Congrès : pendant que les Îles souffrent, l’UC se déchire

Ce vendredi matin, la plénière du Congrès de Nouvelle-Calédonie a viré au règlement de comptes interne. Jacques Lalié, ancien président de la province des Îles et de retour dans l’hémicycle après sa réintégration décidée à la suite d’une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC), s’est retrouvé face à Matthias Waneux, actuel président de la province des Îles… et lui aussi membre de l’Union calédonienne (UC) des Îles. Résultat : un affrontement politique sur fond de querelles de légitimité et de procédure.
Un retour contesté
Dès sa prise de parole – la seule avant de quitter la salle pour rejoindre Claire Durrieu, chargée par l’État de la mission de reconstruction de la Nouvelle-Calédonie, Matthias Waneux a remis en cause la légalité de la convocation de Jacques Lalié par la présidente du Congrès. Appuyé sur l’avis du Haut-Commissariat, il a affirmé s’opposer à cette réintégration, estimant que seul le feu vert de la province des Îles, dont Lalié est issu, pouvait la valider. Et d’annoncer qu’il engagerait des recours contre cette convocation et les décisions qui pourraient suivre. La réplique ne s’est pas fait attendre. Jacques Lalié, refusant la polémique directe, a rappelé qu’il disposait lui aussi de recours en cours, notamment devant le Conseil constitutionnel. Mais à peine le dialogue engagé, Waneux quittait la salle “dans la foulée”, confient des témoins, laissant derrière lui un hémicycle médusé.
Pendant ce temps, la réalité sur le terrain
Ce face-à-face aurait pu rester une bataille d’ego anodine. Mais le contexte rend la scène surréaliste. Car pendant que les deux figures de l’UC des Îles se déchirent sur des histoires de postes, de procédures et de droit, les habitants des Îles Loyauté font face à des urgences bien plus pressantes : pénuries de médecins, difficultés d’accès aux soins, chômage, isolement… et pour certains, l’impossibilité de remplir leur frigo.
Des priorités à contretemps
Ce nouvel épisode illustre un mal profond : la déconnexion d’une partie de la classe politique des réalités quotidiennes. Dans une province lourdement endettée, où la population attend des réponses concrètes à des problèmes vitaux, voir ses représentants régler leurs comptes personnels en public relève d’un spectacle désolant. À l’heure où la reconstruction économique et sociale du territoire exige unité et efficacité, cette bataille interne à l’UC des Îles apparaît comme un luxe indécent et un signe supplémentaire que le fossé entre élus et citoyens ne cesse de se creuser.

