Détroit d’Ormuz : la guerre des nerfs entre Washington et Téhéran bascule en confrontation ouverte

ESCALADE. Washington et Téhéran ont de nouveau frôlé l’affrontement direct au large des côtes iraniennes. Malgré les menaces et les démonstrations de force, les discussions se poursuivent en coulisses
Régis Le Sommier 09/05/2026

Washington affirme avoir repoussé des attaques iraniennes avant le passage de ses destroyers USS Truxtun et USS Mason dans le golfe Persique, jeudi. AFP / © Asif Hassan
Depuis trois jours, la guerre des communiqués fait rage autour du détroit d’Ormuz. Tout a commencé lundi dernier quand, frustré de se rendre compte que son blocus du blocus iranien mettrait sans doute des semaines avant de provoquer une crise majeure des hydrocarbures propre à mettre l’Iran à genoux, Donald Trump a décidé de passer à l’action. Le président américain choisit le passage en force, en envoyant deux destroyers avec des moyens aériens proposer leurs services pour escorter les navires marchands.
L’opération, baptisée « Projet Liberté », eut pour conséquence de faire baisser les cours du pétrole devant la promesse que l’Amérique allait bientôt débloquer le détroit. Elle eut aussi comme effet de durcir aussitôt la position iranienne jusqu’à ouvrir une brève confrontation en fin de semaine entre les belligérants, au point que certains imaginaient le cessez-le-feu en péril.
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La confrontation culmina vendredi par la première reprise d’échange de feu dans et autour du détroit depuis le 8 avril. Dans un premier temps, les deux destroyers américains, l’USS Truxtun et l’USS Mason, ont traversé le détroit dans une opération de sécurisation de la navigation. Pendant leur transit, ils auraient été attaqués par des drones, des missiles et des vedettes rapides iraniens. Les navires américains, appuyés par des hélicoptères Apache et d’autres aéronefs, ont intercepté les attaques sans subir de dégâts, puis auraient mené des frappes de riposte contre des infrastructures militaires iraniennes, selon le Centcom.
La version iranienne de l’incident diverge substantiellement. Donald Trump crie victoire, expliquant pour la énième fois que l’Iran n’a plus ni marine, ni aviation, ni leaders. Quelques heures plus tôt, le Pentagone annonçait pourtant avoir détruit six vedettes rapides des Gardiens de la révolution… Depuis, les deux navires américains ont quitté le détroit pour se repositionner en mer d’Oman.
Les Émirats arabes unis visés par l’Iran
L’autre fait significatif de ce dernier épisode d’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, ce sont les frappes orchestrées par Téhéran à l’encontre des Émirats arabes unis (EAU) et uniquement ce pays dans la région. Lors des quarante jours de guerre, l’Iran a surpris le monde entier en s’attaquant à ses voisins du Golfe de manière au moins aussi intense qu’il l’a fait pour Israël. Cette fois-ci, et sans officiellement briser le cessez-le-feu du point de vue des deux belligérants, l’Iran aura ciblé les Émirats en envoyant plusieurs dizaines de missiles et des drones. Si nombre d’entre eux ont été interceptés, le terminal pétrolier de Fujaïrah a été touché, provoquant un incendie. C’est par ce terminal, situé non pas dans le golfe Persique mais sur la mer d’Oman, qu’Abou Dabi écoule la majeure partie de son pétrole, échappant ainsi au blocus iranien.
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On notera que l’Iran n’a visé en revanche aucune installation saoudienne ou qatarie. C’est que ces deux pays ont adopté à son encontre une neutralité craintive, alors que les EAU ont clairement continué à s’afficher dans le camp des États-Unis et d’Israël. Ce choix stratégique, dont l’origine remonte à bien avant le 28 février, a déjà eu des conséquences terribles. Au cours de la guerre, les Émirats ont reçu presque autant de frappes de la part de l’Iran qu’Israël. Leur statut de « Singapour du Moyen Orient » s’est évaporé, et le temps de la splendeur de Dubaï, en particulier, est peut-être définitivement révolu. Anouar Gargash, conseiller de la présidence des Émirats, estime pourtant que « les attaques de l’Iran vont contribuer à renforcer l’influence d’Israël dans la région du Golfe ».
En un sens, Abou Dabi considère même Tel Aviv comme un partenaire plus fiable que les États-Unis
Ce choix assumé de soutenir Israël a eu pour contrepartie que, pour la première fois dans son histoire, l’État hébreu a fourni à un pays étranger équipements et conseillers de son dôme de fer, et ce de manière à mettre en place une protection contre les missiles et les drones iraniens, ainsi qu’un système permettant de prévenir la population. Les Émirats admettent que la décision des États-Unis et d’Israël d’attaquer l’Iran était malvenue, mais ils restent fidèles à leurs alliances initiales en raison de la réponse iranienne qui les a visés alors qu’ils n’avaient manifesté aucune hostilité envers Téhéran, avec qui les relations étaient plutôt bonnes. Les Émirats agissent envers Israël avec pragmatisme, à l’encontre de l’attitude des autres pays de la région. En un sens, Abou Dabi considère même Tel Aviv comme un partenaire plus fiable que les États-Unis. On ne saurait les en blâmer, tant il est parfois difficile de voir dans quelle direction vont les États-Unis dans ce conflit, ni si Trump ne va pas décider de tout laisser tomber pour passer à autre chose…
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On a pris l’habitude des contradictions entre le discours du président américain et celui de son administration, au point de ne plus toujours les relever. La séquence qui s’est déroulée cette semaine est pourtant d’une importance significative en ce qu’elle démontre l’empressement de Trump à vouloir mettre un terme au conflit autant qu’à sa frustration de ne pas y parvenir.
Quarante-huit heures en effet après l’annonce du « Projet Liberté », le président décidait de le mettre sur pause et ce, expliquait-il, sur demande insistante du Pakistan. Pendant que les belligérants montraient leurs muscles en mer d’Oman, les négociations, elles, continuaient. La semaine passée a connu plusieurs échanges de propositions de part et d’autre, Donald Trump finissant par dire qu’il y avait une chance d’aboutir. Ce n’est pas la première fois qu’on entend cette petite musique, et souvent, quand Trump agit ainsi, dans la seconde qui suit, il promet que l’Armageddon s’abattra sur l’Iran si celui-ci ne signe pas l’accord. Cela n’a pas manqué, avec même des menaces à peine voilées d’usage de l’arme nucléaire en cas d’échec. Téhéran a répliqué en expliquant que si l’on voulait aboutir, cela passerait par des propositions et non par ce qui, de son point de vue, ressemble à une exigence de capitulation. Le bout du tunnel est encore loin, mais pour l’instant, la bataille navale est terminée.

