Sénat coutumier en crise : tout se joue ce vendredi

Une Assemblée Générale sous tension pour refonder l’autorité coutumière et peser sur l’avenir du pays.
Entre crise de légitimité et refondation politique, les 8 Pays Kanak se réunissent au Sénat.
Le Sénat coutumier joue sa survie politique
Ce vendredi 8 août 2025, le Sénat coutumier convoque l’Assemblée générale des 8 Pays Kanak à Nouméa. Ce moment solennel, placé sous le signe de la réflexion, du dialogue et de la stratégie politique, s’annonce déterminant pour l’avenir du monde coutumier. Derrière le protocole, une crise de légitimité couve. Depuis les émeutes de mai 2024, l’autorité du Sénat coutumier est frontalement contestée par une partie des grands chefs. La démission spectaculaire d’Hippolite Sinewami, grand chef de La Roche à Maré et fondateur du mouvement Inaat ne Kanaky, a mis à nu une fracture ancienne : celle entre le pouvoir traditionnel et les institutions coutumières créées dans le cadre républicain.
Dans un communiqué explosif datant du mois de juillet dernier, le Conseil national des grands chefs, créé en 2022, a tiré à boulets rouges :
Les institutions coutumières ont été mises en place pour confisquer le pouvoir des autorités coutumières. Elles ne nous représentent pas.
Le Sénat de Nouville serait, pour eux, un outil d’instrumentalisation politique, incapable de porter la voix authentique du peuple kanak.
Pourtant, ce vendredi, l’ensemble des représentants coutumiers des huit aires culturelles de la Nouvelle-Calédonie est attendu pour poser les jalons de la mandature 2025–2030. Et surtout, répondre à la question centrale : quelle place pour le projet de société kanak dans l’architecture institutionnelle post-Bougival ?
Un moment politique stratégique dans le cadre post-Bougival
Depuis plusieurs jours, le Sénat coutumier auditionne sans relâche les groupes politiques du Congrès, dans un effort manifeste de reconstruire un dialogue entre institutions coutumières et pouvoirs publics. Ce jeudi 7 août, c’est le groupe UNI qui a été reçu à 15 h. La veille, Calédonie Ensemble avait exprimé sa vision. Et mardi 5 août, l'Éveil Océanien avait ouvert le bal.
Objectif : entendre les positions de chaque formation politique sur la reconnaissance du peuple kanak, la continuité du processus de décolonisation et le respect du pluralisme juridique.
Ces échanges font écho aux questions soulevées dans le discours choc du Sénat coutumier le 23 juillet :
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Quelle reconnaissance effective pour le projet de société kanak ?
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Quelle continuité avec les accords de Matignon et de Nouméa ?
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Quelles garanties de représentation pour les institutions coutumières dans la future organisation du pays ?
L'Assemblée générale de ce vendredi n’est donc pas qu’un simple rituel institutionnel. Elle doit produire une synthèse politique commune, base d’un positionnement fort lors du 25ᵉ Congrès du Pays Kanak, prévue à la fin du mois d'août. Un texte est attendu. Un cap aussi.
Cette AG s’inscrit par ailleurs dans le Mois des Institutions coutumières, un cycle de réflexions sur le rôle, la mission et l’avenir des structures coutumières en Nouvelle-Calédonie. Une initiative qui vise à refonder l'autorité coutumière sur des bases plus représentatives, légitimes et ancrées dans les aspirations du peuple kanak.
Crise de représentation, transition économique et dialogue avec l’État
Au-delà des tensions internes, le Sénat coutumier tente de maintenir sa position dans les discussions avec l’État. Ce mercredi 6 août, une réunion stratégique s’est tenue avec la délégation interministérielle menée par Claire Durrieu. Il s’agissait d’un suivi direct de la première rencontre à Paris, début juillet, dans le cadre du processus ouvert par l’accord de Bougival.
Trois sujets ont dominé les échanges :
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Le transfert de compétences et les 200 milliards CFP transférés à ce jour ;
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La diversification économique, en particulier sur les terres coutumières (agriculture, pêche) ;
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L’accès à l’enseignement supérieur et la lutte contre les inégalités sociales.
Mais derrière ces thématiques techniques, le Sénat coutumier cherche à affirmer une légitimité politique fragilisée, notamment face aux critiques internes. Car la double pression est forte : d’un côté, les grands chefs contestataires ; de l’autre, l’État et les groupes politiques engagés dans la co-construction du futur statut du pays.
L’Assemblée générale des 8 Pays Kanak n’est pas une simple formalité. Elle est le révélateur d’un monde coutumier en pleine recomposition politique. Entre crise de légitimité, enjeux de souveraineté coutumière, dialogue avec les institutions et réponses attendues sur le terrain économique et social, le Sénat coutumier joue gros.
Face à une société calédonienne en pleine mutation, la parole coutumière ne peut rester figée. Elle doit évoluer, se renouveler, se légitimer à nouveau. Ce vendredi 8 août pourrait en marquer le début... ou la fin.


