Face aux abandons, la solidarité animale s’impose

Ils recueillent, soignent, nourrissent… pendant que d’autres abandonnent.
Face à la crise, la solidarité animale s’organise en Nouvelle-Calédonie.
Une réponse concrète à la crise et à l’abandon animal
Depuis 2024, la Nouvelle-Calédonie traverse une crise économique qui fragilise de nombreux foyers. Dans ce contexte difficile, certains propriétaires n’ont d’autre choix que d’abandonner leurs animaux, faute de moyens pour les nourrir ou les soigner. À cette réalité s’ajoute le départ de familles quittant le territoire, laissant derrière elles des chiens et des chats livrés à eux-mêmes.
Face à cette situation préoccupante, les associations de protection animale se retrouvent en première ligne. Elles doivent faire face à une hausse continue des abandons, tout en gérant des ressources limitées. Le besoin en nourriture devient alors une urgence quotidienne.
C’est dans ce cadre qu’Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge du bien-être animal, a décidé de reconduire l’opération « Croquettes solidaires ». Une initiative pragmatique, loin des discours, qui vise à soutenir directement les acteurs de terrain.
Au-delà de l’aspect moral, cette mobilisation répond également à un enjeu de santé publique. Maintenir les animaux en bonne santé permet de limiter la propagation de maladies transmissibles à l’homme, comme la leptospirose ou la teigne. Une approche responsable, qui allie protection animale et sécurité sanitaire.
Une opération 2026 record portée par des acteurs locaux
Pour cette édition 2026, l’opération atteint un niveau inédit. Grâce à la mobilisation de la direction des Affaires vétérinaires, alimentaires et rurales (DAVAR) et du service d’inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire (SIVAP), ce sont plus de 4,5 tonnes de nourriture qui ont été distribuées.
Au total, 424 paquets d’aliments ont été répartis entre plusieurs associations du territoire. Une aide précieuse, adaptée aux besoins spécifiques : chiots, chatons, animaux adultes ou seniors, mais aussi nouveaux animaux de compagnie.
Pour assurer la logistique, le gouvernement s’est appuyé sur Cheval Distribution, une enseigne bien implantée localement. Ce choix permet de privilégier des circuits courts, notamment grâce aux productions du groupe Saint-Vincent et de sa provenderie de La Tamoa.
Les associations bénéficiaires témoignent de l’ampleur du réseau mobilisé : SOS Animaux, Animal Action, l’Association d’assistance aux animaux du Caillou (AAAC), la Bande à Nounou, le Refuge animalier de Nouvelle-Calédonie (RANC), les Chats de Nouvelle-Calédonie, l’Arche de Lola ou encore les Sans Voix. Sans oublier les structures dédiées aux nouveaux animaux de compagnie, comme SOS Titi ou le Nichoir de l’espoir.
Cette opération illustre une réalité souvent ignorée : sans soutien logistique et alimentaire, ces structures ne pourraient pas tenir face à l’augmentation des abandons.
Familles d’accueil : le pilier invisible de la solidarité animale
Derrière les associations, un autre maillon essentiel mérite d’être reconnu : les familles d’accueil. Ces bénévoles acceptent d’héberger temporairement des animaux abandonnés, parfois malades ou traumatisés, en attendant leur adoption.
Aujourd’hui, ce réseau permet de prendre en charge 445 animaux, dont plus de 70 chatons, plus de 200 chats, 165 chiens et une dizaine de chiots. À cela s’ajoutent près de 40 animaux placés en pension, faute de solutions immédiates.
Le refuge de l’AAAC, quant à lui, héberge plus de 70 animaux sur site. Des chiffres qui traduisent une pression constante sur les structures et les bénévoles.
Dans ce contexte, l’opération « Croquettes solidaires » apparaît comme un levier concret de soutien. Elle permet aux associations de consacrer plus de temps aux soins, à la stérilisation et à l’adoption, plutôt qu’à la recherche permanente de nourriture.
Mais elle envoie aussi un message clair : la responsabilité individuelle ne peut être remplacée par la solidarité collective. Adopter un animal implique des devoirs. L’abandon ne peut pas devenir une variable d’ajustement face aux difficultés économiques.
En soutenant les associations, les pouvoirs publics rappellent une évidence trop souvent oubliée : le bien-être animal est un marqueur de civilisation, mais aussi un enjeu d’ordre public.

