Provinciales du 28 juin : le FLNKS dit non à une ouverture pourtant minuscule, et menace déjà

Sébastien Lecornu a tranché ce jeudi matin : les Calédoniens voteront bien le dimanche 28 juin pour renouveler leurs assemblées de province, avec un corps électoral très légèrement entrouvert aux natifs et à leurs conjoints. Quelques heures plus tard, Christian Tein dégaine un communiqué furibond. Le mot lâché : « inacceptable ». Et la promesse, à peine voilée, d'aller « faire échec » à l'État. Tout cela pour avoir osé inscrire sur les listes quelques milliers de gens nés ici.
Une ouverture homéopathique présentée comme une agression
Reprenons. Sur les 37 492 Calédoniens inscrits sur la liste électorale générale mais privés de provinciales, le scénario retenu par Matignon en concerne au mieux une grosse dizaine de milliers : les natifs du Caillou non-inscrits, et leurs conjoints après cinq ans de résidence. C'est la version basse. C'est l'ouverture la plus prudente, la plus encadrée, la plus pesée que l'État pouvait proposer après des semaines de réunions à huis clos. À comparer aux quinze ans de résidence qu'exigeait l'accord de Bougival, on est très loin du grand saut. On est dans le geste minimal.
Et ce geste minimal, le FLNKS le qualifie d'« annonce inacceptable ». Le mot est posé, en gras, dans le communiqué signé par le président du Front. Inacceptable d'autoriser des gens nés ici, parfois depuis trois générations, à participer à la vie démocratique du territoire. Inacceptable de mettre fin à une situation où des milliers de Calédoniens sont des électeurs de seconde zone dans leur propre pays. Le tout au nom d'un « processus de décolonisation » brandi comme un argument terminal, qui clôt la discussion avant qu'elle ne commence.
La menace, encore et toujours, en filigrane
Le passage le plus parlant du communiqué n'est pas dans le refus, prévisible. Il est dans la phrase qui suit : le Front « s'engage à faire échec aux manœuvres de l'État dans l'hypothèse d'un énième passage en force ». Traduction : si la République applique le droit, nous, on s'organise pour l'empêcher. Le souvenir des barrages, des entreprises brûlées, des quartiers ravagés et des morts de mai 2024 est dans toutes les têtes. Et il flotte au-dessus de chaque communiqué du Front, dont le président est lui-même mis en cause judiciairement dans cette affaire.
C'est tout le paradoxe du moment. D'un côté, un Premier ministre qui multiplie les visioconférences, propose des compromis partiels, fait inscrire le préambule de l'Accord de Nouméa dans la Constitution pour rassurer les indépendantistes. De l'autre, un mouvement qui qualifie d'« unilatérale » une décision prise après des mois de consultations auxquelles il a participé, et qui parle de « risque d'instabilité » comme on chargerait un fusil.
Bougival signé, Bougival rejeté : la mémoire courte du Front
On a tendance à l'oublier, mais le 12 juillet 2025, le FLNKS a bien signé l'accord de Bougival. Avant de le retirer en août. Avant d'en faire l'épouvantail absolu. Cette signature jetable en dit long sur la méthode : on participe quand ça arrange, on claque la porte quand le rapport de force se durcit, et on rejette ensuite la responsabilité du blocage sur l'État. Le Conseil constitutionnel, lui, a tranché à plusieurs reprises : le 28 juin sera la dernière date possible, et le gel actuel du corps électoral n'a plus rien d'éternel. Trois reports successifs depuis 2024, c'est déjà une anomalie démocratique. Un quatrième serait un déni.
L'argument du « droit international » que ressasse le communiqué a aussi ses limites. Il sert surtout à habiller une posture politique : tout ce qui n'est pas la souveraineté pleine et entière, tout ce qui élargit le corps électoral, tout ce qui dilue le rapport de force, est présenté comme une violation. C'est commode.
Cela évite d'avoir à débattre du fond, et notamment de cette réalité que personne ne veut regarder en face : une partie significative des Calédoniens nés sur le territoire, kanak ou non, sont aujourd'hui privés du droit de voter aux élections les plus importantes de leur vie civique.
Ce qui se joue vraiment d'ici le 28 juin
L'appel à la mobilisation lancé en fin de communiqué se veut rassurant. Le FLNKS dit vouloir aller aux urnes. Très bien. Mais entre la ligne officielle du Front et ce qui peut se jouer sur le terrain, dans les comités locaux, dans les CCAT, l'expérience de mai 2024 invite à la prudence. Les élections provinciales détermineront pour cinq ans la composition du Congrès, du gouvernement collégial et donc le rapport de force institutionnel. Aucun camp ne peut se permettre de les perdre. Aucun ne peut non plus se permettre qu'elles dégénèrent.
Les loyalistes, eux, considèrent que l'ouverture annoncée par Lecornu reste « largement insuffisante ». C'est leur droit. Mais leur réaction, sobre, contraste avec le ton martial du Front. Sonia Backès, Nicolas Metzdorf et Gil Brial campent sur leurs exigences sans agiter le spectre du chaos. La différence vaut d'être notée.
Reste une question, simple : qui bloque vraiment ? Depuis des mois, l'État cherche un compromis. Les non-indépendantistes ont accepté de discuter, parfois en formats séparés pour éviter de croiser un président de Front mis en examen. Le Conseil constitutionnel a posé un calendrier que personne ne peut plus repousser. Et au bout de la chaîne, c'est le mouvement qui se présente comme le gardien du dialogue qui claque la porte à l'ouverture la plus modeste qu'on pouvait imaginer.
Sept semaines avant le scrutin, c'est le FLNKS qui choisit la confrontation. Une fois encore.

