Tein à Port-Vila : quand le Vanuatu invite l'incendiaire présumé à parler reconstruction

Le président du FLNKS, mis en examen pour son rôle présumé dans les émeutes de mai 2024, a été reçu cette semaine en grande pompe par le gouvernement vanuatais à l'occasion d'un forum économique destiné aux entreprises calédoniennes. Une mise en scène qui dépasse largement le cadre de la coopération régionale.
Une scène qu'il fallait voir pour y croire
Sur le tarmac de Port-Vila, cette semaine, le tapis rouge n'était pas pour eux. Il était pour Christian Tein. Délégation au complet, accolades chaleureuses du Premier conseiller politique du ministre du Commerce vanuatais et du directeur des douanes. Le président du FLNKS, mis en examen dans le dossier des émeutes de mai 2024, accueilli comme un chef d'État en visite officielle.
Quelques mètres plus loin, dans la même file de débarquement, des chefs d'entreprise calédoniens. Eux, ils faisaient le déplacement pour les bonnes raisons : un forum économique baptisé V.O.I.C.E 2030, censé permettre aux acteurs économiques du Caillou d'identifier des opportunités d'investissement et de coopération avec leurs voisins vanuatais. Beaucoup sortaient d'une année cauchemardesque. Certains comptaient encore les pertes. D'autres avaient vu leur outil de travail disparaître dans les flammes de Mai 2024.
Une « coopération régionale » à géométrie très variable
L'argumentaire officiel parle de partenariats commerciaux, d'opportunités dans le tourisme, l'agriculture, la pêche, les infrastructures. Très bien. Sauf qu'aucun forum économique sérieux ne déroule un tapis rouge protocolaire au président d'un parti politique étranger, mis en examen dans le pays voisin, pour parler croissance et investissement. On invite les pouvoirs publics légitimes du territoire concerné. On invite des chefs d'entreprise. On invite, à la rigueur, des élus dotés d'un mandat exécutif.
On n'invite pas le président du FLNKS pour conduire une « délégation économique » sur un sujet qui, par nature, relève du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et de ses membres en charge de l'économie. Sauf si l'objectif n'est pas vraiment économique.
Le vrai sujet : l'ingérence
Le député Nicolas Metzdorf l'a dit sans détour :
le Vanuatu s'immisce ouvertement dans la politique intérieure du territoire
La formulation est rude, mais elle décrit ce que tout observateur lucide voit. Quand un État voisin choisit délibérément, pour traiter des « relations économiques » avec la Nouvelle-Calédonie, d'inviter non pas le gouvernement légitime mais le président d'un mouvement indépendantiste sous le coup d'une procédure judiciaire majeure, ce n'est plus de la diplomatie commerciale. C'est un choix politique. Et un choix qui n'est pas neutre.
Le Vanuatu n'a ni les moyens, ni d'ailleurs l'intérêt économique structurel d'investir massivement en Nouvelle-Calédonie. Le PIB vanuatais représente une fraction modeste de l'économie calédonienne. Ce qui se joue à Port-Vila n'est pas un repositionnement commercial : c'est une opération de légitimation. Le Vanuatu offre à Christian Tein, sur son sol, les attributs symboliques d'un dirigeant en exercice. L'aéroport, la délégation, les ministres, la photo officielle. Tout y est, sauf la légitimité institutionnelle.
Les chefs d'entreprise calédoniens, dindons de la farce
Ce qui est plus difficile à digérer, c'est la situation dans laquelle se retrouvent les patrons calédoniens partis de bonne foi chercher des débouchés. Beaucoup ont vu leurs entreprises pillées, leurs commerces brûlés, leur chiffre d'affaires effondré. Le PIB calédonien a chuté d'environ 20 % en 2024 — un effondrement sans précédent dans l'histoire récente du Caillou. Et les voilà conviés à un forum dont la photo d'ouverture met à l'honneur celui dont la mise en examen les concerne directement.
Personne ne les a prévenus. Personne ne leur a dit, en remplissant les inscriptions, qu'ils figureraient en arrière-plan d'une opération de communication politique au profit du président du FLNKS. Ils sont les victimes économiques d'une crise. Ils servent aujourd'hui de figurants à la mise en scène de celui qui en incarne la séquence judiciaire.
Et maintenant ?
Le député Metzdorf annonce avoir saisi l'ambassadeur de France au Vanuatu. C'est le minimum. Mais le sujet dépasse le cadre diplomatique strict. Il interroge la posture de l'État dans la gestion des ingérences régionales, la doctrine de coopération avec les voisins du Pacifique, et la capacité de la Nouvelle-Calédonie à protéger ses acteurs économiques d'instrumentalisations qu'ils n'ont pas choisies.
Le Vanuatu a fait son choix : traiter avec le FLNKS comme s'il était le gouvernement calédonien. À Paris et à Nouméa de rappeler, fermement, que ce n'est pas le cas. Et que la coopération régionale, la vraie, ne se construit pas sur le tarmac d'un aéroport, autour d'un mis en examen .

