À Managua, les loyalistes bousculent le débat

Chaque année, loin des projecteurs, le Comité spécial des Vingt-Quatre de l’ONU poursuit son travail sur la décolonisation. Créé dans le contexte des années 1960, cet organe reste aujourd’hui un lieu d’affrontement idéologique, où se confrontent visions historiques et réalités contemporaines. En 2026, c’est au Nicaragua que s’est tenu le séminaire régional du C24, réunissant 17 territoires non autonomes, dont la Nouvelle-Calédonie.
Ce rendez-vous international n’est pas anodin. Il s’inscrit dans la continuité des résolutions de l’Assemblée générale, notamment la résolution A/RES/73/123, qui encourage la participation des populations concernées afin de mieux éclairer les décisions sur l’avenir institutionnel des territoires. Mais derrière les principes affichés, la réalité est plus complexe : les débats sont souvent dominés par des récits partiels, parfois éloignés du terrain.
Une tribune stratégique pour la Nouvelle-Calédonie française
À Managua, la délégation calédonienne était plurielle. Aux côtés des représentants indépendantistes figuraient aussi des voix loyalistes, déterminées à faire entendre une autre lecture de la situation. Parmi elles, Marie-Laure Ukeiwé a porté un message clair : la décolonisation ne se résume pas à l’indépendance.
L’ONU elle-même reconnaît quatre options : indépendance, libre association, intégration ou tout autre statut librement choisi. C’est précisément cette quatrième voie que les non-indépendantistes défendent avec constance. Une position fondée sur les accords politiques passés et sur une réalité démocratique incontestable.
Trois référendums ont été organisés en Nouvelle-Calédonie, et à trois reprises, le choix du maintien dans la France s’est imposé. Ce fait, souvent minimisé dans les débats internationaux, constitue pourtant un élément central du dossier calédonien. À Managua, il s’agissait donc de rétablir un équilibre dans l’information.
Car, pendant longtemps, la scène onusienne a été largement dominée par les discours indépendantistes. Le travail des loyalistes consiste désormais à réintroduire la complexité du terrain, à rappeler que la société calédonienne est diverse, plurielle, et qu’elle ne se réduit pas à une opposition caricaturale.
Déconstruire les mythes et rétablir la réalité
L’un des enjeux majeurs de ce séminaire était pédagogique. De nombreux participants, États membres ou représentants internationaux, ne disposent que d’une vision partielle de la situation. Certains ignorent que tous les Kanak ne sont pas indépendantistes ; d’autres continuent de percevoir la Nouvelle-Calédonie à travers un prisme dépassé.
Face à cela, les loyalistes ont entrepris un travail de clarification. Ils ont rappelé que la Nouvelle-Calédonie est une société mosaïque, composée de multiples communautés partageant un destin commun. Ils ont également insisté sur la régularité des processus électoraux et sur la validité des référendums, malgré les contestations politiques.
Ce travail de terrain commence à porter ses fruits. Selon plusieurs témoignages, des États du Pacifique, comme Fidji ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée, montrent aujourd’hui une écoute plus attentive. Le discours évolue, les perceptions changent, preuve que la bataille des idées se gagne aussi à l’international.
Dans un contexte où les slogans simplistes peuvent séduire, cette démarche de vérité est essentielle. Elle permet de replacer le débat dans le cadre des faits, loin des postures idéologiques.
Le poids du réel face aux illusions de l’indépendance
Au-delà des discours officiels, les échanges informels ont marqué les esprits. De nombreux représentants de pays devenus indépendants ont partagé leur expérience. Et le constat est souvent le même : l’indépendance a un coût, parfois lourd, humainement et économiquement.
Certains évoquent les conflits, les instabilités, les difficultés économiques persistantes. D’autres reconnaissent les défis en matière de sécurité, d’éducation ou de développement. Ces témoignages, loin d’être anecdotiques, offrent un éclairage précieux.
Ils viennent rappeler une évidence : l’indépendance n’est pas une solution miracle. Elle peut même, dans certains cas, engendrer de nouvelles dépendances ou fragiliser durablement un territoire.
Face à cela, la Nouvelle-Calédonie dispose d’un atout majeur. Elle peut construire son avenir dans un cadre stable, démocratique et protecteur. Le lien avec la France garantit des libertés, une sécurité et des perspectives économiques que beaucoup de pays envient aujourd’hui.
C’est cette réalité que les loyalistes ont défendue à Managua. Une vision pragmatique, tournée vers l’avenir, loin des logiques de rupture.
À l’approche des échéances politiques locales, ce message prend une résonance particulière. Il ne s’agit pas de nier l’histoire, mais de faire le choix de la responsabilité, de préserver la paix et de garantir un avenir stable à toutes les communautés.
(Crédit photo : Marie-Laure Ukeiwë)

