Je me réveille, entre fête et tragédie

Je me réveille le dimanche 3 mai.
J’ouvre un œil.
Et visiblement, la Calédonie aussi.
Mais pas sur la même fréquence.
D’abord, il y a Boulouparis.
Débroussailleuse.
Chevaux.
Jour férié.
Et un voisin qui passe de « vous faites trop de bruit » à l’homicide volontaire.
Trois coups de feu.
Un père mort.
Des fils traumatisés.
Un club de tir.
Et cette phrase absurde qui résume tout : « j’ai fait une connerie. »
Oui.
On appelle aussi ça détruire une famille pour une histoire de terrain.
Pendant que certains règlent leurs conflits au calibre .22,
d’autres célèbrent l’igname, le bulime, l’avocat.
Île des Pins.
Maré.
Des stands.
Des touristes.
Des brochettes.
La tradition tient debout pendant que les transports essaient encore de suivre.
À Nouméa, Bourail, Koumac…
ça met les bottes.
Ça sort les chapeaux.
Ça danse country comme si le Far West avait fusionné avec le Pacifique.
Flashmob mondiale.
Décalage horaire.
Premiers à danser.
Pour une fois qu’on est en avance sur le reste du monde.
Et comme si ça ne suffisait pas,
il y a aussi des fées au parc forestier,
des lutins,
des vide-greniers,
des SMS pour les enfants malades,
et 250 exposants place des Cocotiers.
En gros : tu peux acheter une lampe, sauver une vie et croiser un elfe avant midi.
À l’international,
Trump remet ses droits de douane sur la table,
menace l’Europe,
parle de l’Iran
et continue de gérer la planète comme un conseil d’administration sous caféine.
Hollywood, lui, panique face à l’IA.
Même les Oscars veulent encore vérifier que les humains servent à quelque chose.
En métropole,
on défile,
on enfarine Olivier Faure,
et 20 000 personnes vont faire la fête… sur un champ de tir militaire.
Parce qu’apparemment, « zone dangereuse » est devenu un thème de soirée.
Et ici ?
Golf à Dumbéa.
Formule 1 à Miami.
Foot, rugby, tennis.
Le monde brûle, danse, tire, négocie, fête l’igname et regarde du sport.
Moi, je bois mon café.
Et je comprends que, même un dimanche,
l’actualité ne se repose jamais.
Bref.

