Bougival : les patrons tapent du poing sur la table !

Pour la première fois, politiques et patrons ont dialogué frontalement sur l’avenir économique de la Nouvelle-Calédonie. Un échange franc, parfois tendu, mais porteur d’espoir pour une relance concertée.
Un débat inédit, dans un climat tendu mais respectueux
C’est une image rare, presque inédite sous nos latitudes politiques : les chefs des principaux partis signataires de l’Accord de Bougival réunis face à un public de 350 entrepreneurs, venus chercher des réponses claires, des engagements concrets. Ce mercredi 6 août, dans l’amphithéâtre 400 de l’Université de Nouvelle-Calédonie, le dialogue économique a remplacé la langue de bois.
À l’initiative du MEDEF-NC, de la CAP, de la CMA, de la CCI et de l’U2P, ce débat a permis à Sonia Backès, Nicolas Metzdorf, Virginie Ruffenach, Gil Brial, Jean-Pierre Djaïwé, Philippe Dunoyer et d’autres figures politiques de présenter leur lecture des conséquences économiques de l’accord signé à Bougival. En face, des chefs d’entreprise inquiets, lucides, et surtout impatients.
Trois sujets ont dominé les échanges : la sécurité juridique des entreprises, les leviers concrets de relance, et l’urgence de repenser l’emploi et la formation. Autant de questions brûlantes, restées sans réponse claire depuis des mois. Cette fois, les élus n’ont pu se défiler. Et s’ils n’ont pas toujours convaincu, leur présence même a été saluée.
Des absents de taille et des fissures dans le camp indépendantiste
Si le dialogue était attendu, certains silences ont été plus bavards que les discours. Les grandes figures indépendantistes — Emmanuel Tjibaou, Omayra Naisseline, Roch Wamytan, Mickaël Forrest — ont brillé par leur absence. Pourtant signataires de l’accord de Bougival le 12 juillet, ils ont depuis retourné leur veste, désavoués par leur propre camp à peine revenus à Nouméa.
L’Union calédonienne, la DUS, l’USTKE, le Parti travailliste et l’Église protestante ont fait bloc pour répudier cet accord, pourtant signé sous l’égide du président du FLNKS, l’accord a ensuite été discrètement renié par ce dernier depuis la Corse, piétinant ainsi un contreseing de l'ombre qu’il n’assume plus au grand jour. Cette dissonance publique, relayée par communiqués et prises de position internes, fragilise la crédibilité du front indépendantiste à quelques mois d’échéances cruciales.
Autre absence notable : Aloisio Sako, pourtant cosignataire, dont le silence intrigue. Cherche-t-il à sauver sa peau pour obtenir une place éligible en province Sud ? La délégation de l'Éveil Océanien a brillé par son absence. Enfin, l’absence remarquée du président de la CCI, récemment inquiété dans une affaire de fraude fiscale, a également jeté un froid. Vacances ou éviction temporaire ? Le timing interroge.
Une demande unanime : associer les entreprises à la relance
Au sortir du débat, une idée s’est imposée comme une évidence partagée : les entreprises doivent être partie prenante du nouveau pacte économique. Les représentants patronaux l’ont martelé : on ne peut dessiner l’avenir de la Nouvelle-Calédonie sans ceux qui en font la richesse.
Le MEDEF-NC et ses partenaires l’ont affirmé haut et fort : ils veulent un siège à la table des négociations, non plus un strapontin. Et ils appellent à une accélération de la mise en œuvre, avec des décisions économiques fortes avant la fin 2025. Pas de nouvelle fiscalité sans visibilité, pas de réforme de l’emploi sans formation adaptée, pas de stabilité sans sécurité juridique.
La mission confiée à Claire Durrieu, représentante de l’État, pour bâtir les volets économiques de l’accord, est très attendue. Mais les acteurs économiques préviennent : ce travail ne peut se faire sans eux. Une relance robuste, cohérente et crédible ne peut naître que d’un projet co-construit, fondé sur la confiance, la transparence et des résultats tangibles.
Le véritable enseignement de cette rencontre, au-delà des mots, c’est qu’un espace de dialogue est encore possible. Et s’il est fragile, il mérite d’être consolidé. Les patrons calédoniens ont tendu la main. La balle est désormais dans le camp politique.

