Argent public : Aircalin doit-elle rendre des comptes ?

Une nouvelle fois, le conseiller de la Nouvelle-Calédonie, élu de la province Sud, Brieuc Frogier, hausse le ton. Face à ce qu’il considère comme un manque criant de transparence, il interpelle publiquement la direction d’Aircalin et l’ADANC sur la gestion financière de la compagnie. Depuis plus d’un an, ses demandes restent lettre morte.
Dans une publication détaillée, il dénonce un silence qu’il juge inacceptable, alors même que des décisions majeures ont été prises, engageant des dizaines de milliards de francs CFP et l’avenir du transport aérien calédonien.
Une bataille pour la transparence qui dure depuis 15 mois
Depuis 15 mois, l’élu multiplie les démarches pour obtenir des informations précises sur la gestion d’Aircalin. Au cœur de ses interrogations : l’achat de deux Airbus A350 pour un montant de 42,2 milliards de francs CFP, une décision stratégique majeure qui engage directement les finances publiques.
À plusieurs reprises, il affirme avoir interrogé les dirigeants de la compagnie ainsi que le président de l’ADANC, établissement public qui détient plus de 99 % des parts d’Aircalin. Mais, malgré ces sollicitations répétées, aucune réponse concrète ne lui aurait été transmise.
L’élu insiste sur plusieurs points essentiels : quels documents ont été présentés au conseil d’administration, quelles expertises ont été réalisées et, surtout, quelles analyses financières et stratégiques ont justifié un tel investissement.
Pour lui, il ne s’agit pas d’un simple débat technique. C’est une question de responsabilité publique. L’argent engagé est celui des Calédoniens, et les décisions prises doivent être expliquées, justifiées et assumées.
Un silence jugé incompatible avec la gestion d’une entreprise publique
Ce que dénonce aujourd’hui le conseiller, c’est avant tout une méthode : le silence comme mode de gouvernance, qu’il considère comme inacceptable dans une structure financée par des fonds publics.
Dans sa prise de parole, il rappelle un principe simple mais fondamental : Aircalin n’appartient ni à une élite administrative ni à un clan politique. Elle appartient à l’ensemble des Calédoniens.
Dès lors, la transparence ne relève pas d’un choix, mais d’une obligation. Les citoyens doivent pouvoir comprendre comment sont prises les décisions, comment sont utilisés les fonds publics et quelles sont les orientations stratégiques de leur compagnie aérienne.
Ce positionnement s’inscrit dans une ligne politique claire : refuser toute opacité dans la gestion des institutions publiques, surtout dans un contexte économique tendu où chaque franc compte.
L’élu annonce d’ailleurs qu’il ne compte pas en rester là. Il prévoit de relancer officiellement les responsables concernés afin d’obtenir enfin des réponses précises.
Rémunération du PDG : une polémique qui enfle
Au-delà de la question des investissements, un autre sujet suscite de vives interrogations : la rémunération du PDG d’Aircalin, au cœur de nombreuses rumeurs relayées parmi la population.
Selon ces informations, un montant de 4 millions de francs CFP mensuels serait évoqué, accompagné d’un éventuel parachute doré de plusieurs dizaines de millions. Des chiffres qui, s’ils étaient confirmés, apparaîtraient en total décalage avec la réalité économique du territoire.
L’élu reste prudent mais ferme. Il affirme ne pas vouloir spéculer, tout en estimant que de telles rumeurs doivent être clarifiées sans délai.
Il demande donc des explications précises sur plusieurs points : la réalité de cette rémunération, les avantages associés, le processus de décision ayant conduit à sa fixation et le rôle éventuel du président de l’ADANC.
Dans un contexte où les Calédoniens font face à des billets d’avion jugés hors de prix, la question de l’exemplarité des dirigeants publics devient centrale.
Une exigence démocratique au cœur du débat public
Au-delà du cas Aircalin, cette affaire révèle une problématique plus large : la transparence dans la gestion des entreprises publiques est devenue un enjeu démocratique majeur en Nouvelle-Calédonie.
Dans un territoire fragilisé économiquement, les citoyens attendent des comptes. Ils veulent comprendre, vérifier et juger les décisions prises en leur nom.
L’intervention de cet élu traduit une attente forte : celle d’une gouvernance claire, responsable et assumée. Refuser l’opacité, c’est aussi restaurer la confiance entre les institutions et la population.
Reste désormais à savoir si les responsables d’Aircalin et de l’ADANC répondront à ces interpellations. L’élu, lui, promet de rendre publiques les réponses qu’il obtiendra, si tant est qu’elles lui soient enfin communiquées.
Dans ce dossier sensible, une chose est certaine : la pression politique et citoyenne ne cesse de monter, et le temps du silence pourrait bien toucher à sa fin.
(Crédit photo : Aircalin)

