Privatisation de l'audiovisuel public : et la Nouvelle-Calédonie dans tout ça ?

Le rapport Alloncle a été adopté. La commission d'enquête sur "la neutralité et le financement" de l'audiovisuel public a approuvé lundi 27 avril la publication du rapport, qui sera rendu public le 4 mai. Quatre cents pages. Quatre milliards d'euros de fonds publics passés au crible. Et une question que personne n'osait poser franchement jusqu'ici : est-ce que les Français en ont pour leur argent ?
La réponse mérite d'être posée sans tabou. Aussi en Nouvelle-Calédonie où le contribuable métropolitain finance à fonds perdus une chaîne que lui-même ne regarde jamais.
Un rapport qui dérange ceux qu'il faut déranger
La commission a mené ses travaux sous la présidence de Jérémie Patrier-Leitus, avec le rapporteur Charles Alloncle. Les auditions ont été émaillées d'échanges tendus, au point que certains élus ont fini par parler de "politique spectacle". Traduction : quand on commence à poser de vraies questions à des institutions habituées à ne jamais rendre de comptes, ça crispe.
En six mois, 67 auditions ont été menées, 234 personnes entendues. Ce n'est pas une chasse aux sorcières. C'est du travail parlementaire sérieux sur un secteur qui s'est longtemps cru intouchable.
Les réactions outrées des défenseurs du service public en disent long. Quand une institution passe autant d'énergie à se protéger d'un contrôle démocratique plutôt qu'à se justifier sur ses résultats, c'est qu'elle a quelque chose à cacher ou au minimum, beaucoup à expliquer.
Bardella assume : si le RN gagne en 2027, c'est fini
Jordan Bardella l'a dit sans ambiguïté sur BFMTV :
À la tête du pays, nous engagerons la privatisation de l'audiovisuel public
Clair. Net. Sans les circonvolutions habituelles de la classe politique. La privatisation de l'audiovisuel public est inscrite dans le manifeste du RN. Le député Matthias Renault l'a formulé sans détour :
Cela s'inscrit dans une guerre culturelle. La privatisation de l'audiovisuel public est dans notre programme.
Ce n'est donc plus une hypothèse de think tank ou une proposition de coin de tribune. C'est un engagement de campagne, assumé, daté, chiffré politiquement. Si le RN accède au pouvoir en 2027 et les sondages ne permettent pas de l'exclure, la question ne sera plus "faut-il réformer l'audiovisuel public" mais "que reste-t-il à vendre, et à qui".
4 milliards d'euros : le chèque en blanc doit cesser
Pour la première fois, l'Assemblée nationale a enquêté sur les 4 milliards d'euros consacrés à l'audiovisuel public. La commission a mis au jour des dérives graves : atteintes au pluralisme, conflits d'intérêts, dépenses excessives et près d'un milliard d'euros externalisés chaque année à des sociétés privées.
Un milliard externalisé vers le privé. Par une institution qui se présente comme le rempart contre la privatisation. L'ironie serait drôle si ce n'était pas l'argent du contribuable.
Le service public audiovisuel a longtemps fonctionné sous un principe simple : dépenser sans compter, se plaindre des dotations insuffisantes, et accuser d'extrémisme quiconque ose demander des comptes. Ce temps-là est terminé.
NC la 1ère : le cas le plus difficile à défendre
Si le bilan du service public national est déjà problématique, celui de NC la 1ère l'est encore davantage. Les chiffres sont édifiants.
Avec près de 3 milliards de francs CFP par an, la chaîne calédonienne est la plus chère de tout le groupe Outre-mer La 1ère, plus chère que La Réunion, la Guadeloupe, la Guyane. Des territoires bien plus peuplés, bien plus denses, avec des marchés publicitaires autrement plus structurés.
Le budget de NC la 1ère provient pour plus de 90 % des ressources de la redevance audiovisuelle et des contributions de l'État français. C'est le contribuable de Roubaix, de Clermont-Ferrand ou de Brest qui finance une chaîne qu'il ne verra jamais, dans un territoire qu'il ne visitera probablement jamais, pour un contenu local dont il n'a aucun usage.
Cette anomalie n'a jamais été débattue publiquement. L'information sur le coût réel de NC la 1ère n'a jamais été communiquée officiellement, c'est une note confidentielle du ministère de la Culture qui l'a révélée, dans le cadre d'une étude sur le transfert de la compétence audiovisuelle. Même la transparence sur ce que coûte la chaîne était un sujet tabou.
Ce que la réforme permettrait
Privatiser ou restructurer l'audiovisuel public n'est pas supprimer l'information locale. C'est obliger une institution à se justifier, à être efficiente, à arrêter de considérer l'argent public comme une rente acquise d'office.
En Nouvelle-Calédonie, une chaîne audiovisuelle locale qui doit se financer en partie sur le marché publicitaire, négocier des partenariats, produire des contenus que les Calédoniens veulent réellement regarder, c'est une chaîne qui a des comptes à rendre à son public, pas à une direction parisienne déconnectée du territoire.
Le modèle actuel produit l'inverse : une chaîne dont la survie ne dépend pas de son audience calédonienne, mais de sa capacité à rester dans les bonnes grâces du groupe France Télévisions. Ce n'est pas de l'indépendance. C'est de la dépendance institutionnelle financée par le contribuable métropolitain.
La vraie question pour la Calédonie
Dans un territoire qui sort de la crise la plus grave depuis les Événements, qui reconstruit son économie, qui débat de son avenir institutionnel, le maintien à tout prix d'une structure audiovisuelle chroniquement déficitaire, opaque sur ses coûts et gérée depuis Paris, devrait être questionné.
Pas pour supprimer l'information locale, elle est nécessaire. Mais pour exiger qu'elle soit produite de manière efficiente, transparente, et réellement ancrée dans les réalités du territoire. Pas comme une annexe du service public parisien, financée par des contribuables qui n'en bénéficient pas.
Le rapport Alloncle ouvre ce débat au niveau national. La Nouvelle-Calédonie devrait s'en emparer avant que Paris, une fois de plus, décide à sa place.

