Réseaux sociaux : vers une interdiction choc pour les moins de 15 ans ?

Ils captent des millions d’enfants chaque jour… et échappent encore largement au contrôle.
Face à l’explosion des dérives, le politique tente enfin de reprendre la main.
Une offensive politique face à un danger désormais reconnu
Le compte à rebours est lancé. La proposition de loi visant à protéger les mineurs contre les dangers des réseaux sociaux arrive en commission mixte paritaire, étape décisive avant une éventuelle adoption.
Ce texte s’inscrit dans un contexte alarmant, marqué notamment par la publication d’un rapport pointant les effets psychologiques délétères de certaines plateformes comme TikTok sur les plus jeunes.
Addiction, perte de repères, exposition à des contenus violents ou sexualisés : les signaux rouges s’accumulent.
Les institutions ne contestent plus la gravité du phénomène.
Dans une note publiée le 30 mars 2026, le Conseil de l’IA et du numérique (CIANum), instance indépendante créée en 2025, s’est penché sur le cœur du problème : l’article 1er du texte.
Celui-ci prévoit une mesure forte : interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Une ligne claire, assumée, qui tranche avec des années d’inaction politique.
Le CIANum alerte cependant sur la complexité du sujet : les mineurs sont exposés à une multitude de risques : contenus préjudiciables, contacts malveillants, comportements dangereux, consommation compulsive ou encore diffusion incontrôlée de données personnelles.
Autant de dérives qui impactent directement la santé mentale et physique des jeunes.
Face à cela, la question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment.
Une régulation mondiale qui s’accélère… et inspire la France
La France n’avance plus seule. Partout dans le monde, les États durcissent le ton face aux géants du numérique.
L’Australie a déjà franchi un cap en décembre 2025 avec l’instauration d’un âge minimum obligatoire pour accéder aux réseaux sociaux.
D’autres pays, comme le Royaume-Uni ou la Chine, ont choisi des approches différentes mais tout aussi fermes : vérification de l’âge directement sur les appareils, limitation des horaires d’usage, ou encore interfaces spécifiquement conçues pour les mineurs.
Un constat s’impose : le laisser-faire appartient au passé.
En France, la majorité numérique fixée à 15 ans par la loi du 7 juillet 2023 n’a pourtant jamais été appliquée.
En cause : l’attente d’un feu vert de la Commission européenne.
Mais la situation évolue.
Bruxelles a récemment reconnu la possibilité pour la France d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, tout en rappelant que les obligations supplémentaires relèvent de l’échelon européen, notamment pour les très grandes plateformes.
Le cadre européen existe déjà en partie.
Le RGPD fixe par exemple un âge de consentement au traitement des données personnelles à 16 ans, modulable selon les États.
Autrement dit : les outils juridiques sont là, mais la volonté politique doit suivre.
Contrôle de l’âge : une solution nécessaire mais insuffisante
C’est le point le plus sensible du débat. Le contrôle de l’âge, censé empêcher les mineurs d’accéder aux réseaux sociaux, divise encore largement les parlementaires et les experts.
Dans sa note, le CIANum est clair : ce dispositif, à lui seul, ne suffira pas. Il pourrait même produire des effets pervers.
En fermant totalement l’accès aux plateformes, certains mineurs pourraient être privés d’un outil d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Une réalité que personne ne peut ignorer.
Mais pour autant, le Conseil refuse tout angélisme. Il appelle à une refonte globale de l’encadrement numérique.
Parmi ses recommandations : créer un standard européen de protection des mineurs en ligne ; renforcer la transparence des algorithmes ; donner aux utilisateurs un véritable contrôle sur les paramètres ; repenser le statut des plateformes entre hébergeur et éditeur ; mieux encadrer les usages liés à l’intelligence artificielle et développer une véritable éducation au numérique et aux médias.
L’objectif est clair : reprendre le contrôle face à des plateformes devenues incontrôlables.
Car derrière le débat technique, c’est une question de souveraineté qui se joue.
Qui protège réellement les enfants aujourd’hui ? Les États… ou les multinationales du numérique ?
La future loi pourrait marquer un tournant. À condition de ne pas céder aux demi-mesures.
Car pour beaucoup, le temps de la régulation douce est terminé.
Et la protection des mineurs pourrait bien devenir le terrain d’un affrontement frontal entre pouvoirs publics et géants de la tech.

