Ce chant clandestin qui a défié les nazis

Deux plumes, une guitare, une voix : en pleine guerre, la France libre forgeait son cri de ralliement.
Le 30 mai 1943, dans l’ombre de Londres, naissait un hymne appelé à défier l’Occupation.
Une création dans l’urgence de la guerre
Le 30 mai 1943, dans un hôtel discret de la banlieue londonienne, l’Histoire s’écrit à huis clos. Autour de la table, Joseph Kessel, son neveu Maurice Druon, la musicienne Anna Marly et quelques proches de la France libre donnent naissance à ce qui deviendra l’hymne le plus puissant de la Résistance française.
À Londres, la radio de la BBC sert de caisse de résonance aux messages de Charles de Gaulle. Son antenne dédiée, dirigée par André Gillois, cherche un signal reconnaissable. La mission est confiée à Anna Marly, réfugiée russe devenue artiste engagée.
Elle propose plusieurs mélodies. L’une d’elles, choisie presque par hasard, va entrer dans la mémoire collective. Un choix anodin qui deviendra un symbole national.
Restait à écrire les paroles. Kessel et Druon s’y attellent, épaulés par Germaine Sablon. En quelques heures à peine, les mots prennent forme. Le lendemain, le chant est enregistré : rapide, efficace, presque militaire dans son exécution.
Un hymne clandestin devenu symbole national
Le Chant des Partisans est d’abord interprété par Germaine Sablon dans le film de propagande Three Songs about Resistance, sous l’impulsion du réalisateur Alberto Cavalcanti. Très vite, il dépasse ce cadre.
Diffusé sur les ondes, sifflé comme indicatif radio, puis parachuté en France occupée par la Royal Air Force, il devient un signe de reconnaissance dans les maquis. Les paroles sont publiées en septembre 1943 dans les Cahiers de la Libération.
Le chant se propage alors dans toute la France, mais aussi au-delà. Là où des peuples luttent pour leur liberté, il résonne. En 1947, des chanteurs tchèques l’interprètent à leur tour, preuve de son universalité et de sa puissance émotionnelle.
En France, il s’impose durablement. Le 19 décembre 1964, lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon, André Malraux lui confère une portée solennelle. Le Chant des Partisans devient alors un pilier de la mémoire nationale.
Pendant des décennies, il est enseigné dans les écoles, au même titre que La Marseillaise. Un héritage assumé, transmis, revendiqué.
Anna Marly, une immigrée au service de la France
Derrière ce chant mythique se cache un destin singulier. Anna Marly, née Anna Bétoulinsky à Saint-Pétersbourg en pleine révolution de 1917, fuit la violence après l’exécution de son père. Réfugiée en France, elle grandit à Menton avant de monter à Paris.
Artiste complète, elle danse avec les Ballets russes, chante dans les cabarets parisiens et fréquente la jeunesse mondaine. Mais la guerre la rattrape. Après la défaite de 1940, elle s’exile de nouveau, rejoint Londres et s’engage auprès des Forces françaises libres.
C’est là qu’elle compose, fin 1942, une mélodie inspirée par la bataille de Smolensk. En russe, elle écrit : « Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas. » Un chant né de la douleur, de l’exil et de la volonté de résister.
Adapté en français par Kessel et Druon, il devient le Chant des Partisans. Son rythme, inspiré des chants traditionnels russes, donne au morceau une force unique : grave, répétitive, presque martiale. Un appel au combat contre l’occupant étranger.
Charles de Gaulle saluera son rôle en affirmant qu’elle « fit de son talent une arme pour la France ». Décorée de l’ordre national du Mérite et de la Légion d’honneur, Anna Marly restera à jamais le « troubadour de la Résistance ».
Elle s’éteint en 2006, loin de la France, mais son œuvre, elle, ne meurt pas. Le Chant des Partisans continue de résonner comme un rappel : celui d’une nation debout face à l’adversité.

