avancée notable : le renforcement du contrôle des opérations de concentration. Fusions, acquisitions, regroupements d’entreprises seront davantage surveillés, afin d’éviter la constitution de situations monopolistiques nuisibles aux consommateurs.

Le texte introduit également une mesure attendue : l’autorisation des remises différées entre producteurs et distributeurs. Jusqu’ici interdites, ces ristournes pourraient permettre, selon l’exécutif, une baisse des prix à la consommation. Une promesse qui reste toutefois conditionnée à la bonne volonté des acteurs économiques.

Dans le secteur agricole, une ouverture importante est actée avec la possibilité de conclure des accords interprofessionnels. Les filières, notamment celle des fruits et légumes, pourront désormais s’organiser collectivement pour améliorer la qualité, structurer les marchés et réguler l’offre un dispositif déjà expérimenté avec la filière de l’oignon.

Enfin, la question des délais de paiement est encadrée. Fixé à trente jours, le délai commencera désormais dès l’émission de la facture. Une mesure de bon sens pour protéger la trésorerie des entreprises, souvent fragilisées par des retards de paiement chroniques.

Une réforme amputée sous pression du patronat

Mais derrière ces avancées, le texte adopté porte aussi la trace d’un recul politique assumé. Initialement, le projet prévoyait de renforcer significativement les pouvoirs de l’Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie (ACNC). Une dizaine d’articles en ce sens ont finalement été retirés.

Officiellement, il s’agit de prendre le temps d’une réflexion approfondie sur le rôle et le fonctionnement de l’institution. Une justification qui peine à convaincre, tant les pressions du patronat ont été visibles.

La Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie (Feinc) a en effet mené un lobbying intense contre l’ACNC, allant jusqu’à réclamer sa suppression en janvier 2026. L’organisation accuse l’autorité de dérives, notamment depuis l’ouverture d’une enquête pour ententes commerciales la visant directement.

Dans l’hémicycle, certains élus ont salué ce recul. Virginie Ruffenach a ainsi estimé qu’il s’agissait de « la bonne décision », appelant à une réforme de fond distincte.

À l’inverse, les indépendantistes du groupe UNI dénoncent une atteinte grave au principe d’indépendance. Wali Wahetra a alerté sur un affaiblissement inquiétant des autorités administratives, rappelant que l’ACNC a permis de révéler plusieurs affaires sensibles, notamment des ententes commerciales et des dérives dans le secteur de la santé.

Au final, cette loi apparaît comme un compromis imparfait. D’un côté, elle renforce utilement l’encadrement des pratiques économiques ; de l’autre, elle cède sur un point essentiel : la capacité réelle à contrôler et sanctionner efficacement les abus.

Dans une Nouvelle-Calédonie confrontée à une crise économique profonde, une question demeure : peut-on vraiment lutter contre la vie chère sans une autorité forte et indépendante ?

(Crédit photo : Autorité de la Concurrence de Nouvelle-Calédonie)

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